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Explorer la mémoire d’un Peuple, l’exercice n’est pas simple. Mais Ousmane Diagana le réussit parfaitement dans son dernier film. «Ganda, le dernier des griots» est un road movie sur les traces du dernier des grands griots soninké, Ganda Fadiga.

La communauté soninké est dispersée dans le monde. Présente en Afrique entre le Sénégal, le Mali et la Mauritanie, les Soninkés comptent également une forte diaspora dans les pays occidentaux. Malgré tout, ils restent toujours fortement ancrés dans leurs traditions. Cette transmission se faisant par le biais des griots notamment. Ganda Fadiga est l’un des plus grands griots soninkés. Quand il décède en 2009, c’est toute la mémoire de la société́ soninké qui risque de s’éteindre. Raison pour laquelle le réalisateur mauritanien Ousmane Diagana s’est lancé sur les traces de celui qu’il appelle «Le dernier griot». Dans ce film de 63 minutes, Ganda, le dernier griot, le réalisateur refait le dernier voyage de l’homme, de Paris où il est décédé à Marena près de Kayes au Mali où il est enterré. Ousmane Diagana qui interroge à la fois la mémoire de son Peuple et le parcours de cet homme hors du commun livre encore une fois un film-mémoire de haute facture après La blessure de l’esclavage en 2009 et Mémoire noire en 2013. Sur les pas du grand maître du Gambaré, cet instrument appelé «xalam» sous d’autres cieux, le réalisateur va d’abord à la rencontre des jeunes de sa génération, exilés comme lui à Paname. «A une époque, c’était une honte d’être un Soninké en France. Il est venu nous redonner notre fierté», explique un de ces jeunes qui se sont nourris aux chants épiques du griot. En effet, Ganda tranche d’avec ces griots d’aujourd’hui puisqu’il a su rester dans la pure tradition des griots en perpétuant la transmission des valeurs de la société soninké et de la mémoire collective africaine. Ce n’est pas sans raison qu’un des personnages, un jeune homme dont le grand père a été le formateur de Ganda, dit : «Le griot est celui qui nous rappelle qui nous sommes.» A son tour, le maître du Gambaré a formé quelque 150 disciples. Cette posture de Ganda Fadiga, tous les personnages du film la retienne. Ses chansons sont en effet des appels adressés directement aux jeunes, aux émigrés pour les exhorter à se conformer, à être utiles à leur communauté. «J’ai pris le Gambaré pour encourager les gens. Et c’était utile», explique-t-il, confortant lui-même sa démarche de réunification du pays soninké, partagé entre plusieurs Etats. Le film de Ousmane Diagana a été projeté au Centre de recherche et de documentation de Saint-Louis (Crds) dans le cadre de la 10e édition du Festival international du film documentaire de Saint-Louis, du 16 au 21 décembre dernier.
Ganda le dernier griot est une œuvre de commémoration et de perpétuation de la mémoire d’un Peuple. En effet, conformément aux usages, le griot allait de village en village et les enregistrements des récitals qu’il y donnait sont aujourd’hui dispersés. Des œuvres dont une partie seulement est exploitée dans le film, mais qui constitue une mémoire vivante de l’homme. Selon le producteur du film Sébastien Tendeng, la réalisation n’a pas été toujours facile, notamment du fait des archives dispersées. Mais si aujourd’hui le Gambaré semble archaïque pour certains, des jeunes rencontrés par Ousmane Diagana, le message de Ganda Fadiga, lui, se perpétue grâce aux œuvres de ses descendants qui ne rechignent pas à reprendre les mêmes messages, mais sur des canaux plus modernes. A l’image de ses précédentes œuvres, Ousmane Diagana a su plonger dans une mémoire vive. Une mémoire qu’il fait redécouvrir aux jeunes de sa communauté. Le film vient d’ailleurs d’être primé au Festival de cinéma de Khouribga et au Festival des identités culturelles du Cinéma numérique ambulant à Ouagadougou.

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