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Samedi, Michaëlle Jean, Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie, a été élevée au titre de Docteur honoris causa de l’Ucad. A cette occasion, elle a axé sa leçon sur les drames des migrants.

Michaëlle Jean est désormais Docteur honoris causa de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). La Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (Oif) a reçu le titre samedi à l’amphi Khaly Amar Fall. L’événement a été empreint d’émotion mais riche en enseignement. En témoignant sa sympathie à tous les migrants, celle qui a succédé à Abdou Diouf à la tête de l’Oif, par ailleurs haïtienne d’origine qui fut refugiée au Canada, n’a pas pu retenir ses larmes. Elle sera consolée par les applaudissements du public. En effet, la Canadienne s’est souvenue des douloureux évènements que ses parents et elle avaient vécus en fuyant la répression du dictateur, François Duvalier. A travers son témoignage, la Sg de la francophonie a lancé un appel pressant à la Communauté internationale sur la situation des migrants. Dans son speech, qui a duré une heure, elle est largement revenue sur le sort des migrants en Europe. Les souffrances et dangers vécus par les migrants pendant la traversée en méditerranée ou dans le désert, rien n’a était laissé en rade. En Europe, «ils vivent dans la clandestinité pour occuper des emplois sous-qualifiés, sous-payés, se retrouver sans papier, sans existence légale, sans protection sociale, sans rien. Pire, c’est que partout se retrouver en prison», dit-elle.
Selon elle, le nombre de refugiés, de déplacés forcés pour la seule année 2016 est estimé à 65 millions dans le monde. Evo­quant la chronique nécrologique, Michaëlle Jean a rappelé avec regrets, le drame de Lampedusa en Italie en 2013 où plus de 300 migrants en provenance de la Lybie ont péri en mer. «Des femmes qui accouchent à même le sol, des enfants malades et sans soins(…) Ce sont toutes ces situations tragiques, inhumaines, intolérables qu’on doit avoir à l’esprit et avoir au cœur lorsqu’on égrène des chiffres», ajoute-t-elle. Indignée, elle n’a pas manqué de s’interroger sur cette situation. «Comment imaginer que l’on pourra encore longtemps laisser persister cette injustice entre ceux et celles qui peuvent sortir et entrer librement dans tous les pays du monde et ceux et celles qui peuvent sortir mais ne peuvent pas entrer dans les pays de leur choix ?  Il y a encore 2/3 de la population de la planète qui ne peuvent circuler librement faute d’obtenir les visas d’entrée», demande-t-elle.
L’intervention de Mme Jean survient à un moment où l’Europe durcit ses politiques d’immigration, les Etats-Unis qui ferment ses frontières à des ressortissants étrangers de certains pays comme le Tchad. Face à toutes ces situations, Michaëlle Jean pense qu’«il y a notre responsabilité commune». Et elle s’explique : «Parce que nous le savons, l’esclavage est toujours et encore une réalité. Parce que le trafic d’êtres humains est encore une réalité. Et parce que des passeurs criminels tendent partout aussi leur filet. Parce que derrière les flux migratoires d’aujourd’hui et qui n’ont jamais été aussi importants depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale se cachent des misères, du désespoir et du désenchantement, des situations de sous-développement, des circuits de prédation (…) Nous ne pouvons pas dire que nous ne le savons pas. Et nous serons malhonnêtes de dire que nous ne pouvons rien.» Dans son plaidoyer, elle a soutenu que «notre responsabilité commune, c’est d’abord de rétablir les migrants et les réfugiés dans leur droit». Pour rappel, avant la Cana­dienne, le Roi Hassan II du Maroc en 1964, Nelson Mandela en 1992, récemment le président de la République du Portugal, Marcello Nuno Duarte Rebelo de Sousa, font partie des Docteur honoris causa de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
msakine@lequotidien.sn

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