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Quelques heures après l’annonce officielle de la mort de l’ancien chef d’Etat de 91 ans, la Présidence égyptienne a exprimé sa «profonde tris­tesse» et résumé en une phrase ce que le régime du maréchal Al-Sissi veut en retenir : «Il fut l’un des commandants et des héros de la glorieuse guerre d’Octobre [ou guerre du Kippour en 1973, contre Israël], où il a pris le commandement de l’armée de l’air égyptienne pendant la guerre, qui a restauré la dignité et la fierté de la nation arabe». Pas un mot de ses trente années de carrière autocratique ni de la révolution qui l’a renversé, le 11 février 2011. Son héritage est délicat à défendre pour le régime actuel. Egalement issu des rangs de l’Armée, Abdel Fattah al-Sissi était son directeur des renseignements militaires.
Impossible donc de renier publiquement un régime que Al-Sissi a restauré en se hissant au pouvoir en 2013, après avoir destitué le premier président élu démocratiquement, Mo­hamed Morsi. Difficile pour autant de célébrer son bilan présidentiel dont la corruption endémique et le piétinement des droits de l’Homme furent les éléments déclencheurs de la révolte et de sa chute. Pour Amnesty Inter­national, «Hosni Mouba­rak a pérennisé l’état profond qui a garanti l’impunité aux forces de sécurité, devenues intoucha­bles et qui continuent d’agir au-dessus des lois encore aujourd’hui».
Malgré les violences et abus documentés par les Ong, en particulier lors des manifestations de 2011 (dont la répression a fait près de 840 morts), Moubarak apparaît comme plus libéral que Al-Sissi. «Il avait laissé de la place à une opposition et pensait que celui qui n’était pas tout à fait contre lui était avec lui ; il raisonnait en termes d’équilibre», estime le chercheur en sciences politiques, Tewfik Acli­mandos. Une nuance qui, selon les Ong et la plupart des observateurs, a aujourd’hui disparu avec un Parlement monochrome et plus de 60 000 opposants, avocats et défenseurs des libertés emprisonnés. Alors pour éviter les polémiques, l’hommage national valorise le seul aspect indiscutable de sa biographie : son glorieux passé militaire.
lepoint.fr

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