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Les migrations sont aussi vieilles que le monde. De tout temps, depuis Mathusalem, la circulation des personnes et des biens au delà des frontières pour un mieux être, a toujours régi l’activité humaine.
Cette mobilité est le propre de l’homoéconomicus. A l’époque du mercantilisme entre le XVIème et le XVIIIème siècles, les conquistadores ont parcouru le monde à la recherche de métaux précieux pour l’enrichissement des nations. Au XIXème siècle, la révolution industrielle a accru l’internationalisme économique. En Afrique, nous avons connu le commerce transsaharien pendant des siècles. De la même manière, le mouvement international du travail suit la mobilité du capital qui migre à travers le monde suivant la logique du profit. A la base de la création des richesses, le réflexe pour une allocation optimale des ressources et une meilleure rémunération du travail ignore les frontières et explique le mouvement international des facteurs, quelles que soient par ailleurs les barrières à l’entrée. L’offre et la demande de travail se déplacent et se déploient à travers le globe selon les opportunités ou avantages comparatifs. C’est dire que les migrations ne sont ni temporaires ni nouvelles, si ce n’est que leur amplitude s’accentue aujourd’hui avec la mondialisation en cours. Or, la mondialisation néolibérale actuelle creuse les inégalités en accroissant l’enrichissement des nantis et le blocage du développement dans les pays à faible revenu. Tant que persisteront des rapports verticaux entre les pays du Nord et les pays du Sud, l’émigration aura de beaux jours devant nous.
La baisse de revenu et les écarts grandissants de rémunération selon les régions et les pays à travers la planète, contribueront à ce que d’avantage des personnes cherchent ailleurs du travail et des revenus plus importants. Par exemple au Sénégal, la paupérisation des populations rurales à la suite des années de sécheresse des années 1970 avait provoqué l’exode massif de populations des zones rurales vers Dakar, créant la macrocéphalie de la presqu’île du Cap-Vert. Le même phénomène d’exode existe plus encore de nos jours, à mesure que les écarts de développement s’agrandissent avec l’actuelle division internationale du travail. La situation mondiale est telle qu’un mouvement contradictoire a toujours chevillé les relations économiques internationales. N’oublions pas que la traite des esclaves pendant des siècles fut une forme de migration forcée, de même que les colonisations qui furent aussi de la migration dans l’autre sens pour l’accumulation gratuite du capital dans les pays du Nord.
En réalité, avec l’actuelle division internationale du travail, les migrations représentent un double avantage économique s’identifiant à la fourniture aux pays industrialisés de la main d’œuvre nécessaire dans certains secteurs et la création d’un important flux financier vers les pays du Sud pouvant même atteindre, dans certains cas, l’équivalent de budgets nationaux. Le différenciel de revenu des travailleurs en est de vingt fois supérieur pour les mêmes qualifications, justifiant même la fuite des cerveaux des pays du Sud vers les pays du Nord pour la recherche d’alternatives plus crédibles (3 dollars / jour et 60 dollars / jour pour le salaire minimum). Certains pays développés comme l’Allema­gne ou le Canada défendent les avantages des migrations et souhaitent les encourager, tandis que d’autres avancent des arguments fallacieux dressant l’épouvantail des flots de migrants qui menacent l’ordre social et l’équilibre culturel. Le phénomène de l’expansion des mobilités transnationales des facteurs est d’autant renforcé aujourd’hui qu’on observe un vieillissement de la population dans les pays du Nord accroissant davantage la demande de travail dans lesdits pays, tandis que l’offre de travail dans les pays du Sud progresse de façon exponentielle avec une population de plus en plus jeune constituant une armée de travailleurs valides qui arrivent chaque année sur le marché du travail.
L’émigration clandestine vers les pays du Nord, avec ses lots de tragédie humaine n’est que la face cachée émotionnelle d’une réalité tangible de mobilité des facteurs suivant les opportunités dans une économie mondialisée. Cette mobilité qui peut prendre diverses formes est la sève nourricière de l’existence humaine et aura cours forcé quels que soient les législations et contrôles aux frontières. Le blocage structurel du développement des pays du Sud par le truchement de l’échange inégal en est la principale cause. L’épargne nulle et l’endettement des travailleurs dans les pays du Sud sont le moteur de l’émigration clandestine. Il n’y a pas d’autres alternatives que l’exode massif, tant que demeureront les rapports inégaux entre pays dominés et pays dominants, comme le fut d’ailleurs le déplacement forcé pendant trois siècles de travailleurs de l’Afrique vers l’Amérique ou traite des esclaves. Le Président Senghor dénonçait la détérioration des termes de l’échange et le transfert de valeurs des pays de la «périphérie vers le centre». Le Psrésident Diouf avertissait également de l’envahissement des pays nantis par les populations du Sud avec les politiques d’ajustement structurel renforçant les écarts de développement.
Ainsi quelles que soient les raisons de l’émigration, la finalité est l’amélioration des conditions de vie, en attendant un nouvel ordre économique mondial plus égalitaire qui n’est pas pour demain la veille, il appartient alors aux autorités publiques locales de participer à l’assistance et au soutien de ces personnes, qui au lieu de constituer une menace ou une charge pour l’Etat ont décidé de trouver d’autres moyens en cherchant à trouver ailleurs ce qu’ils n’ont pas pu avoir dans leur pays.
Cependant, quelle est la position des Etats concernés dans la gestion de cette crise ? Comment accompagner les rescapés de ces catastrophes ? Est-ce qu’une politique de quotas organisant l’émigration va vraiment régler le problème ? Des questionnements qui ne peuvent avoir de réponse directe ou de solution magique qu’a toujours connus notre planète, qu’elle connait et qu’elle connaîtra sûrement dans le futur ?
Kadialy GASSAMA
Economiste
Rue Faidherbe X Pierre Verger Rufisque

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