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Il n’y a pas une opposition au Sénégal. Il y en a plusieurs ! Une analyse objective de la perspective électorale législative du 30 juillet 2017 montre qu’il est illusoire pour l’opposition de s’unir. Le désir de bloquer le pays par une hypothétique cohabitation va se heurter à une question plus importante : qui pour incarner le leadership de l’opposition à deux ans de l’élection présidentielle de 2019 ? Cette question en filigrane est la plus importante pour les leaders de l’opposition. Quelle est la motivation des uns et des autres dans cette hypothétique recherche d’une unité impossible ?

Le Pds de Wade et fils
La logique du Président Wade à 91 ans, est de tenter de reprendre le statut du leader de l’opposition afin de le garder pour un fils installé dans le confort du Qatar. Il sera difficile pour l’opposition d’accepter d’être dirigée par procuration par un homme de 91 ans, dont l’objectif suprême et unique est de redorer le blason de son fils. Oumar Sarr le stratège acceptera aussi difficilement de se plier à terme devant l’homme du Qatar ; ce d’autant plus que l’ex-communiste sauce libérale a fini de faire le vide à travers les exclusions de Alfred et Farba. Tôt ou tard, Oumar se débarrassera de Karim Meïssa ou vice-versa !

Le Rewmi de Idrissa Seck
Idrissa Seck, classé 5ème lors de la dernière élection présidentielle, vit le stress d’une participation seule avec le risque d’une déroute barrant définitivement ses ambitions présidentielles. C’est pourquoi, il est prêt à sacrifier les légitimes ambitions des Rewmistes dans une liste illusoire unique de l’opposition, quitte à perdre la dizaine de députés actuels. La question de fond est de savoir si les responsables du parti Rewmi, qui ont tenu le flambeau quand Idy était aux abonnés absents, accepteront encore une fois de se suicider pour l’ambition du chef. En vérité, Idrissa est prêt à tenter une prédation hypothétique du Pds, en dépit de ses attaques sans gants contre le Pape du Sopi. S’il franchit ce Rubicon d’un rapprochement avec le Pds de Wade et fils, les deux partis voleront un peu plus en éclats. On n’efface pas la haine insidieuse par une visite à Versailles ou un coup de fil reçu du Qatar.

Khalifa Sall et ses amis
Le maire de Dakar acceptera difficilement de jouer un rôle en dehors de tête de liste nationale. La proposition de Babacar Gaye, porte-parole du Pds, d’en faire la tête de liste à Dakar a semblé comme une invite au rangement des ambitions nationales dans les tiroirs. Babacar Gaye travaille pour l’homme de Qatar dans un Pds en lambeaux. Je ne crois pas que les amis de Khalifa soient des nains politiques pour jouer le rôle de suppôt politique du Pds, à servir sur un plateau au touriste de luxe du Qatar. En dépit du boulet né de ces affaires de fausses factures de riz et de mil, Khalifa voudra certainement jouer seul ou en pole position sur la victimisation ambiante. S’il passe devant le Rewmi et le Pds, ce sera déjà une prouesse. S’il s’accommode de ces partis en jouant les seconds rôles, ce sera politiquement fatal pour lui.

Abdoul Mbaye et  l’Alliance pour la citoyenneté et le travail
La majorité des Sénégalais ne connaissent pas l’Act, trop timorée. C’est pourquoi la peur de se peser seul pourrait aussi habiter l’ex-Premier ministre, Abdoul Mbaye, arrimé apparemment au Pastef plus médiatique pour des raisons sans doute stratégiques. Je ne crois pas que le jeu de dupes puisse perdurer quand viendra l’heure de la guerre de  leadership. Le jeune «parti des inspecteurs fâchés du trésor» voulant bien se peser pour voir l’impact de sa ligne populiste sur les masses. En se rapprochant de l’ex-Premier ministre, signataire des décrets tant décriés par Pastef sur le pétrole, il est clair que se posera le problème de cohérence de la supposée «ligne de masse». Le Pastef qui se dit vierge de toute pesanteur judiciaire, s’accommodera difficilement d’un ex-Premier ministre trainant le boulet d’un problème pas trop glorieux relevant du Code de la famille. Pour Abdoul Mbaye comme pour les jeunes de Pastef se posera le problème d’appareil politique de conquête électorale, loin des salons feutrés sous les flashes et cameras.

Gackou et son Grand parti
Un grand parti ne se proclame pas. Il se pèse. C’est la même peur de se peser seul qui sort des positions mi-figue mi-raisin d’un Malick Gackou, semblant vouloir jouer le rôle de récupérateur de la victimisation suite à l’affaire de la mairie de Dakar. Malick Gackou rêve sans doute d’un deal sur l’axe Dakar-Guediawaye. Il ne perd rien pour attendre puisque son parti résistera difficilement à l’offensive des amis de Khalifa. Au jeu du «qui avalera l’autre», rira bien qui rira le dernier. Une envergure nationale ne se décrète pas. Elle se travaille à la base. Gackou voudra s’engouffrer dans l’hypothétique liste unique. Son parti en construction volera en éclats s’il se range derrière un autre leader.

Pape Diop, Fada, Aïda Mbodj, Jules Ndéné, Alfred, Farba et les excroissances du Pds
Aïda Mbodj elle, ne reculera pas. Elle sait que l’enjeu est au leadership de l’opposition, avec un Wade à 91 ans et un Oumar Sarr sans sel. Un score proche de celui du Pds authentique ne serait pas mal pour Aïda l’ambitieuse. Pape Diop qui avait quitté le Pds en 2012, du fait qu’on lui avait refusé de diriger la liste nationale, ne changera pas sa position. Fada, Alfred, Farba, Jules Ndéné et les autres l’ont compris. La recomposition du Pds d’après-Législatives se fera sur la base du poids des uns et des autres. Celui qui fera le meilleur score devrait incarner la légitimité. Les autres n’auront de choix qu’un rapprochement naturel avec le Président Macky Sall, autour de la mise en œuvre du Pse, au nom de la vision libérale partagée.

Les autres partis
Ils iront à la conquête du plus fort reste ou s’arrimeront aux listes des autres, avec le risque de perdre leur base. Quand sera lancée la machine de guerre des poids lourds, ces partis resteront dans la posture des diseurs de scoop. Leurs électeurs ne comprendront pas le jeu de ces leaders prolixes qui ne pèsent que le poids de leur attraction médiatique entre Ponty et les Almadies.

Y en a marre et son nouvel habit politique
«Venez tous à la manifestation avec des habits de couleur noire.» Ce mot d’ordre du mouvement Y en a marre n’était pas neutre. En venant faire foule sans exhiber ses propres couleurs, l’opposition est comme devenue le dindon de la farce. Aujourd’hui qu’il est établi que le mouvement Y en a marre veut officiellement siéger à l’Assemblée nationale, les jeux sont désormais clairs. Ces jeunes (le sont-il encore ?) se sont bien joués de l’opposition. En vérité, ce mouvement est d’abord un concurrent des partis d’opposition qui, au prochain appel, prendront le soin d’exhiber leurs propres couleurs.

Au total
Au total, la peur de se peser est à l’épreuve d’un enjeu plus important qu’est l’incarnation du leadership de l’opposition. Wade le cherche en procuration pour l’homme de Qatar. Idy le cherche pour exorciser sa 5ème place lors de la Présidentielle de 2019. Khalifa le veut pour profiter de la victimisation ambiante afin de coiffer les opposants au poteau. Les ex du Pds le veulent pour récupérer ce qui reste du parti avant le ralliement massif vers le Président Macky. Les autres partis non encore pesés électoralement, le veulent pour semer leurs graines.
Je crois franchement que les partis sont assez intelligents pour comprendre cet enjeu et aller se peser pour survivre. L’unité, même de façade lors de ces Législatives, sonnera le glas de beaucoup de partis qui sont d’abord concurrents sur un même marché électoral. Le nihilisme vis-à-vis du Président Macky Sall n’est pas un programme politique. Macky est le candidat de Benno bokk yaakaar en 2019 ; il  est normal que Benno soit uni pour ces élections législatives. Tout le contraire des partis d’opposition qui, à deux ans de la Présidentielle, accepteront difficilement de ranger leurs ambitions présidentielles dans une liste unique hypothétique d’ici fin mai, date de clôture du dépôt des listes pour les Législatives.
Entre 2017 et 2019, sortiront de terre des projets d’envergure, sans compter le bilan actuel qui est assez éloquent en dépit des difficultés. Benno bokk yaakaar a pour objectif la stabilité du pays, qui ne saurait prendre le risque d’une cohabitation. Les combats basés sur l’agenda biologique de quelque «soixantenaires» présageant l’inaptitude en 2024 (année de la fin du deuxième mandat du Président Macky Sall, s’il plait à Dieu) ne paieront pas. Les Sénégalais donneront certainement la majorité à Benno bokk yaakaar, pour la stabilité du pays. Ils règleront au moins la question du leadership de l’opposition pour mieux assainir les mœurs politiques. Le défi pour Benno bokk yaakaar est d’abord à des investitures crédibles. Les très proches du Président doivent l’aider à peaufiner les choix en dehors de tout calcul politicien. L’enjeu des élections législatives du 30 juillet 2017, dépasse nos ambitions individuelles. Nous devons dans la majorité actuelle, offrir au Peuple sénégalais un panel de choix de  députés crédibles et engagés.

Mamadou NDIONE
Economiste Ecrivain
Conseiller départemental à Mbour
­­Responsable politique Apr Diass

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