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Cet article a pour objet d’apporter une clarification sur la mort de Damel Samba Laobé Fall, après tant de controverses sur le sujet, et face à des «relations» des faits historiques souvent dénuées de toute logique et qui parfois défient les règles les plus élémentaires de l’histoire. En même temps, il répond à l’article paru sur le sujet dans l’Obs du mardi 24 Octobre 2017
Tout d’abord, je voudrais préciser que ma contribution repose sur les trois aspects suivants :
1/ Rétablir les faits, à la lumière de ce qui nous a été rapporté par nos parents et grands-parents, et nos historiens traditionnels ; mais aussi, apporter une analyse scientifique critique sur la plausibilité des faits racontés et leur déroulement. Par ailleurs, je n’ai pas écarté les sources coloniales ; mais je les ai étudiées et analysées avec lucidité, pour n’y retenir que ce qui semble logique, non contradictoire et non partisan ;
2/ Préciser l’identité généalogique des principaux personnages cités dans les deux articles de l’Obs, pour aider à éclairer les lecteurs sur leurs rôles, leurs relations, et les liens qui les unissaient ;
3/ Tirer quelques leçons à propos de l’opportunité, de la véracité et des conséquences de l’article, ainsi que de la tendance à faire foi sans réfléchir à des écrits laissés par les autorités coloniales.
I – LES FAITS
Au moins quatre versions des faits ont été rapportées, selon les sources, pour justifier la présence de Samba Laobé à Tivaouane au moment des faits, et partant la façon dont ceux-ci se sont déroulés et la manière dont il a été tué.
Les deux premières versions que nous allons citer stipulent que Samba Laobé s’était rendu à Tivaouane, avec deux de ses guerriers (en laissant le gros de sa troupe à environ deux kilomètres, à Keur Ndioba), qui pour aller collecter des impôts, qui pour répondre à un défi au duel avec le représentant du colonisateur.
Je me pose alors la question suivante qui me parait fondamentale pour une analyse critique et que l’auteur de l’article principal ne s’est pas posé de prime abord :
Comment une autorité, ayant le rang de Damel du Kayor, peut-il se déplacer avec seulement deux de ses collaborateurs, pour aller collecter des impôts ou répondre à un défi au duel, en laissant son escorte et le gros de ses troupes à deux kilomètres des lieux ?
En effet, dans ces deux cas, il a été rapporté que Samba Laobé avait laissé le gros de ses troupes à Keur Ndioba, à environ deux kilomètres de Tivaouane, et accompagné seulement de deux de ses fidèles, il s’est rendu à Tivaouane.
En outre, l’hypothèse d’une troupe nombreuse accompagnant Samba Laobé à Tivaouane est à écarter ici, car non concordante avec les témoignages des ancêtres des habitants de Tivaouane qui ont vécu l’événement, ni avec les récits des autorités coloniales elles-mêmes, qui tous ont rapporté que le gros de la troupe du Damel était cantonné à Keur Ndioba.
Prélever des impôts sur toute une population requiert de la main d’œuvre et trois personnes n’auraient pas suffi à cette tâche longue et fastidieuse.
Cette version de collecte d’impôts n’est d’ailleurs pas plausible pour l’autre simple raison que Tivaouane était déjà sous le contrôle de l’administration coloniale, depuis au moins un an au moment des faits, en tout cas depuis l’inauguration du chemin de fer et de la gare en juillet 1885. Il est donc difficile de la valider et d’accréditer la thèse que Samba Laobé était allé à Tivaouane pour y collecter des impôts.
Répondre à un défi de duel au sabre, en allant s’engouffrer dans le camp de l’ennemi, n’est pas logique non plus ; et la hiérarchie gouvernante du Kayor, hautement regardante sur les affaires de l’Etat, n’aurait pas permis au Damel d’aller ainsi s’aventurer dans le camp adverse, avec seulement deux personnes, en sachant les risques liés à cet exercice mortel.
Il faut également savoir que le Damel du Kayor ne se déplaçait qu’avec une escorte d’au moins deux à trois cents personnes, triées sur le volet, avec des guerriers aguerris, armés jusqu’aux dents. La moindre logique nous enseigne qu’un chef d’Etat ne se déplace pas avec deux personnes seulement, pour aller collecter des impôts ou répondre à une provocation de l’ennemi.
Ces deux versions ne résistent donc pas à une analyse logique et doivent être écartées.
La troisième version prétend que Samba Laobé avait été invité à Tivaouane pour aller discuter avec l’administration coloniale, afin de conclure un traité dans le but de pacifier la route du chemin de fer.
Samba Laobé, comme son oncle maternel Lat-Dior Ngoné Latir, était opposé à la pénétration du chemin de fer dans le Kayor pour relier Saint-Louis et Dakar, et les deux constituaient une entrave majeure pour la réalisation de leur plan ourdi depuis belle lurette. Tous les deux avaient en effet entrepris une guérilla pour lutter contre la pénétration française dans le Kayor et le prolongement de la ligne ferroviaire, qu’ils considéraient comme des instruments de domination coloniale. Samba Laobé a été élevé par son oncle Lat Dior avec qui il s’entendait bien ; et malgré son jeune âge, il a participé à la plupart des guerres que l’armée de ce dernier à livrées, à travers le Kayor, le Bawol, le Djolof et le Saloum.
L’autorité coloniale centrale, en l’occurrence le gouverneur du Sénégal, aurait alors invité le Damel à venir négocier les termes d’un accord pour trouver une solution à l’impasse, et l’inciter à arrêter la guérilla et les sabotages incessants des installations ferroviaires par les Ceddos. Il faut aussi noter que ces sabotages étaient accompagnés d’attaques surprises ciblées des troupes et des intérêts de l’administration coloniale et sapaient le moral des autorités françaises.
Après avoir quitté son quartier général près de Mékhé, et une fois à Keur Ndioba, avec ses troupes, Samba Laobé envoya un émissaire pour prévenir qu’il était arrivé. Le capitaine Spitzer lui fit alors croire que le touverneur l’attendait à l’emplacement de la gare de Tivaouane et qu’il n’y avait que trois personnes déléguées sur les lieux pour les négociations.
Le Damel ne parlait qu’avec ses vis-à-vis des problèmes d’Etat, et croyait venir négocier avec l’autorité coloniale centrale, en toute bonne foi ; c’est pourquoi il n’a pas jugé nécessaire de se déplacer avec beaucoup de monde pour aller au rendez-vous.
Mais en réalité, c’était là un piège que les autorités coloniales avaient tendu à Samba Loabé, de façon préméditée.
Manque d’expérience (intronisé Damel depuis trois ans seulement, en 1883, à l’âge de 19 ans), erreur de jeunesse, ou complicité aidant, toujours est-il que Samba Laobé, en homme d’honneur y crut, Imbu de sa force et avec son courage légendaire, il décida alors de se rendre au rendez-vous, avec seulement deux personnes, comme nous l’avons rappelé, à savoir, Serigne Njob Saxéwer Maxureja Samb et Demba Mbaye Birima Daly.
Arrivés sur le lieu du rendez-vous, ils ont été très vite encerclés par le contingent de spahis, qui armés de sabres, qui armés de fusils. Surpris par cette attaque soudaine et se sentant pris au piège au milieu des spahis (au nombre de 22 à 25 selon les sources), Samba Laobé et ses deux compagnons se sont alors courageusement frayés un passage avec dextérité, pour traverser les rangs ennemis et foncer vers leur campement à Keur Ndioba. C’étaient des guerriers exceptionnels, bien entrainés à la guerre et au combat.
Pour les agresseurs, il fallait coûte que coûte les abattre, avant qu’ils n’arrivent à Keur Ndioba, car ce serait alors courir à leur perte en affrontant les guerriers de Samba Laobé. Alors ils les ont poursuivis avec acharnement et tirés dans le dos avec lâcheté, avant de l’achever au sabre une fois à terre, gisant blessés par les balles. Cette scène de la fin de la poursuite et de l’assassinat de Samba Laobé, blessé à terre, a même fait l’objet d’un tableau de peinture caricatural, dessiné par les soins des autorités coloniales.
Il faut aussi savoir qu’une fois leur forfait accompli, les assaillants ont quitté les lieux avec précipitation, en emportant les corps sans vie de leurs victimes. Ils n’auraient certainement pas risqué de perdre du temps à l’enterrer, et au demeurant ils n’avaient aucun égard pour cela.
Il est à noter que selon une relation sans aucun fondement, Samba Laobé aurait été abattu sur le champ à la gare de Tivaouane, lors d’un duel au sabre avec le lieutenant Chauvey. Evidemment, le témoignage des anciens habitants de Tivaouane, qui ont assisté à la course-poursuite à partir des fentes des clôtures en paille de leurs maisons (selon l’auteur de l’article), est édifiant, et exclut cette narration des faits. D’autant plus que ceux-ci rapportent que c’est à hauteur du tamarinier de Keur Khaly (appelé par la suite et pour cette raison «Daxaar Damel») que les spahis français ont rattrapé et abattu Samba Laobé à bout portant ; et ensuite ils ont transporté le corps sans vie sur un cheval…
Dans une autre relation des faits, servie par l’autorité coloniale, il est écrit que : «Samba Laobé succomba près de Tivaouane (et non à la gare comme prétendu dans la relation ci-dessus) sous les balles des lieutenants Chauvet et Spitzer agissant sous ordre des autorités françaises» – (http://www.au-senegal.com/Lat-Dior-dernier-damel-du-Cayor.html?lang=fr). Cette relation, plutôt, est en concordance avec celle des anciens habitants de Tivaouane et balaye la thèse de la bataille à la gare ou le duel au sabre.
Deuxième question : qu’auriez-vous fait d’autre, face à une telle situa­tion imprévisible et dangereuse ?
Ici, je me réfère à l’auteur de l’article, qui lui-même reconnait que du côté des agresseurs, il y avait 25 spahis, et ensuite il écrit : «Il s’en est suivi une violente bagarre. Les coups de feu claquaient de toutes parts. Mis en minorité, Samba Laobé a pris la fuite. Puisqu’il avait senti d’avance qu’il avait perdu le combat, Samba Laobé avait battu en retraite pour regagner le village de Keur Ndioba où il s’était établi.».
Battre en retraite à des fins stratégiques et devant une menace soudaine lâchement perpétrée et préméditée par l’ennemi, et fuir, ce n’est pas la même chose ; comme qui dirait : il faut avoir de la cohérence dans le raisonnement pour pouvoir faire le distinguo.
Une quatrième version est celle rapportée par Tanor Latsoukabé Fall dans son ouvrage «Recueil sur la vie des Damels  – Bulletin de l’Institut Fon­damental d’Afrique Noire, Tome 36, Série B, n° 1, janvier 1974».
Cette version relate qu’à la suite de la bataille de Mbeuleukhé au Djolof, où il était allé attaquer Bourba Djolof Albouri Ndiaye, Damel Samba Laobé avait refusé de payer des dommages de guerre à celui-ci ; et de ce fait, avait été interpellé par le gouverneur français du Sénégal, pour venir s’expliquer à Tivaouane. Samba Laobé se rendit ainsi à la rencontre, accompagné d’une dizaine de cavaliers. Lors de cette rencontre, le chef de la colonie française était également accompagné de ses troupes. Mais un des guerriers de Samba Laobé, par excès de zèle ou pour fomenter le trouble, tira un coup de feu en direction du spahi que le Capitaine avait envoyé rencontrer les Kajor-Kajor pour régler les détails de l’entrevue. Etant stationné tout près de là, et donc ayant entendu le coup de feu, le capitaine, chef de l’escadron français, donna alors l’ordre de charger les adversaires. Le capitaine «entama le combat à cheval, avec le Damel, ensuite à terre, toujours avec les sabres. Un des spahis arriva et tira un coup qui atteignit le Damel au flanc. Celui-ci tomba à genoux. Son adversaire l’acheva en traversant sa poitrine de sa baïonnette. Voilà comment fut tué Samba Laobé, le dernier Damel, à Tivaouane, le 6 octobre 1886».
Cette version, quoique non conforme au récit et au témoignage des anciens habitants de Tivaouane, semble plausible, dans la mesure où elle a été rapportée par quelqu’un de crédible, avec des références solides, et qui était près des faits, historiquement. En effet, son père, Latsoukabé Thilor Badiane Fall et ses oncles paternels, parmi lesquels des fils de Damel Macodou, étaient des cousins de Samba Laobé et faisaient partie de son entourage, tous ont aussi vécu les faits. Par ailleurs, Tanor Latsoukabé, comme il l’a dit lui-même, pour confectionner son ouvrage, a recueilli les témoignages et les récits des derniers guerriers et des griots qui ont assisté à ces événements ; en plus, formé à l’école française, il a pu les coucher sur papier.
En tout cas, cette version réfute les témoignages des anciens habitants de Tivaouane cités précédemment et la course-poursuite dans les ruelles de Tivaouane. Et dans ce cas, on peut conjecturer que Samba Laobé ne faisait pas partie des cavaliers aperçus par les anciens habitants de Tivaouane lors de la course-poursuite relatée ci-avant, car ceux-ci pouvaient être d’autres guerriers appartenant à ses troupes. En fait il n’y a aucune certitude, car les anciens habitants de Tivaouane étaient restés cloîtrés dans leurs maisons et ne regardaient qu’à travers les palissades.
En réalité, avec l’élimination physique de Damel Samba Laobé, les colonisateurs étaient arrivés à leurs fins de ce côté ; et ensuite ils poursuivirent leur plan avec celle de son oncle Lat-Dior, en envoyant une colonne de spahis commandée par le capitaine Valois l’attaquer et le tuer quelques jours plus tard, le 26 octobre 1886, à Deukhlé. Evidemment, dans ces deux cas, ils s’empressèrent d’écrire leurs versions des faits, en prenant soin de se tailler le bon rôle.
Avec la mort de Samba Laobé, les autorités françaises supprimèrent le titre de Damel du Kayor et procédèrent à la division du royaume du Kayor en six provinces distinctes.
Il est aussi à noter, qu’à partir de ce moment, avec l’élimination physique de Samba Laobé et de Lat Dior, le Kayor fut annexé à la colonie française du Sénégal.
II- Les personnages cités dans les deux articles publiés par l’Obs
Damel Samba Laobé Fall est le fils de Thialaw (Vice-Damel) Sambou Codou Diouf Fall et de la Linguère Khourédia Mbodj.
Kourédia Mbodj est la fille de Ngoné Latir Fall la mère de Lat-Dior Ngoné Latir Diop ; celui-ci est donc l’oncle maternel de Damel Samba Laobé, au même titre que Damel Birima Ngoné Latir Fall (fils de Ngoné Latir également) mais dont le père est Macodou Codou Diouf Fall, «le lion de Ndioloor», connu aussi sous le nom Macodou Coumba Yandé Mbarou, Theigne du Bawol, puis Damel du Kayor.
Thialaw Sambou et Damel Macodou ont le même père et la même mère, à savoir Damel Birima Fatma Thioub Fall et la Lingère Guélwar du Saloum Codou Diouf – Yandé Ndiaye – Mbarou Ndaw – Cor Fall – Codou Bigué – Bigué Souka – Bour Saloum Birame Ndiémé Ndia­khana. La Linguère Codou Diouf est également la fille de Bour Sine Boukka Thilass Diouf Yandé Mouna, et donc en même temps une princesse du Sine.
Il y a effectivement deux Samba Laobé Fall, comme souligné par le Professeur d’histoire Bakacar Mbaye Ndack (à qui je rends hommage au passage, pour ses précisions et ses démentis relativement à l’article principal de l’Obs) ; à savoir, Damel Samba Laobé dont nous avons parlé dans cet article, et Bour Saloum Samba Laobé Latsouk Siré Diogob, fils de Damel Macoudou et de la Linguère du Saloum, Latsouk Siré Diogob.
Les pères des deux Samba Laobé sont des frères de même père et de même mère, alors que leurs mères sont respectivement Linguères du Kayor et du Saloum.
Serigne Ndiob Saxéwer est le fils de Serigne Ndiob Birane Ndoubane Samb et de Maxurédia Diop, laquelle a le même père que Lat Dior Diop, à savoir Saxewer Sokna Mbaye Diop. Il est donc le neveu de Lat Dior, et tous les deux sont descendants de Beur-Guét Saxewer Fatma Thioub Diop.
A noter que le jour de l’événement, Serigne Ndiob Saxewer chevauchait «Soule-Kér», ce nom de cheval voulait dire, en référence à sa position privilégiée auprès du Damel, que «plus on cherche à enterrer une ombre, plus elle s’élève (entendez le tas de sable)».
Les Serigne Ndiob étaient des Marabouts «maîtres coraniques» qui enseignaient le Coran dans leur village de Ndiob Samb, près de Louga. Mais, c’étaient aussi de redoutables guerriers, réputés très habiles au fusil ; c’est pourquoi on les surnommait «les Marabouts au Fusil». L’histoire nous raconte qu’à chaque fois que Damel entamait une guerre ou une opération d’envergure, il faisait appel à eux. Et à ces occasions, Serigne Ndiob Birane Ndoubane Samb renvoyait ses talibés au daara pour lui permettre d’aller se battre auprès du Damel, c’est pourquoi son surnom de Birane Ndoubane «ak-ndiaguilène» – c’est-à-dire «talibés, allez continuer à étudier pendant mon absence !»
Le troisième personnage cité dans les faits est Demba Mbaye Birima Daly. Il était le griot attitré du Damel, et à l’image de ses pairs, et en tant que gardien de la tradition orale, il jouait un rôle très important qui consistait à relater les faits avec exactitude à leur retour, pour le présent et pour la postérité. Bien qu’il n’ait pas survécu à la bataille en question, le témoignage de ses descendants pourrait être déterminant.
En effet, les griots de l’époque mettaient un point d’honneur à relater les faits dans toute leur exactitude et avec honnêteté, même si c’était au détriment de leur camp. Par ailleurs, ils étaient très courageux, bien entrainés et prêts à risquer leurs vies au combat au même titre que les nobles qu’ils suivaient dans leurs expéditions guerrières. Certains d’entre eux étaient même porte-drapeaux et arboraient courageusement les drapeaux de leur royaume, lors des batailles.
III- LES LECONS A TIRER
1/ La façon d’écrire cet article de l’Obs est outrageuse, insultante, irrespectueuse, irresponsable et très légère. Comment peut-on se permettre d’écrire ou de publier des choses aussi satanées du genre : «ils (les Ceddos qui campaient à Keur Ndioba) s’adonnaient à la beuverie et aux choses mondaines… Samba Laobé qui était en état d’ébriété…, Samba Laobé était accompagné de plusieurs de ses valets…. » ?
Du respect pour ces gens qui ont occupé des positions très hautes dans le pays ; et leurs descendants sont à même de lire de tels écrits malsains et insouciants !
2/ N’est pas historien ou journaliste d’investigation qui veut ; cela nécessite une formation solide adaptée et un esprit scientifique, capable d’analyser les faits avec sérieux, logique, rationalité et esprit critique. Cela n’est pas donné à tout un chacun. Malheureusement, aujourd’hui, au Sénégal, beaucoup de gens se prétendent «experts» dans tous les domaines, ce qui bien entendu porte préjudice au développement rationnel de notre pays, mais aussi à la préservation de nos valeurs.
3/ Quelles que soient les motivations pour lesquelles on écrit ou publie des articles, et elles sont nombreuses (je n’entrerai pas dans les détails dans cet article), on doit d’abord réfléchir sur leurs utilités, leurs portées, leurs conséquences et leurs impacts pour la société.
La vigilance s’impose à tous et nous devons tous être responsables et bannir des pratiques aussi irresponsables et inutiles ; et ceci, quelles que soient leurs motivations réelles de leurs auteurs.
4/ Il faut se garder d’aller fouiner dans les archives des colonisateurs, ce qui est très courant de nos jours, pour recopier sans aucune réflexion, ni analyse critique, les textes écrits rédigés par ceux-ci. La majeure partie de ces textes sont mensongers et cherchent à salir les indigènes qu’ils ne ménagent guère et à créer une situation reluisante pour justifier la bravoure des soldats des colonisateurs, ou l’hégémonie de leur gouvernance, et ce, quels que puissent être les actes criminels ou barbares qu’ils ont commis. L’histoire a montré que cette logique a prévalu dans toutes les colonies des puissances occidentales à travers le monde.
Je voudrais ici citer que Samba Laobé est présenté par les colonisateurs comme «une brute qui terrorisait ses propres sujets, le dernier des charretiers de France étant sans conteste plus intelligent et plus instruit que ce roi du Cayor dont il est heureux que nous soyons débarrassés…», (Monde Illustré du 27 novembre 1886, cité par Léral. Net – http://www.leral.net/La-mort-de-Samba-Lawbe-Fall)…(aussi sarcastique que les qualificatifs qu’ils ont attribués à l’Empereur Almami Samori Touré, à savoir «un roi sanguinaire, assoiffé de pouvoir, etc.»). Le refrain est le même, partout dans les colonies pour justifier leurs actes et leurs missions ; c’est en quelque sorte la logique du colonisateur «bienfaiteur», qui est venu pour sauver les peuples autochtones de la tyrannie des méchants souverains locaux qui régnaient en dictateurs dans leurs terroirs.
En tout cas, pour ne retenir ici que ce qui concerne Samba Laobé, c’est tout le contraire de ce que rapporte la tradition du Kayor qui le décrit comme un homme généreux, aimable, loyal, d’un abord facile et qui aimait ses parents et ses amis (c.f. ouvrage de Tanor latsoukabé Fall).
Latsoucabé FALL
Docteur ès Sciences

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