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(A SUIVRE)

Une telle acception classique de la culture, de l’art et de l’artiste permet-elle de percevoir avec exactitude les énormes potentialités du secteur, d’organiser des marchés nationaux, sous-régionaux et régionaux et de bien contribuer à la croissance économique du Sénégal ? Si l’on y ajoute la porosité de nos frontières, portes d’entrée de produits de toutes sortes, porteurs eux-mêmes de valeurs de toutes sortes, le rush de productions hollywoodiennes, bollywoodiennes et nollywoodiennes, le plagiat, le piratage, la contrefaçon, les difficultés liées aux différentes politiques de décentralisation et le déficit quantitatif et qualitatif des ressources génériques, n’est-il pas permis de penser que le contexte est suffisamment difficile au point de faire gripper le moteur de l’émergence ?
Le contexte est aussi marqué par trois autres types de dysfonctionnement, liés les uns aux autres, et leurs effets conjugués pourraient constituer de sérieuses entraves à toute volonté de développement.
Le premier dysfonctionnement est d’ordre stratégique.
Il porte principalement sur l’acception du concept de «vision» et de la «représentation» à laquelle cette vision renvoie généralement. Pour rappel, au sens managérial du terme, deux éléments inséparables d’un binôme composent la «vision». Elle procède de la conjugaison intelligente d’un futur désiré (ambitions) et d’un socle culturel (valeurs et missions) adapté à ce futur désiré.
Du fait de la complexité du processus d’acculturation qui accompagne toute «vision» et de sa durée relativement longue, les uns et les autres semblent bien s’accommoder du premier terme du binôme, à savoir le futur désiré (ambitions). Ainsi, le second terme, pour une raison ou pour une autre, étant peu ou pas du tout pris en compte, impacte négativement tout le processus (mission, socle culturel, système de valeurs) devant permettre la réalisation effective de ce «futur désiré».
Seulement, s’il faut quelques années pour juger sur pièce un régime au pouvoir, il ne faut pas moins d’un quart de siècle pour changer le comportement contreproductif de citoyens et le mode de penser la culture d’un Peuple car, comme dit John Maynard Keynes dans Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, «la difficulté n’est pas de comprendre les nouvelles idées, elle est d’échapper aux idées anciennes» ; d’où la nécessité de se projeter dans le long terme pour agir avec efficacité sur les comportements et infléchir la tendance vers le «futur désiré».
Si le Pse procède d’un futur désiré par un leader, il est nécessairement vulgarisé, partagé, approprié et intégré par les populations bénéficiaires pour permettre au second élément du binôme (valeurs et missions) de s’ériger en socle et de propulser la vision de sa posture initiale de «désir» à sa posture finale de «réalisations».
Le second dysfonctionnement est d’ordre structurel.
Les structures décentralisées et déconcentrées sont-elles adaptées aux contraintes spatiales et organisationnelles de mise en œuvre du Pse ? Existe-t-il des espaces structurés et structurants pouvant s’approprier «l’offre d’émergence» du Pse et de la rendre effective partout où besoin est, sur toute l’étendue du territoire national ?
S’il est vrai que le Pse propose «un futur désiré» idyllique, avec un potentiel culturel national inestimable (classes créatives et génies des territoires), le modèle de structuration administrative permet-il toujours d’identifier de façon nette et précise ce potentiel ?
Les centres culturels ont-ils été conçus, du point de vue architectural, pour abriter et animer un projet aussi ambitieux que le Pse ? Ont-ils fait leur mue à l’heure de la départementalisation et de la communalisation intégrale ?
Le personnel est-il préparé en qualité et en quantité pour bien s’approprier le plan et répondre, au mieux et à temps, au rôle qui doit être le sien dans sa mise en œuvre ?
Pour l’essentiel, ces centres sont dans un état de dénuement quasi général, avec des locaux inadaptés, des équipements obsolètes ou inexistants et un environnement peu clément. En plus, le peu de ressources humaines dont ils disposent dans le cadre du «faire-faire» ou/et du «faire-avec», bien que très volontaires et très engagés à la base, ne sont pas suffisamment outillées pour prendre en charge les problématiques majeures liées à l’économie créative et au management culturel.
A cet état de fait vient s’ajouter le déficit de structures culturelles dans les coins et recoins du Sénégal ; ce qui rend encore plus difficiles l’identification et la valorisation de tout le patrimoine national.
Le troisième et dernier dysfonctionnement est d’ordre opérationnel.
La culture n’a pas de prix, mais elle a un coût. Le coût n’est pas que financier. Il s’exprime aussi en termes de qualité des ressources humaines (capital humain). De nombreux efforts ont été consentis ces dernières années dans le domaine de la formation, mais beaucoup reste à faire dans l’adaptation des contenus d’enseignement à la demande politique. Le personnel de niveau opérationnel est-il fin prêt pour mettre en œuvre le recueil de bonnes pratiques consignées dans le Pse ? Le dilemme relatif au passage du Bureau sénégalais du droit d’auteur (Bsda) à la Société sénégalaise du droit d’auteur et des droits voisins (Sodav) a-t-il connu son épilogue, même si le service est passé d’une main à une autre ? Quel avenir pour la qualité et la compétitivité des productions culturelles si et seulement si le seul fait de remplir une salle – aussi mythique, moderne et prestigieuse qu’elle puisse être – soit le principal défi à relever et l’unique indicateur de bonne performance ? Cette façon de (se) détourner des objectifs et des fonctions est devenue monnaie courante. Ne serait-ce d’ailleurs pas une des règles les mieux établies ?
A la lumière de tout ce qui précède, il y a lieu de rappeler avec insistance que, si par le passé, la culture, dans l’entendement populaire, était ramenée à sa plus simple expression d’objet superflu, folklorique au sens péjoratif du terme, de prestige et de dilettantisme, son caractère transversal et sa présence dans tout ce qui touche à l’espèce humaine appellent plus d’attention et d’investissements.
De ce point de vue, les enjeux d’émergence valent bien la peine d’examiner les approches les mieux adaptées au contexte actuel pour une meilleure contribution de la culture à la croissance économique et au mieux-être des populations, car malgré ce contexte qui a l’air d’être défavorable, il ne ferme pas pour autant toutes les issues aux acteurs du développement au rang desquels se comptent les acteurs culturels.

Tout le chemin de la bonne gouvernance économique est pavé de valeurs fondamentalement culturelles
Tout au long de l’histoire de l’humanité, le rapport entre «culture» et «économie» a été souvent un rapport heurté. La culture dont il est question ici est celle qui renvoie à un produit mobile ou immobile, un bien, un patrimoine matériel ou immatériel, un service, une activité et qui, a priori, est génératrice de valeurs, de sens et d’identités. Prise strictement sous cet angle, la culture, traitée comme objet de mécanisation et de marchandisation, relèverait de l’hérésie, car une telle transaction serait synonyme de mécanisation et de marchandisation de valeurs et d’identités ; ces substrats qu’il importe de ne surtout pas profaner et qui donnent sens à l’humain et à l’humanité. C’est pour dire que la «valeur» – au sens culturel du terme – ne saurait être réduite à une simple «valeur marchande» et encore moins «l’identité».
Seulement, cette perception de la culture, jugée réductrice par d’autres analystes, ne divorce nullement d’avec l’économie, en ses fondements. Mieux, elles sont étroitement liées, voire inséparables comme les deux faces d’une pièce de monnaie. A preuve, l’effet que feraient auprès des adeptes du Pse – projet éminemment économique – l’instrumentalisation d’un certain code de conduite et la légitimation con­textuelle ou circonstancielle d’une certaine sagesse populaire à partir de proverbes, de dictons et de langages courants bien de chez nous. Ces derniers, généralement vidés de leurs contextes réels d’origine du fait de la dépréciation des valeurs, font souvent l’apologie de comportements qui ne sont compatibles avec aucune politique d’émergence. Pour exemple :
Xaalis kenn du ko liggéey, da ñu koy lijanti (Gagner son pain par la ruse et non pas par la force du travail et du mérite) ;
Ki la jambloo daqaar moo la macc lo say waaraam (Celui qui t’investit d’un pouvoir t’investit de fait du droit d’en profiter) ;
Ki la feesloo moo la yàpplo (Celui qui t’investit d’un pouvoir t’investit de fait du droit d’en profiter) ;
Nguur lekk ak naan, folleeku day bette (Profiter du pouvoir pendant qu’on y est, car la perte de ce dernier peut survenir à tout moment).
Ces contre-valeurs sont légion dans la conscience collective de nombre de Sénégalais et sources de dégâts collatéraux inestimables impactant négativement le quotidien de ces derniers. Le paradoxe est que ceux-là sont à la fois les bénéficiaires et les acteurs du Pse. Ils sont appelés à développer un sentiment d’appartenance et une volonté de réappropriation dudit plan pour pouvoir activement participer à sa mise en œuvre.
Pourtant, au même moment que la société sénégalaise produit et entretient ces contre-valeurs, elle produit et entretient parallèlement des valeurs qui font aussi légion dans la conscience collective des Sénégalais. A tire d’exemples :
Jëf jël, ñaxx jariñu (Vivre à la sueur de son front) ;
Nux nux ba laa am, barr barr jiitu ko (Travailler pour gagner sa vie).
Picc bu bëgée gudd fan day moyuk fiir akuk mbëpp (Qui veut aller loin ménage sa monture).
Lorsque des cibles ou/et des acteurs du développement – selon le contexte – s’abreuvent de dictons aux antipodes de valeurs culturelles tels que le jom, le jomb, la kersa, le ngor, le maandu, le muñ, le farlu et le pastéef, ils deviennent des acteurs potentiellement dangereux. Les résultats attendus en termes de croissance et de mieux-être des populations en général en pâtissent, car à chaque fois que les stratégies entrent en conflit avec la culture, cette dernière finit toujours par prendre le dessus sur tout ; d’où l’impérieuse nécessité de faire en sorte que les stratégies de développement prennent suffisamment en compte les risques opérationnels liés aux faits de culture ou supposés comme tels.
Face à cette guerre des tranchées entre «valeurs» et «contre-valeurs», entretenue de façon dynamique et permanente par la société sénégalaise, il est surtout attendu du leadership transformatif du Pse, l’adoption d’une stratégie de rupture fondée sur un système de valeurs culturelles adossées au plan ; autrement dit, une réelle prise en compte de la dimension culturelle (output) de l’économie (input), car la bonne santé économique procède d’abord et avant tout d’un système de valeurs génératrices d’une culture comportementale bien ancrée et largement partagée par les parties prenantes.
En effet, l’émergence, telle qu’elle est présentée par le Pse en tant que «futur désiré» pour améliorer les conditions d’existence des Sénégalais, est à prendre dans l’esprit et la lettre à la fois. Elle est l’incarnation d’un mode de penser, d’agir, de faire, de se comporter et de se projeter dans l’avenir. Elle est en définitive un processus complexe qui consiste – de la part des opérationnels du Pse – à «agir par acculturation», autrement dit, changer des traits de culture par d’autres traits de culture (rupture).
Et pour gagner honnêtement sa vie, «la culture de la ruse» cède la place à «la culture du travail bien fait, de l’intégrité et du mérite».
Les activités culturelles seraient d’un grand apport pour sensibiliser les populations, afin de réduire les risques de résistance aux changements et de manque de volonté de réappropriation du plan. Mieux, avec la mise à contribution des ministères en charge de l’Education et de la Culture, ces activités, de par leurs effets ludiques, attractifs, plaisants et pédagogiques aideraient à préparer les enfants d’âge scolaire à la culture de l’émergence (valeurs, identité et sentiment d’appartenir au Pse) et à leur permettre de grandir avec. Toutes les formes d’expressions culturelles s’y prêtent selon la configuration des cibles.
Dans l’approche économique de la culture, celle-ci, de par ses différentes déclinaisons (expressions identitaires, langages, codes, symboles, fonctions, valeurs sociales, système d’organisation des communautés humaines, vecteur de développement, etc.), demeure un levier sûr d’information, de mobilisation, de sensibilisation et de prévention au service du Pse. Ainsi, selon l’angle de déclinaison, la culture construit, déconstruit et reconstruit des modes de penser, de faire, de se comporter, dans le but de générer et d’optimiser les facteurs de production d’émergence (performances économiques et mieux-être).
Le fait de bien gouverner et de bien gérer les affaires publiques procède d’une conscience individuelle, d’une adhésion volontaire et du respect scrupuleux des exigences d’éthique, d’intégrité, de transparence et d’exemplarité, d’un dispositif règlementaire et d’un code de bonne conduite. C’est pour dire qu’indépendamment des milliards de francs d’investissement provenant de fonds propres ou de partenaires techniques et financiers, tout le chemin de la bonne gouvernance est pavé de valeurs fondamentalement culturelles. Quelque importants que puissent être les capitaux à investir, tout ne saurait se résumer à la mobilisation d’investisseurs et de ressources financières. Loin s’en faut ! Bien plus que tous les capitaux financiers réunis, le fondement de tout plan de développement est la ressource humaine ou le capital humain. Et l’input et l’output de cette ressource humaine fondamentale n’est rien d’autre que la culture. C’est justement ce substrat dynamique, mobilisateur et fédérateur qu’est la culture qui sert de pilotis à tout système de développement national : la fierté, la dignité, la citoyenneté, la souveraineté, l’indépendance, l’autonomie, l’engagement patriotique, le sursaut national, l’autosuffisance, la démocratie, la liberté, l’émergence, etc.
N’est-ce pas là la raison pour laquelle on parle de culture de l’intégrité, culture de la transparence, culture de l’exemplarité, culture de l’éthique, culture d’une organisation, culture de la performance, etc. ?
C’est finalement pour dire que les meilleures performances économiques résultent d’un système de valeurs organisationnelles bien définies, largement partagées et acceptées par les parties prenantes comme faits de culture ayant un important pouvoir d’inspiration, d’influence, d’orientation, de changement, d’institutionnalisation et d’ancrage. Ces faits de culture établissent une relation de confiance entre les différentes parties prenantes du Pse (niveaux national et international) et avec les Sénégalaises, les Sénégalais et les hôtes étrangers. Ce capital de confiance demeure l’un des plus précieux gages pour mieux faire prospérer ce plan.
En définitive, toute performance économique est à la base une performance culturelle.

La dimension économique (output) de la culture (input) et le Plan Sénégal émergent
A l’inverse du point précédent, il s’agit ici d’examiner la dimension économique (output) de la culture (input) ; autrement dit, de montrer en quoi la culture pourrait, voire devrait, être traitée sous l’angle économique.
Si l’aménagement culturel du Sénégal le recommande vivement, la place de l’économie du savoir et l’économie créative dans le système économique mondial l’impose. La prégnance des enjeux territoriaux et économiques de la culture est aujourd’hui telle que des Etats comme le Sénégal n’ont d’autres choix que de faire en sorte que la production culturelle devienne à la fois un output (produit) et un input (ressource) capables de :
produire un capital créatif, dynamique, générateur de croissance, d’équité et de mieux-être à partir de potentialités territoriales labellisées et d’un pouvoir attractif ;
se reproduire dans une logique de régénération permanente, gage de créativité, d’innovation, de régularité et de jouissance esthétique sans cesse renouvelée.
Pour y arriver, en amont, faudrait-il prendre à bras-le-corps et suffisamment les dysfonctionnements notés plus haut et mettre en cohérence les orientations stratégiques et les plans opérationnels, car les enjeux de l’heure interpellent tous les acteurs au développement, sans exclusive.
Plus actuel que jamais, ce propos du savant sénégalais Cheikh Anta Diop campe avec beaucoup de clairvoyance les véritables enjeux de l’art, et par ricochet ceux de la culture : «Quelle que soit sa signification dans le passé, il (l’art) doit nous aider aujourd’hui à résoudre les problèmes actuels, à nous adapter aux nouvelles conditions d’existence. Dans le domaine de la vie politique et sociale, sans jamais renoncer à son idéal d’esthétique, il doit poser les problèmes brûlants de l’heure…»
Abstraction faite de l’idéal esthétique qui est un impératif catégorique, le savant fait état de l’aspect utilitaire des arts et de la culture.
Lorsqu’il s’agit de faire du secteur de la culture un levier de croissance économique, il y a lieu de s’imprégner du potentiel de chaque territoire et de se faire une représentation objective du génie créateur réel. Le territoire est compris comme une unité culturelle géographique, génératrice de forme (s), d’expression (s) artistique (s) et d’un répertoire de biens culturels propres à ce territoire. C’est ainsi que les notes de yelaa sont plus rattachées légitimement à telle unité culturelle géographique et non à telle autre. Il en est de même pour le mbilim, le ngoyaan, le taaxuraan, le ndaga, le kankurang, les mégalithes, le xoy, la tapisserie, etc.
L’intérêt de cette approche géographique de l’économie culturelle réside dans le fait que la concurrence mondiale met de moins en moins aux prises les pays entre eux. Elle s’opère du local (territoire) vers le global (mondial). C’est grâce à cette approche géographique de la culture traduite par une forme spécifiée de labellisation et de marketing territorial que des villes sont devenues d’importants pôles (culturels) d’attraction et de convergence, pourvoyeurs de richesses, de croissance économique et de mieux-être.
La ville d’Amsterdam s’est ainsi cristallisée dans la mémoire collective pour son industrie de la publicité, Angoulême pour son festival de bande dessinée, Barcelone pour son design, Bombay, Cannes, Hollywood, Lagos et Ouagadougou pour le cinéma, Montréal pour ses jeux vidéo, New York pour sa Statue de la liberté, Paris pour sa gastronomie, sa Tour Eiffel et son musée du Louvre, Rotterdam pour ses projets architecturaux, São Paulo et Dakar pour leurs biennales d’arts, Sapporo pour son Yuki matsuri, festival de sculptures sur neige et sur glace, Shanghai pour son Festival universel : Meilleure ville ; meilleure vie, Silicon Valley pour industrie électronique, etc.
Saint-Louis du Sénégal semble s’inscrire dans cette dynamique à travers son Festival de jazz et sont légion dans le monde ces villes, territoires ou pôles ayant pris des options culturelles claires du genre à renforcer les arguments concurrentiels et les avantages compétitifs de leurs localités et à des fins économiques.
L’exploitation marchande de symboles culturels et de la créativité artistique participe à l’attractivité et à l’émergence de ces villes. Par la force du génie créatif, elles sont devenues des maillons forts pour l’économie de leurs pays respectifs.
Au Sénégal et aux Sénégalais de tirer le meilleur profit du génie de leurs territoires afin d’exercer toute l’attraction nécessaire pour mobiliser et fidéliser – par les arts et la culture – des facteurs de production de richesses, de croissance et de mieux-être, car l’émergence d’une culture au service de l’économie passe nécessairement par l’émergence de classes et de territoires créatifs.
Dans cette logique de saine concurrence territoriale, le travail préalable consiste à identifier, répertorier et valoriser la ressource artistique et culturelle (génie du territoire). Il est fondamental pour le développement et l’ancrage des arguments concurrentiels et des avantages compétitifs. Les arts et la culture, longtemps considérés comme des activités de dilettante, sont ainsi devenus de véritables leviers de croissance économique pour le développement local.
Un tel parti-pris permet d’identifier, de répertorier géographiquement, de mobiliser et de valoriser économiquement ce que chaque territoire a de spécifique tant au niveau des hommes (classes créatives) qu’à celui des produits et services culturels (génie mobile, immobile, matériel, immatériel).
Ce qu’il convient d’appeler ici la dimension économique (output) de la culture (input) présente plusieurs autres avantages. En effet, elle :
met en œuvre une politique de promotion des arts et de la culture autour d’un évènement d’envergure internationale rattaché à un territoire et en fait un objet d’attraction et d’affluence soumis à une certaine périodicité (pour les besoins d’illustration, nous prenons ici à titre d’exemple le Festival de riiti du Djolof) ;
met en valeur un label culturel rattaché à un territoire de référence (le riiti et le Djolof) ;
offre une large assiette culturelle sous forme de produit composite (créer un package artistique, artisanal, culturel, social, touristique, commercial, financier, économique, territorial, politique, en se référant aux spécificités du riiti et du Djolof) ;
prend une option dite en termes marketing, «orientation vers le marché», avec un impact réel sur le traitement de l’information culturelle (aspiration/­pression) et sur les performances commerciales ;
reproduit l’offre culturelle de façon pérenne (rendre régulier le Festival de riiti du Djolof suivant une périodicité fixe) ;
constitue une offre culturelle soumise à une logique de régénération permanente (veil­ler à booster la créativité à chaque édition du festival, à assurer au public une jouissance esthétique, à renouveler les prestataires, le répertoire et le contenu du package en général) ;
présente un livrable sur les arguments concurrentiels et les avantages compétitifs du Festival de riiti du Djolof ;
crée de la richesse, lutte contre la pauvreté et améliore le mieux-être au Djolof – territoire de référence – et au-delà (un impact à la fois social et économique) ;
offre une plateforme pour des activités d’environnement combinant des effets d’entraînement et de diversification et anticipant sur les risques potentiels de conflits entre les différentes expressions culturelles d’un même territoire ;
fait la promotion de produits culturels dérivés des produits phare du territoire (le Djolof) ;
fait l’objet de benchmarking et de délocalisation dans d’autres territoires culturels identifiés au Sénégal (possibilité de généralisation du modèle avec la dose de flexibilité et d’adaptabilité nécessaire).
En effet, les territoires qui ont pris cette option de par le monde se sont appuyés sur un capital humain créatif dont la puissance a contribué à créer les conditions requises pour rendre le territoire de référence attractif avec les effets d’entraînement, le réseautage de classes créatives de différents territoires et la transformation du territoire en une zone culturelle spéciale à vocation économique.
Il ne relève donc pas du hasard si, par l’activation de ressorts géographiques, culturels, environnementaux, par le marketing social, territorial et éthique, des territoires et des labels culturels sont devenus, de par le monde, de prestigieuses marques de référence en matière de politique culturelle et économique.
La concurrence mondiale est rude et impitoyable et la diversification des axes stratégiques conduisant à l’émergence est devenue un impératif. C’est pourquoi les métropoles citées plus haut en exemples et bien d’autres ont développé des stratégies de marketing territorial et d’exploitation marchande de symboles culturels et de la créativité artistique, esthétique et sémiotique, dans le but de se doter d’arguments concurrentiels et d’avantages compétitifs.
A la lumière de ce qui précède et au regard du principe de base qui le fonde, le Pse pourrait bien explorer la dimension économique (output) de la culture (input). Quel modèle organisationnel se prêterait le mieux à ce cas de figure ?
Sidy SECK
Ancien Directeur général
des Manufactures sénégalaises
des Arts décoratifs (Msad) de Thiès
siidisekk@gmail.com

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