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896 millions sous le régime de Me Abdoulaye Wade et 750 autres sous Macky Sall… 11 ans après, la gare maritime de Rufisque peine à voir le jour. Pis, les installations sur place sont quasiment en ruine à cause d’un défaut d’entretien, travaux approximatifs, érosion côtière… Dans la vieille ville, le décor de la gare est affligeant.

Sur le sable de la gare maritime de Rufisque, le ponton est rongé par la rouille. Il tient à peine débout sous les rafales impitoyables des vagues. En ce début d’après-midi, la marée basse offre parfois un moment de répit à l’infrastructure qui devait abriter les bateaux taxis dans le cadre du projet de liaison maritime Dakar-Rufisque. S’étalant sur une dizaine de mètres, le ponton construit en fer résiste à l’érosion marine. Pour le moment. A première vue, l’océan s’est déjà emparé de ce qu’il pouvait. L’enseigne s’est envolée et les supports du ponton sont troués. Une tape de la main suffit pour arracher des pièces en fer. Des filets poussiéreux clôturent le ponton. Sur une plaque, il est mentionné qu’il est interdit d’y marcher. Y entrer devient un exercice délicat. Des conciliabules avec les pêcheurs locaux ont permis d’y accéder. Là, on se rend compte que la plaque qui sert de chaussée aux passagers s’érode au fil des années. Sur deux stèles dressées en haut, il est gravé «Gare de Rufisque» que le vent s’est chargé d’emporter.
La plage du quartier Mbépé expose ses trophées : une kyrielle d’épaves et des embarcations de fortune se dressent sur un sol amoncelé d’ordures. Un vent frisquet souffle sur la plage, léché par des vagues qui s’écrasent sur le ponton. Le siège de la gare maritime, situé à côté, est fermé. Les murs glauques, fissurés constituent un décor qui donne envie de vomir. L’odeur nauséabonde n’altère pas l’insouciance des mômes jouant au football sur la rive. Le bâtiment contenant un guichet, une salle d’attente et des toilettes, se meurt dans un décor peu reluisant. Serrures non fonctionnelles, portes enveloppées de poussière, l’endroit est en décrépitude. Pourtant, la gare maritime de Rufisque date de 2007 et a été réceptionnée en 2008. Annoncé pour un budget de 896 millions de francs Cfa, il est difficile de convaincre les Rufisquois que ce montant a été injecté dans les travaux. «Le Cosec a saboté la réalisation de cette gare. L’argent n’est pas allé dans la construction, mais dans les poches», accuse Maguette Ndoye, un jeune pêcheur installé sur une natte, les yeux rivés sur le ponton.

«Audit du Cosec»
Pourtant, les travaux de l’extension et de réhabilitation de l’embarcadère/débarcadère de Rufisque ont été entamés le 17 avril 2017, lors d’une cérémonie présidée par le ministre de la Pêche de l’époque Oumar Guèye. Confiés à l’entreprise française Hydrotechnique Meceron, les travaux étaient prévus pour 5 mois, pour un coût de 750 millions de francs Cfa, d’après le directeur du Cosec d’alors, Abdoulaye Diop (actuel ministre de la Culture et de la communication). Depuis, la chaussée du ponton a été changée. Du bois, il est passé à l’aluminium. Malgré tout, l’infrastructure peine à convaincre sur place. «Le ponton est trop bas. Lorsqu’il y a une marée haute, l’eau le noie», souligne Khoulé Ndir, pêcheur et riverain.
Avec près de 2 milliards de francs Cfa investis, la gare maritime peine à voir le jour. Depuis 11 ans, des montants sont annoncés. Mais il est clair qu’à l’heure du constat, il y a un fossé entre les paroles et les actes. «Nous demandons à ce que le Président audite le Cosec pour savoir si réellement les sommes annoncées ont été bel et bien dépensées. Le Cosec a confié le projet à des Français qui sont venus se sucrer avec notre argent sans rien faire de bon. C’est trop facile alors que nous les pêcheurs, on tire le diable par la queue», regrette Mama­dou Niang qui a travaillé à la réalisation du ponton. La gare existe, mais Rufisque s’éloigne au fil des années de son projet de liaison à Dakar. De Amadou Kane Diallo, en passant par Abdoulaye Diop et aujourd’hui Mamadou Ndione, le projet n’a jamais prospéré. Malgré les milliards de francs Cfa dépensés…

 

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