PARTAGER

Pour célébrer les 90 ans d’existence de son entreprise, le Président directeur général d’Eiffage Sénégal, Gérard Sénac, a donné rendez-vous ce jeudi aux artistes et amateurs d’art au siège de son groupe. C’était l’occasion pour lui de montrer l’importante donation que le collectionneur français Henry Barbier a fait au Sénégal. Soixante-sept toiles de 10 artistes sénégalais, datant de 1980 à 1995, retrouvent le bercail et viennent enrichir le patrimoine artistique d’Eiffage Sénégal.

Ce jeudi, le siège du groupe Eiffage a pris des allures de musée. A tous les recoins des murs, une toile est bien accrochée, à l’ombre de chacune d’elles on lit le nom de l’auteur : Zulu Mbaye, Krè Mbaye, Séni Mbaye, Philipe Sène, Mbaye Diop, Amadou Seck, Kara Ndiaye, Abou Ndiaye, Ibrahima Kébé… L’on se croirait dans un petit Quai Branly si ce n’était la grosse enseigne à l’effigie d’Eiffage. Toutes reluisantes, ces toiles donnent l’air d’être peintes récemment, pourtant la plupart datent bien de plus d’une décennie. Elles ont été peintes précisément entre 1980 et 1995, et constituent toutes une donation que le collectionneur français, Henry Barbier a fait à Eiffage Sénégal. Pour ses 90 ans d’existence, le groupe Eiffage Sénégal, s’est fait l’honneur à son tour de les présenter au grand public : «90 ans de présence du groupe au Sénégal, nous nous devons de célébrer un événement particulier qui marque la vie de notre collection, un geste de haute valeur issu de la générosité d’un grand monsieur Henry Barbier», s’est exprimé Gérard Sénac tout fier de cette donation qui, a—t-il précisé, «n’est pas à vendre». «Au nombre de 67, ces toiles vont tourner dans le pays : on va les faire circuler et les faire voir aux Sénégalais. De manière à ce qu’on mette en valeur ce patrimoine culturel», a soutenu le Pdg d’Eiffage Sénégal.
Cette donation qui intervient au moment même où le Sénégal est dans une dynamique d’ouverture du Musée des civilisations noires, est bien appréciable selon le directeur de cabinet du ministre de la Culture et de la communication, Rémi Sagna. En ce sens qu’elle participe à l’effort de constitution d’une véritable collection nationale à côté de la collection privée artistique de l’Etat et qu’elle restitue toute une mémoire du vécu artistique et culturel sénégalais. «Il est heureux de voir que des mécènes comme Henry Barbier font des donations au Sénégal ou a des entreprises sénégalaises pour rapatrier des œuvres d’art de certains de nos grands artistes qui sont un peu éparpillées à travers le monde». Pour le représentant du ministre de la Culture et de la communication les artistes ont aussi besoin de voir leurs œuvres, pas uniquement accrochées dans des musées étrangers, mais aussi ceux nationaux. Voilà à son avis, tout l’intérêt de cette donation, qui dit-il, «doit être bien poursuivie et accompagnée».
«Que d’autres mécènes continuent cet effort de conservation de nos œuvres au niveau local», a-t-il exhorté, à l’instar de Gérard Sénac. «Il n’y a pas qu’Eiffage qui peut le faire, toutes les entreprises peuvent le faire : les banques, les sociétés industrielles et autres, pour mettre en valeur la culture et le patrimoine sénégalais», a-t-il mentionné. En attendant la deuxième donation d’Henry Barbier, le peintre Séni Mbaye, scrute avec nostalgie ses œuvres qu’il avait peintes il y a 20 ans. «C’était dans les années 1995. Je les avais complètement oubliées», renseigne-t-il. Avant de noter la grande évolution qu’il y a eue dans sa façon de travailler. «C’est très différent de ce que je fais maintenant. A l’époque je n’utilisais que le pinceau pour jouer sur les nuances et les profondeurs. Ce ne sont plus les mêmes outils : en ce moment j’utilise le couteau, les burettes où je dilue la peinture pour intervenir sur la toile». Les scrutant encore, il remarque dans un bain d’émotions : «C’est très bien conservé, c’est bien beau». De M. Senac et de M. Barbier, le peintre retient «des hommes qui ont toujours suivi la culture».

Petite histoire avec le commissaire de l’exposition : Maoro Petroni raconte Henry Barbier
« Il est arrivé au Sénégal juste après la 2ème guerre mondiale (les années 1948), Henry Barbier n’avait à l’époque que 20 ans et travaillait pour la compagnie Bordelais Maurel et Prom à Kaolack. Il a passé là-bas une décennie puis est venu à Dakar. Dans les années 1970-1980, il avait commencé à se passionner à l’art plastique, qui a l’époque était très timide. Il n’y avait pas de galeries à Dakar, encore moins d’expositions. On trouvait les artistes soit chez eux, soit chez des antiquaires. Il avait commencé à les acheter, par plaisir mais surtout l’abstrait. Il avait aimé certains artistes et achetait régulièrement l’œuvre de ces artistes dont une dizaine sont exposée à Eiffage et trois d’entre eux présents à la présentation de la donation : Amadou Seck, Séni Mbaye et Ibrahima Kebe. Malheureusement il y en a certains qui sont partis mais ça n’enlève en rien la beauté de cette exposition… Henry Barbier a  une collection d’environ 200 œuvres, qu’il avait ramené à Bordeaux parce qu’il pensait ouvrir une galerie d’art. Mais il a été malade très vite et il était obligé d’arrêter. Cette idée a germé en lui, il a senti que toutes ces peintures devaient revenir au Sénégal. Ce sont tous des toiles, certains des dessins sur papier d’artistes connus, comme moins connus».

aly@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here