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Mountaga Sy, DG Apix

Dans le prochain classement Doing business de la Banque mondiale, le Sénégal veut améliorer sa position. D’après les acteurs en charge de l’amélioration du climat des affaires, le pays entend être le meilleur élève de la sous-région ouest africaine.

Pour le prochain Doing business, l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux de l’Etat est à pied d’œuvre pour élaborer une feuille de route. En ce sens, l’Apix a convié ces derniers jours à Saly Portudal les acteurs économiques afin de participer au processus. Cette rencontre vise à passer à la loupe tous les goulots d’étranglement qui empêchent une amélioration de l’investissement, mais également de faire des propositions pour avoir un environnement des affaires plus attractif au Sénégal.
Parmi les problèmes soulevés, surtout dans le domaine des finances, il y a la facilitation d’ouverture de compte pour un opérateur économique qui cherche à investir, surtout à distance à travers des plateformes de digitalisation de leurs opérations. A en croire Mamadou Lamine Guèye, président de l’Association professionnelle des systèmes financiers décentralisés (Apsfd), par ailleurs directeur général de Caurie microfinances, «c’est une limite importante, car au moment où je parle, la finance digitale n’en est qu’à ses balbutiements au Sénégal. La plupart d’entre nos membres sont en train de développer des tests pilotes qui devraient aboutir d’ici un à deux ans à cette possibilité qu’un client reste chez lui dans sa chambre et fasse une ouverture de compte. Le cadre juridique et réglementaire des Sfd n’empêche pas cette possibilité, donc il nous appartient d’améliorer nos systèmes financiers de gestion, mais également de nouer des partenariats avec des opérateurs de téléphonie mobile, avec d’autres plateformes de digitalisation qui nous permettent d’atteindre ce but». Comme autre écueil, le président de l’Apsfd a souligné que l’accès au financement n’est pas encore suffisant au Sénégal. Ainsi invite-t-il ses collègues à continuer à jouer leur rôle. «Contrairement aux banques, nous avons plusieurs milliers de services. Nous avons annuellement des performances économiques de plus en plus élevées. En 2016, nous avons produit plus de 300 milliards de francs Cfa de production de crédit. De 2012 à nos jours, nous avons produit plus de 1 500 milliards de francs Cfa dans le financement de l’économie. Et cela n’est pas suffisant, car il y a des zones qui ne sont pas couvertes», a déclaré M. Guèye. Qui a d‘ailleurs salué le projet de l’Etat sur la finance islamique et celui du mobile banking qui vont venir pour régler certains problèmes en 2018.

Encore des défis à relever
Interpellé sur les taux d’intérêt des institutions de microfinance jugés excessifs, Mamadou Lamine Guèye rétorque que «le taux d’intérêt n’a jamais été une limite au financement, mais les Sfd devraient toujours travailler pour éviter de transférer leur inefficacité sur les bénéficiaires de prêts. Nous avons une contrainte non négligeable, c’est le coût de la ressource qui est un élément essentiel dans le calcul du coût de revient de l’argent. Et tant qu’il reste élevé, ce sera difficile pour nos institutions de consentir des rabais substantiels». Il pense également que la mise en place de la Délégation à l’entreprenariat rapide (Der) avec une dotation de 30 milliards de francs Cfa par an va donner le sourire aux bénéficiaires, car 80% de ses fonds devraient transiter par leurs institutions, si l’Etat accepte de les leur consentir à des taux réduits.
Malgré ces problèmes notés dans le secteur de la microfinance et dans tant d’autres, Issa Sall, président du Groupe 3 du Cpi consacré à la  communication et au coaching des administrations, a salué les réformes exécutées au niveau global à travers le Programme de réforme de l’environnement des affaires et de la compétitivité (Preac), qu’au niveau de la feuille de route Doing business 2018. Cela, compte tenu du grand bond que le Sénégal a réalisé ces dernières années : «En effet, ces quatre dernières années, le Sénégal a progressé en améliorant son score de plus de près de neuf points en termes de distance à la frontière et a gagné près d’une quarantaine de places. Au cours des quatre dernières années, ce ne sont pas moins de 19 réformes mises en œuvre par le Sénégal ; ce qui témoigne d’un engagement fort et constant du gouvernement. La mise en œuvre de la feuille de route Doing business 2018 validée lors du Conseil interministériel tenu le 6 février 2017 a permis de faire un bond de sept 7 places et de figurer dans  le Top 5 des meilleurs réformateurs en Afrique subsaharienne, avec la validation de 5 mesures sur 5 indicateurs différents, à savoir le transfert de propriétés, le paiement de taxes, le raccordement à l’électricité, la création d’entreprises et l’exécution de contrats», s’est glorifié  Issa Sall.
Des réformes qui ont permis au Sénégal d’être aujourd’hui parmi les 5 pays les plus réformateurs d’Afrique sub-saharienne, aux côtés du Malawi, de Djibouti, de la Zambie et du Nigeria. Il se positionne ainsi parmi les 13 pays au monde à avoir mis en œuvre le plus de réformes significatives cette année. Et au niveau de la sous-région, il est le deuxième pays, juste derrière la Côte d’Ivoire, et quatrième au niveau de la Cedeao.
Suffisant pour que M. Sall déclare que le Sénégal ambitionne d’intégrer la catégorie des 100 premiers pays d’ici 2019, après avoir atteint en 2017 la barre des 140, afin de s‘acheminer vers l’objectif des 50 premiers fixés par le président de la République dans le Plan Sénégal émergent. C’est pourquoi, dira-t-il, «nous envisageons cette année d’être le meilleur élève de la sous-région, à savoir le 1er dans l’Uemoa, dépassant la Côte d’Ivoire et réduire de manière très significative la distance qui nous sépare du premier de la Cedeao, en l’occurrence le Ghana».

abciss@lequotidien.sn

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