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Le problème de la diffusion se pose souvent aux films documentaires, absents des programmations des télévisions nationales. Au Sénégal, la Radiodiffusion télévision du Sénégal (Rts) a brillé par son absence aux Rencontres de coproduction de Saint-Louis, là où ses homologues du Burkina et de la Côte d’Ivoire n’ont pas hésité pas à mettre la main à la poche pour se positionner sur des projets prometteurs.

Chaque année, les Rencontres de coproduction de Saint-Louis permettent à une vingtaine d’auteurs de rencontrer des producteurs africains et européens. Mais pour que ces projets entrent en production, l’apport des télévisions est primordial. Seule­ment, pour le Sénégal, l’on constate que les chaines aussi bien publiques que privées ne s’intéressent pour ainsi dire pas au genre documentaire. Le coordonnateur des Rencontre Tenk de Saint-Louis s’en désole. Selon Dominique Ollier, «il n’est pas normal que l’on soit à une époque où la Direction de la cinématographie du Sénégal fait un vrai travail de soutien et que ces films-là ne puissent pas être diffusés. Ça n’a aucun sens». M. Ollier se désole ainsi de l’absence récurrente de la Radiodiffusion télévision sénégalaise (Rts) à ces rencontres. «On essaie toujours d’encourager les télévisions africaines à être partenaires. Cette année, on a une télé du Burkina Faso et une télé de la Côte d’Ivoire. Par contre, on est obligé de constater une nouvelle fois, malgré le travail qu’on fait régulièrement auprès de la Rts pour les impliquer, qu’ils sont toujours les grands absents et ça commence à devenir très très inquiétant de ne pas les voir. Je pense qu’ils n’ont absolument pas pris la mesure de l’enjeu de ce qui se passe ici, alors que leurs collègues d’autres pays l’ont mesuré depuis longtemps. C’est une vraie inquiétude», souligne M. Ollier.
Cette année encore, les Rencontres de coproduction rassemblent des projets de films développés dans des résidences d’écriture qui se sont déroulées à Bobo Dioulasso au Burkina Faso, à Sétif en Algérie et à Yaoundé au Cameroun. Mais pour que ces projets puissent trouver des financements et des fenêtres de diffusion dans des pays très souvent dépourvus de salles de cinéma, il faut nécessairement l’implication des chaines de télévision. «Il y a un vrai travail à faire entre la direction du cinéma et la télévision pour qu’il y ait une vrai chaine, de la production à la diffusion», estime Dominique Ollier dans le cas du Sénégal.

Une case documentaire sur la Bf1Tv
Au Burkina Faso, la 2e chaine du pays, la Bf1 Tv a décidé de prendre des risques pour proposer une case documentaire. «Le film documentaire n’était pas forcément le programme le plus plébiscité sur nos antennes, bien au contraire. Nous les faisions passer à des heures où il n’y avait pas forcément une forte audience. Mais depuis que nous venons aux rencontres Tenk, nous avons eu l’occasion de suivre pas mal de films documentaires et nous avons pu nous rendre compte qu’il y avait des films intéressants et pertinents qui pourraient intéresser notre audience. Raison pour laquelle, à partir de 2018, nous entendons ouvrir une case documentaire et acquérir des films du catalogue Africadoc pour permettre aux téléspectateurs de voir des éléments de vie réelle sur notre continent, et aussi contribuer à leur faire prendre conscience de la diversité qui peut exister sur le continent», explique Yssoufou Saré.
Dans cette aventure, la chaine burkinabè se heurte à des annonceurs peu réceptifs. «Depuis 2017, nous n’avons pas encore pu convaincre les annonceurs de se mettre sur cette grille. On s’est dit qu’on allait changer de stratégie, et que s’il y a de l’audience, les annonceurs nous rejoindraient. C’est un risque que nous prenons», informe M. Saré. Il faut dire que la diffusion de telenovelas est d’autant plus facile pour les télévisions qu’elles n’ont pas à débourser pour les obtenir. «Les distributeurs de telenovelas nous mettent à disposition les telenovelas et nous ne leur payons généralement pas d’argent mais nous mettons à leur disposition des espaces publicitaires qu’ils vont se charger de vendre à des annonceurs. Donc, ça ne nous coûte pas tout de suite», explique M. Saré. A côté de l’exemple burkinabè, la Côte d’Ivoire se signale également par l’importance des moyens financiers mis à la disposition des auteurs. Sous forme de pré-achat ou de soutien en matériel, la Radiotélévision ivoirienne (Rti) fait figure de précurseur.
mamewoury@lequotidien.sn

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