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M. Alioune Ndiaye, enseignant et chercheur à l’Université Sher­broo­ke du Canada, estime que notre pays présente plusieurs similitudes avec l’Inde dont il pourrait s’inspirer pour réussir son émergence.

Le potentiel de développement du continent africain fait courir beaucoup de pays. Pour sa conférence inaugurale tenue hier, le Timbuktu institute s’est intéressé au cas de deux pays qui affichent depuis quelques années leur volonté de nouer des partenariats économiques avec l’Afrique subsaharienne. Il s’agit de l’Inde et du Maroc. 7e puissance économique au monde, l’Inde tisse petit à petit une stratégie destinée à lui donner une place de partenaire économique de premier plan sur le continent. Alioune Ndiaye, enseignant à l’Université Sherbrooke du Canada, a décortiqué la stratégie de ce pays dans une communication intitulée «L’Inde comme puissance émergente : quelles implications sur la politique africaine».
Entre 2003 et 2015, le volume des échanges commerciaux entre l’Inde et l’Afrique est passé de 3 à 75 milliards de dollars. Une progression beaucoup plus rapide que celle des échanges avec la Chine, même si celles-ci ont atteint un volume beaucoup plus important avec 280 milliards de dollars. Selon le chercheur, «sur bien des aspects, le Sénégal est une Inde qui s’ignore». L’expé­rience indienne peut servir le Sénégal, souligne M. Ndiaye, qui dresse un tableau des con­nexions entre les deux pays. La première étant de faire des connexions entre les cercles du savoir et ceux de la décision. «Il faudrait qu’on comprenne que la politique publique, c’est du savoir en mouvement. Des lors, le savoir doit être l’élément principal par lequel les politiques publiques sont conçues et l’élément principal par lequel un Etat peut agir et faire face aux contraintes économiques et socio-économiques.»
Selon M. Ndiaye, à toutes les étapes du développement de l’Inde, il y a eu un duo entre le tenant du pouvoir politique et un scientifique de renom. Aujour­d’hui, cette stratégie se révèle payante puisque c’est sur les conseils d’un de ces scientifiques que l’Inde a pris l’option de développer son secteur numérique qui concurrence même la Silicon valley américaine. L’enseignant souligne également qu’une con­nexion peut être faite entre le capital et la capitale. Cette dernière étant comme le centre du pouvoir politique, et le capital représentant le secteur privé national. «Je crois que l’Inde nous a montré que même si l’Etat n’a pas assez de moyens, il peut construire un secteur privé fort qui deviendra le fer de lance de toute expansion économique. Cela est très important à l’ère des grands projets. Des compagnies comme Tata n’avaient pas cette volonté d’expansion au début. Mais chaque programme économique que le gouvernement indien lançait avait pour objectif de faire émerger un secteur privé local.»
Il explique que grâce a son Eximbank, l’Inde a utilisé les lignes de crédit au profit du continent pour fortifier son secteur privé. «L’Eximbank indienne a dégagé d’importantes lignes de crédit pour les pays africains, mais à la condition que 70% des biens et services soient assurés par des entreprises indiennes.» Ce qui a permis aux entreprises indiennes de moins porter le coût de leur implantation sur le continent. La troisième connexion que pointe l’enseignant, c’est la diaspora. «Une connexion devrait être établie entre la diaspora et le pays, et voir dans quelle mesure les ressources envoyées par la diaspora, pas seulement monétaires, mais intellectuelles, peuvent agir dans la définition des politiques publiques.» Alioune Ndiaye qui est l’auteur d’un ouvrage sur la question, intitulé L’Afrique dans la politique étrangère indienne : les nouvelles ambitions africaines de New Delhi, insiste sur l’intérêt d’apprendre de ce modèle d’émergence qu’est l’Inde.
mamewoury@lequotidien.sn

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