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«La poésie sénégalaise contemporaine : Figures majeures, thématiques dominantes et spécificités d’écriture» est le thème de la conférence animée par les Professeurs Amadou Ly et Mamadou Ba jeudi dernier, à la Faculté des lettres et sciences humaines (Flsh). Selon le Pr Ly, la suppression de l’apprentissage par cœur des textes classiques est à l’origine de la régression de la connaissance.

La disparition progressive de l’apprentissage par cœur des textes classiques au lycée est à l’origine de la régression de la connaissance et de la pratique du français. Le Pr Amadou Ly de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Dakar a tenu ces propos jeudi dernier à l’occasion d’une conférence sur la poésie contemporaine sénégalaise en langue française, organisée par l’école doctorale Etudes africaines et francophones de cette faculté. «L’en­seignement de la poésie dans le secondaire et même dans le primaire avait pour but de faire connaître les poètes, mais aussi de créer dans l’esprit et dans le cerveau des apprenants une large connaissance de la langue française», soutient le Pr Ly. Le conférencier estime qu’actuellement, «avec les différentes réformes et autres mesures qui sont des entreprises de destruction de la langue française, on est arrivé à une régression de la langue française tout le long du processus (du primaire à l’université)». Pour le Pr Ly, ce serait une bonne chose si l’enseignement était fait dans l’une de nos langues nationales, qui aurait le statut de langue d’enseignement. «Mais nos langues n’ont pas encore de statut de langue d’enseignement parce qu’il n’y a pas de grammaire de ces langues, ni de publications scientifiques. Et donc, nous utilisons le français. Et tant que nous utilisons le français, il est nécessaire que nous connaissions le français. Malheu­reusement, nous le connaissons de moins en moins», regrette-t-il.

Une nouvelle génération de poètes talentueux
«La poésie sénégalaise contemporaine : Figures majeures, thématiques dominantes et spécificités d’écriture» est le thème de cette conférence organisée dans le cadre des activités de l’école doctorale. Cette thématique était l’objet de la thèse de Doctorat d’Etat que le conférencier Amadou Ly avait soutenue en 1992. Et cette thèse-là étudie la littérature sénégalaise dans ses techniques d’écriture, son contenu et ses motivations profondes. Ce qui n’avait jamais été fait par un universitaire. Selon le Professeur Ly, la poésie sénégalaise est née du contact avec la France, par la langue et par la forme avec les Senghor et autres. C’est une poésie qui exprime le désir du pays, l’âme des Sénégalais, leurs attentes, espérances et désespoirs, les luttes, les différentes formes d’amour. Il s’agit, toujours selon lui, d’exprimer d’une part le monde réel, le monde qui environne le poète. Et d’autre part, les sentiments, les sensations, les espérances du poète. La poésie sénégalaise et africaine en générale, poursuit-il, se distingue par ses procédés qui lui sont propres, avec des poèmes rythmés à travers la musicalité.
Les deux conférenciers sont convaincus de l’existence d’une nouvelle génération de poètes talentueux. Ils ont affirmé que ces derniers ne sont pas condamnés à faire moins bien ou à répéter ce qui a déjà été fait par leurs prédécesseurs. Ils leur suggèrent de chercher une voie originale pour trouver de nouveaux thèmes. Mais avec les nouvelles technologies, il y a une absence de bonnes maisons d’édition. «Il y a de bons poètes comme Meïssa Mata Ndiaye, Pape Samba Kane et d’autres encore qui font d’excellents poèmes. Mais avec la nouvelle mode de publication à compte d’auteur, les éditeurs vous publient ce que vous leur apportez sans que vos écris aient connu la censure de connaisseurs. Ce qui fait qu’ils y a beaucoup de gens qui font prétendument de la poésie, mais qui ne font que des textes avec des retours à la ligne. La poésie c’est les retours à la ligne, mais aussi le décompte des syllabes, le rythme et un certain nombre d’images», a plaidé le Pr Amadou Ly.

Une poésie qui se réinvente
Pour finir, les deux conférenciers ont reconnu que la poésie tend à disparaître «parce que d’abord chez nous, ce n’est pas notre langue. Et au nord, c’est pour d’autres raisons. Mais la poésie évolue dans de nouveaux domaines, la musique urbaine par exemple». Ils donnent l’exemple de Didier Awady ou Fou Malade, tous deux rappeurs. Selon Bineta Ndao, la fille de Cheikh Alioune Ndao, auteur de L‘exil d’Alboury, écrivain comme son père, «c’est important qu’il y ait des activités de ce genre parce que la culture doit être plus présente dans les médias de communication. Une façon d’inciter les jeunes à la lecture. Nous (auteurs) devons aussi faire des spectacles pour leur donner la motivation de lire».
Stagiaire

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