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On ne le dirait jamais assez : en Afrique, il y a tant de héros et de références, tombés dans l’oubli. Pour corriger cet état de fait, Laurent Chevalier s’est immiscé dans la vie de Sory Kandia Kouyaté. Griot manding, ce Guinéen, premier Africain à décrocher un disque d’or en 1970, a fait de la lutte pour l’indépendance la raison de sa vie. 44 ans lui ont suffi pour marquer d’une pierre blanche la mémoire collective africaine. Le documentaire «La trace de Kandia», réalisé sur ce personnage, a été présenté mercredi soir à l’Institut français de Dakar dans le cadre du Mois du documentaire.

Emouvant, le film documentaire sur la vie et l’œuvre du griot manding Sory Kandia Kouyaté l’est, au point de faire sangloter une spectatrice à la fin de la projection mercredi soir à l’Institut français de Dakar. Réalisé par Laurent Chevalier et diffusé pour la 2ème fois au Sénégal, La trace de Kandia retrace la vie et l’œuvre de cet ambassadeur de l’unité africaine et de la Guinée indépendante et souveraine. Guidée par son fils Kaabi Kouyaté, chanteur griot comme son père, la caméra de Laurent sillonne la Guinée en donnant la parole aux proches de Kandia qui content son histoire. De sa naissance à Manta en 1933 jusqu’à son décès le 25 décembre 1977, le film plonge dans l’intimité des rites et traditions manding. Dans cette œuvre, le réalisateur s’efface au profit des acteurs. Et sa forme de narrer l’histoire donne plus d’émotion à ce chef-d’œuvre.
Originaire de son village natal, un octogénaire explique au début du film que «Kandia était prédestiné à réaliser de grandes choses». C’est le premier Africain a décroché un disque d’or en 1970. Cela, Kandia le doit en grande partie à Sékou Touré, car après l’indépendance en 1958, le Président de la Guinée a fait du jeune Kandia le visage «chantant et dansant» de la Guinée souveraine. Il se verra confier les rênes de l’Ensemble instrumental du pays. Et sous sa houlette, 70 musiciens parcourent dans un premier temps l’Afrique pour «répandre l’espoir et l’unité», mais surtout contribuer au rayonnement de la Guinée dans le monde entier. Le chant de la révolution du Mozambique a été l’une de ses chansons les plus célèbres. Malheureusement, au soir de Noël 1977, c’est un bien triste cadeau que le ciel fera aux Guinéens. Alors que Kandia souffrait d’un ulcère, l’artiste maintient son concert à Koya, une ville qui se trouve à 2 heures de Conakry. De là, après un malaise, il est transféré d’urgence à l’hôpital de la ville où il rendra l’âme, quelles heures après son arrivée.

Au-delà de l’histoire
Certes cet artiste guinéen est mort jeune, mais en 44 ans de vie, il a su marquer d’une pierre blanche la mémoire collective africaine au lendemain des indépendances. Au-delà de l’histoire de Kandia, les témoignages collectés par le réalisateur ont été si poignants qu’il est difficile de voir une séquence sans larmes. Il suffisait que Kaabi pose une question ou qu’il chante pour ressasser des souvenirs qui plongent ses interlocuteurs dans la mélancolie. La ressemblance avec son père est non seulement troublante, mais ils ont la même voix. A la fin du documentaire, les rares personnes en vie qui ont fréquenté Kandia ont partagé avec son fils la scène, histoire d’honorer la mémoire du défunt.
Ce film présenté dans le cadre du Mois du documentaire à l’Institut français de Dakar est un choix du réalisateur Moussa Touré. Il offre ainsi un véritable cours d’histoire à la jeune génération. En plus du fait que les Mandings étaient à l’honneur. Avant la projection de La trace de Kandia, le jeune réalisateur Abdoulaye Cissé a montré son court métrage Korafola ou le joueur de kora. Filmé par Moussa Touré, le documentaire met l’accent sur la conception, dans les détails, de la kora.
mgaye@lequotidien.sn 

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