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Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cap-Vert, la Guinée Bissau et le Burkina Faso, réunis autour du Programme régional de réduction des risques Vih/Tb et autres comorbidités et Promotion des droits humains auprès des consommateurs de drogues injectables (Pareco), vont élaborer une déclaration d’engagement sur la Réduction des risques (Rdr) chez les consommateurs de drogues injectables.

Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cap-Vert, la Guinée Bissau et le Burkina Faso tiennent à Dakar une réunion de haut niveau sur la réduction des risques chez les consommateurs de drogues injectables. A la sortie de cette consultation régionale, les 5 pays engagés dans le projet Pareco (Promotion des droits humains auprès des consommateurs de drogues injectables) vont élaborer une déclaration d’engagement sur les réductions de risques chez les consommateurs de drogues injectables en Afrique. Une déclaration qualifiée d’historique par Vanessa Rousselle, représentante du Fonds mondial. Pour Magatte Mbodj, directrice exécutive de l’Alliance nationale des communautés pour la santé (Ancs), c’est une opportunité pour les acteurs de s’engager et d’engager leur pays en faveur de la Réduction des risques (Rdr) chez les consommateurs de drogues. La Rdr est une démarche pragmatique et de santé publique qui consiste à soutenir les Cdi (Consommateurs de drogues injectables) et trouver avec eux des solutions adaptées à leurs pratiques et dans le respect de leurs droits pour réduire les risques de contamination et de transmission du Vih et des hépatites.
Cela suppose une législation plus souple dans la lutte contre les drogues, des lois qui intègrent des aspects de la réduction des risques. Ce qui n’est pas encore le cas dans ces pays. Les mécanismes mis en place pour lutter contre les drogues privilégient la répression. «Ce qui n’est pas efficace», soutient la directrice exécutive de l’Ancs qui ajoute : «Nous savons qu’il faut des mesures répressives pour la lutte contre la drogue, mais nous savons également qu’il doit y avoir une dimension humaine et sanitaire pour aider ceux qui consomment cette drogue à ne plus être victimes du Sida.» Vanessa Rousselle, manager au Fonds mondial, appuie : «La réduction des risques fait parfois peur. On craint d’inciter l’usage de drogues, on craint de s’engager dans un cercle vicieux. Or, c’est tout le contraire en réalité.» Les acteurs en veulent pour preuve la tendance accrue constatée dans le monde. 27 millions de Cdi recensés dans le monde consomment des drogues par injection et 1,43 million d’entre eux seraient séropositifs. L’Afrique n’échappe pas au fléau. Elle compte 1, 778 million de Cdi dont 221 mille infectés par le Vih/Sida, selon les chiffres donnés par le coordonnateur du projet Pareco. Pour le Fonds mondial, une volonté politique forte doit être de rigueur pour aborder la question de la prise en charge du Vih/Sida chez les personnes consommatrices de drogues injectables. Autrement, «elles constituent une réelle entrave à la mise en œuvre effective des programmes de lutte contre le Sida et la tuberculose», alerte Vanessa Rousselle.
Le Sénégal ne fait pas exception, car le taux de prévalence du Vih chez les Cdi est estimé à 9%, largement au-dessus de la moyenne nationale qui est de 0,5%. Pourtant, notre pays est beaucoup plus en avance dans le processus de mise en œuvre de la réduction des risques. Il y a le Comité interministériel de lutte contre la drogue qui est en train de retravailler la loi pour y intégrer les aspects de réduction des risques. Egalement, même si la drogue est toujours criminalisée, les autorités donnent aux Ong qui luttent contre le Sida le feu vert pour dérouler leur programme dans les lieux de privation de libertés. Il y a aussi l’hôpital Fann qui a un centre d’addictologie, qui traite et accompagne les personnes sous dépendance de la drogue.
La réduction des risques constitue donc une alternative à la lutte contre les drogues. Mieux, c’est un axe important dans la stratégie mondiale. Le Fonds mondial, en plus de financer ce programme à plus de 3 milliards de francs Cfa, accompagne les pays en mettant à leur disposition des outils et en œuvre des études de formation sur la réduction des risques. Le Fonds mondial a également mis en place un guide d’orientation sur les réductions des risques. «Il s’agit maintenant de l’adopter et de s’engager à son utilisation et c’est ça l’enjeu», insiste Vanessa Rousselle.
Les participants à cette consultation vont ainsi, en amont, partager le «draft» du document élaboré en lien avec ce guide d’orientation sur la réduction des risques chez les consommateurs de drogues injectables au niveau régional et se mettre d’accord sur le document. Un consensus sur le fond et la forme s’impose alors. «Il faut que les pays soient au même niveau de compréhension et d’appropriation de cette déclaration», conseille Magatte Mbodj, car elle sera présentée aujourd’hui lors de la rencontre co-organisée par l’Alliance nationale des communautés pour la santé (Ancs) et la Commission ouest africaine sur les drogues qui présentera sa loi-type sur les drogues pour l’Afrique de l’Ouest.
ndieng@lequotidien.sn

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