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Le Sénégal comptait 9,8 millions d’habitants en 2000 et en compte 16 millions en 2020. Aucun Etat ne peut créer ou susciter la création de suffisamment d’emplois décents pour absorber ce rythme d’accroissement de population. Les entreprises, non plus, n’ont pas pour justification principale de leur existence la création d’emplois. Tant que les gouvernements du Sénégal n’agissent pas sur la natalité, la répartition spatiale équilibrée sur le territoire national (déjà près de 50% de la population en milieu urbain) avec des lieux de vie y compris pour les loisirs et les activités privées, la formation professionnelle, la priorité accordée à des projets industriels privés par l’incitation fiscale, y compris des subventions (versus le commerce et la construction de maisons) et sur des leviers comme la négociation de quotas de migrants et de travailleurs saisonniers avec les pays d’accueil plus développés, notre économie restera principalement une économie de «l’entrepreneuriat de subsistance et de survie», sans jamais devenir une économie de «l’entrepreneuriat de croissance». Une économie dans laquelle le rythme de création de services (écoles, hôpitaux, administrations, parcs de logements locatifs) et d’infrastructures (routes notamment et moyens de mobilité) ne peut jamais satisfaire le nombre exponentiel d’usagers qui le prennent d’assaut, dans des centres urbains devenus autant de goulots d’étranglement. Et le «droit à un emploi décent» se traduira plutôt toujours en «loi de la jungle» et en «loterie de l’exclusion» propice à faire gagner un pourcentage très minime des «ayants droit», ceux qui bénéficient d’un délit d’initié du «piston».
Quelles propositions concrètes sur la question «conflictogène» au plan socio-culturel de la natalité ? Non pas sa réduction mécanique «malthusianiste», mais l’action sur des leviers de promotion par discrimination positive dans l’éducation formelle des filles pour repousser l’âge du mariage et l’entrée dans la maternité, un vrai espacement des naissances (4 ans entre deux enfants), l’autolimitation à un maximum de 4 ou 5 enfants sur 20 ans, la lutte contre le phénomène du «nèf» (deux maternités rapprochées souvent de moins d’un an) qui n’a un nom qu’au Sénégal, la criminalisation du mariage pas seulement précoce, mais trop précoce de filles de 13 ans, qui est la règle dans certaines régions intérieures du pays, la limitation de la polygamie à deux femmes pour mitiger les effets de l’entrée sur le même marché nuptial de filles de 17 ans qui entrent en concurrence de maternité avec leurs coépouses trentenaires ou quarantenaires et qui met les hommes en situation de procréer effectivement sur une période surréaliste de 45 ans de leur vie… Car même sils sont présumés nous venir pour beaucoup des pays frontaliers, les enfants en rupture de famille dans les rues sont l’un des symptômes d’un «excédent de stock» (excusez du terme) ingérable des naissances et les enfants ne doivent plus être envisagés comme des bras productifs à multiplier pour le travail de la terre. On ne peut appliquer la politique de l’enfant unique qu’a eu longtemps la Chine avec ses drames humains et excès étatiques, ni tuer les bébés filles comme certains en Inde, mais la population sénégalaise doit comprendre que son intérêt sur une ou deux générations (une période entre 20 ans et 40 ans) est d’aider l’Etat dans ses politiques de territorialisation en maîtrisant le rythme nataliste. On a 400 mille naissances par an au Sénégal : c’est la taille de population d’une nouvelle grande ville chaque année et ce n’est pas «tenable» du point de vue des soins et opportunités à offrir à ces 400 mille nouveaux Sénégalais annuels.
Et dans la non-décision de ce type de politiques, l’Etat du Sénégal partage les torts avec la population. Et quel que soit le courage (du désespoir) de ces jeunes et moins jeunes, y compris des pères de famille et chefs de ménage qui vont à l’assaut de la mer sur des rafiots : la migration pour motifs économiques vers un pays plus développé n’est pas et ne deviendra jamais «un droit», si elle ne respecte pas les voies légales, à des conditions définies par le pays de destination. Que l’âme des personnes décédées d’une façon si triste repose en paix ! Mais ce qui est encore plus triste que leur rêve brisé et leur vie ôtée, c’est la cécité collective devant  la réalité de l’urgence de décisions pour une transformation structurelle du corps social, qu’il faut accepter de regarder en face. Et non pas la fuir avec des pirogues à moteur à explosion ou par des discours étatiques se défaussant sur les parents présumés fautifs de pousser leurs enfants à émigrer clandestinement et dangereusement.
Ousseynou Nar GUEYE
Fondateur-Editeur du site
d’information
Tract.sn

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