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Les habitués de l’avenue Cheikh Anta Diop ont été surpris avant-hier de voir que ce n’étaient pas des étudiants qui barraient la route aux automobilistes, mais plutôt deux artistes. Habillés l’une tout en rouge et l’autre tout en noir, avec des masques antipollution, Alicja Korek et Malick Diouf ont bravé la circulation sur le tronçon de l’avenue Cheikh Anta Diop, allant de la porte centrale de l’Université Cheikh Anta Diop au rond-point Sahm, leur point d’arrivée. Suivis par une petite foule arborant aussi des masques antipollution où était inscrit le mot «Help» (à l’aide), les deux artistes ont affronté le soleil ardent et fait face aux gaz toxiques émanant des pots d’échappement des voitures en circulation sur cet axe.
Se roulant à terre, imitant des postures de mort ou d’asphyxie, émettant des cris stridents comme ceux d’oiseaux en détresse, Alicja et Malick ont ameuté toute une foule de passants, passagers et automobilistes qui tous s’interrogeaient pour comprendre ce qui se passait. Pour les deux artistes performeurs, toute cette «scène» en valait la peine dans la mesure où elle visait à sensibiliser, voire conscientiser les Dakarois sur les dangers climatiques qui les guettent. Au terme d’environ 30 minutes de marche, ils arriveront tout en sueur au rond-point Sahm et expliqueront à la presse leur démarche. «Dakar est une ville ressentant pleinement les effets néfastes sur l’environnement. La qualité de l’air dans la capitale sénégalaise est jugée mauvaise par beaucoup de rapports et études. En l’occurrence celui de l’Oms de l’année dernière. Un tel état de fait crée des risques sanitaires dans un pays en pleine croissance démographique avec une urbanisation en hausse», fait savoir Alicja Korek.
Pour cette dernière comme pour Malick Diouf, il était important d’initier cette marche sur le climat, Dox nguir jawu ji pour non seulement sensibiliser et conscientiser les Dakarois et à travers eux tout le Sénégal, mais il était aussi surtout question d’amener les autorités à tenir un vrai débat public sur les sujets de la pollution atmosphérique, du changement climatique… «Il n’y a pas de débat public concernant le climat. Pourtant, nos enfants, les citoyens, les Dakarois, les Sénégalais souffrent énormément. On meurt tous les jours à cause de ce climat», remarque Mme Korek. Après avoir posé le débat de manière artistique, cette dernière estime que «maintenant c’est au tour des hommes politiques et aux médias de transformer cette performance artistique en vrai message écologique…» A ses côtés, Malick Diouf s’inscrit sur la même ligne. «Notre constat aujourd’hui c’est que des débats, des marches sur le climat s’organisent partout sur la planète sauf à Dakar. Pourquoi pas à Dakar ?», s’interroge-t-il. Dox nguir jawu ji est pour lui une belle occasion d’interpeller les autorités sur la nécessité d’ouvrir les débats et de rappeler aux populations leur responsabilité face à la nature. «Il ne faut pas ruiner et partir. Nous devons veiller à confier aux générations à venir une planète sûre et propre. Autrement dit, non polluée.»

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