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La crise provoquée par le coronavirus devrait pousser à repenser le monde. Tel est l’avis du chef de l’Etat qui, dans un édito publié dans l’édition d’hier du journal Le Soleil, est revenu sur les différentes leçons à tirer de cette pandémie. Macky Sall a fait savoir que ce nouvel ordre mondial centré sur l’humain et l’humanité «devra exclure toute forme de discrimination, de stigmatisation et de préjugés, en particulier envers notre continent».

Dans un «guest-édito» paru hier dans le journal national Le Soleil, le chef de l’Etat a appelé à repenser l’ordre mondial avec le coronavirus qui a tout chamboulé. Dans son texte, Macky Sall a invité à retenir des leçons «de cette crise majeure, où l’infiniment petit fait trembler le monde entier». Il estime que, «devant des menaces transfrontalières, grands ou petits, riches ou pauvres, nous sommes tous vulnérables». La deuxième leçon à retenir d’après M. Sall : «Le Covid-19 renvoie au monde ses propres contradictions.» Poursuivant ses explications, il souligne : «Nous vivons, en effet, une ère de paradoxes (…) L’homme continue de faire des progrès tous azimuts, reculant chaque jour les limites de la science et de la technologie, y compris dans la conquête de l’espace.» Pendant ce temps, ajoute le chef de l’Etat, «sur terre, il manque de masques, de kits de test, d’équipements de protection individuelle, de lits, de respirateurs, autant de produits, matériels et équipements indispensables à la prise en charge des malades et à la protection des personnels de santé (…)». Dans son analyse de la situation, Macky Sall déclare que «la pandémie de Covid-19, tout comme, du reste, les périls de l’environnement et du terrorisme, confirme les limites objectives de l’Etat-Nation dans la réponse aux menaces transfrontalières». Attirant l’attention sur le fait que «quels que soient sa puissance et ses moyens, l’Etat-Nation ne peut plus se suffire à lui-même», M. Sall fait savoir que «devant les défis planétaires, nous avons tous besoin les uns des autres, surtout quand nos vulnérabilités communes s’ajoutent à nos fragilités individuelles». Le président de la République appelle ainsi à tirer des leçons de «nos erreurs et de nos limites, de redéfinir l’ordre des priorités». Pour lui, il s’agit «de redonner plein sens à l’économie réelle en investissant plus dans l’agriculture, l’énergie durable, les infrastructures, la santé, l’éducation et la formation, pour réaliser un développement soucieux du bien-être de l’homme intégral». Aussi, Macky Sall est convaincu qu’il faut «travailler ensemble à l’avènement d’un nouvel ordre mondial qui met l’humain et l’humanité au cœur des relations internationales». Dans ce nouvel ordre mondial, le président sénégalais estime qu’il «est temps de considérer les questions de santé publique au même titre que la paix, la sécurité, l’environnement, la lutte contre le terrorisme et autres criminalités transfrontalières». La faisabilité de tout cela, indique M. Sall, «suppose une confiance mutuelle et une volonté sincère de coopérer autour de questions d’intérêt commun et de valeurs partagées, dans le respect de nos différences et de nos diversités». Pour lui, «ce nouvel ordre mondial devra exclure toute forme de discrimination, de stigmatisation et de préjugés, en particulier envers notre continent».

«L’Afrique ne saurait s’offrir comme terre de cobayes»
Cet édito a été aussi une occasion pour le président de la République de répondre indirectement aux chercheurs qui veulent tester des vaccins en Afrique, ou à ceux qui prédisent des millions de morts dans le continent. A ceux-là il dit : «L’Afrique, berceau de l’humanité et terre de vieille civilisation, n’est pas un no man’s land. Elle ne saurait, non plus, s’offrir comme terre de cobayes. Exit également les scénarios catastrophistes qui s’évertuent à dessiner un futur d’apocalypse pour le continent. Ce continent a subi des épreuves autrement plus périlleuses et plus cruelles. Il est resté résilient et tient plus que jamais debout !» A en croire Macky Sall, «ce qui importe aujourd’hui, c’est plutôt de tirer les leçons de la crise et mettre en commun nos moyens et nos intelligences pour faire face, dans un même élan de solidarité humaine, à notre ennemi commun : un tueur silencieux qui se joue des frontières, des idéologies et des différences entre pays développés et en développement». Dans la foulée, le président de la République rappelle qu’en dépit «de son retard, l’Afrique regorge de ressources humaines de qualité, y compris d’éminents experts, praticiens et chercheurs compétents, qui contribuent au quotidien au progrès de la médecine». La preuve, d’après M. Sall, c’est la «mise en place du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, qui travaille en relation avec des structures nationales correspondantes et des laboratoires qualifiés comme l’Institut Pasteur de Dakar, dont les origines remontent à 1896». Il n’y a donc aucun doute, «le continent dispose d’un réseau scientifique de qualité et connecté au dispositif mondial d’alerte et de gestion de crises sanitaires internationales».

Pertes évaluées à 56 milliards de dollars Us
Les conséquences économiques de cette crise sur l’économie du continent n’ont pas été oubliées dans cette analyse du chef de l’Etat. A ce propos, il souligne que «l’Afrique, essentiellement exportatrice de matières premières et importatrice de produits finis et semi-finis, n’est pas en reste», concernant les effets paralysants du Covid-19 qui se font lourdement sentir au plan mondial. D’après Macky Sall, «les pays développés les plus touchés, à ce jour, par la pandémie achètent pour 51% des exportations du continent». Et précise-t-il, «les pays membres de l’Union européenne, à eux seuls, absorbent près de 40% des exportations africaines». Selon lui, «la baisse des exportations africaines vers ces pays affecterait principalement les hydrocarbures (pétrole et gaz), le cuivre et les produits agricoles». Pour ce qui est des importations, M. Sall renseigne que «outre les produits industriels finis et semi-finis, l’Afrique s’approvisionne à l’étranger en produits de grande consommation comme le blé, le sucre, le riz, l’huile, le lait, etc.» Dans ce cas, alerte le chef de l’Etat, «toute pénurie ou hausse des prix sur ces produits affecterait donc le continent». Cela, d’autant plus que, avec la fermeture des frontières aériennes, terrestres et maritimes, les secteurs des transports, du tourisme et de l’hôtellerie sont fortement impactés par le Covid-19 avec des pertes évaluées par «la Commission économique africaine à 56 milliards de dollars Us». Face à cette situation difficile, le président de la République estime qu’il «est tout aussi juste et légitime que nos efforts internes soient soutenus dans le contexte mondial de riposte à la crise». Pour lui, «l’Afrique ne doit pas être laissée pour compte dans un combat planétaire contre un péril planétaire». C’est la raison pour laquelle, renseigne M. Sall, il a lancé un appel «pour l’annulation de la dette publique africaine et le réaménagement de sa dette privée selon des mécanismes à convenir». Tout en se réjouissant de la position africaine commune adoptée à l’issue de la réunion en visioconférence, du bureau du sommet de l’Union africaine élargi à l’Ethiopie, au Sénégal et au Rwanda, le 3 avril 2020, il a appelé le monde à être ensemble, à rester uni, mobilisé, debout et combatif face au Covid-19.

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