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Après plusieurs sorties à l’intérieur du pays, le Grpc a pris l’option d’aller vers les Casamançais réfugiés en Gambie et en Guinée-Bissau. Ce périple est la résultante de la volonté exprimée par ces populations de rencontrer Robert Sagna et son équipe afin de disséquer leur situation actuelle du conflit et exprimer leurs préoccupations. C’est le cas à Bulock, localité gambienne qui abrite depuis plusieurs années des réfugiés casamançais dont le retour au bercail est encore tributaire au retour de la paix et de la sécurité.

Plus de 37 ans après l’éclatement de la crise casamançaise, il y a toujours des réfugiés dont le sort est presque négligé. Ils sont des milliers de réfugiées disséminés entre la Gambie et la Guinée-Bissau, qui avaient fui les bombardements et les exactions. Mais il y a une date inscrite en gras dans cette histoire : Entre mai et juin 2001, une offensive rebelle dans le Sindian avait provoqué l’exode de plus de 3 500 personnes vers la Gambie qui seront temporairement installées dans des villages situés le long de la frontière. Et l’explosion de la violence entre 2006 et 2007 avec le conflit entre les hommes de Salif Sadio, chassés de Barkamandioka et les éléments de Ismaïla Magne Diémé, appuyés par César Atoute Badiatte, avait également poussé les populations de la bande frontalière à migrer vers la Gambie. Des dizaines de milliers de personnes, originaires des communautés rurales frontalières de Sindian, d’Oulampane, de Djibidione, de Suelle et de Kataba I, dont la moitié est composée de femmes et d’enfants, qui seront contraintes d’abandonner leurs terres, leurs vergers, leurs bétails et leurs villages devenus des champs de bataille. Un mouvement forcé vers la Gambie voisine pour échapper au conflit, aux persécutions et aux répressions.
Pour bon nombre de réfugiés casamançais en quête d’assistance, la Gambie voisine, du fait des similitudes culturelles, constitue un havre de protection. Et ce, en plus de son cadre juridique et de ces mécanismes de protection. La Gambie, dans le cadre législatif sur la protection des réfugiés, a mis en place en 2008 la Commission gambienne pour les réfugiés (Gambian commission for refugees) qui s’identifie à la Police de l’immigration, chargée de coordonner l’ensemble des affaires relatives aux réfugiés dans le pays. Un de ses dispositifs législatifs qui confèrent également aux réfugiés le droit d’exercer un emploi rémunéré ou un emploi indépendant, la liberté de mouvement et l’accès aux prestations sociales. Grâce à de tels dispositifs, la nouvelle vague de réfugiés, venus à partir de 2006 de ces foyers de tensions en Casamance, va s’installer au niveau de 86 villages gambiens, frontaliers du Sénégal. Et en raison de la similarité culturelle avec les autochtones, ces réfugiés vont être bien intégrés au sein des communautés d’accueil. Dès leur installation également, le Hcr, qui leur accorde une carte d’identité de réfugié, le Programme alimentaire mondial et la Croix-Rouge gambienne vont s’atteler à leur fournir une assistance et les premiers secours d’urgence. Et sur place, les réfugiés vont pour la plupart se consacrer, avec l’appui du Hcr et des Ong, à l’agriculture de subsistance. Et avec la loi sur les réfugiés qui leur confère le droit de travailler et d’accéder aux prestations sociales, les réfugiés casamançais en Gambie mettront à profit un tel dispositif pour, en plus de l’agriculture et de l’élevage, s’activer dans la couture, la maçonnerie, le commerce, les activités génératrices de revenus, etc.

Des institutions gambiennes au chevet des réfugiés
Des pratiques et activités sont soutenues par Gambia food and nutrition association (Gafna), (Association gambienne pour l’alimentation et la nutrition) qui encadre et accompagne les réfugiés dans le cadre de la formation professionnelle. «Ici, des opportunités sont offertes aux réfugiés qui reçoivent des parcelles pour l’agriculture, le maraîchage et autres activités génératrices de revenus», confie Ansou Sagna de la Gafna, qui gère 21 localités sur les 81 situées en territoire gambien et qui abritent aujourd’hui des réfugiés casamançais. Ansou Sagna estime d’ailleurs le nombre des réfugiés basés en Gambie et formellement inscrits sur les fiches du Hcr entre 4 000 et 5 000. «Des réfugiés dont les besoins prioritaires sont articulés, dit-il, autour de l’accès à l’eau, aux besoins alimentaires, aux activités génératrices de revenus, aux problèmes d’accès à la terre, etc. Autant de griefs qui, combinés à cette crainte de voir la fermeture du bureau du Haut-commissariat des réfugiés de la Gambie, hantent aujourd’hui le sommeil des réfugiés casamançais. Mais des réfugiés qui entendent malgré tout différer leur retour en terre sénégalaise ; et ce, à cause de la présence des mines et de l’insécurité souvent notée le long des localités frontalières.» En écho, le président de Sofora (Association des réfugiés casamançais en Gambie), portée sur les fonts baptismaux le 20 juin 2007, essaie d’assister les Sénégalais installés loin de chez eux. Originaire de Couram, commune de Kataba I, il fut le dernier à quitter son village le 16 août 2006 au plus fort du conflit. «Tout le monde était parti, sauf moi, car je ne voulais pas abandonner mon verger, mes biens, ma maison. Mourir ou vivre ? Je me suis finalement résigné à partir en Gambie, vu la persistance du conflit armé dans la zone et suite à l’incursion d’éléments armés dans son village», témoigne Moussa Coly, rencontré en marge de la rencontre entre le Grpc et les délégués des réfugiés casamançais en Gambie à Bulock. Depuis 13 ans, il n’a remis pas les pieds dans son village natal. Pourquoi ? «J’ai trouvé mon salut en Gambie voisine où je n’ai rencontré aucune difficulté», témoigne-t-il. Quid de son retour et celui des réfugiés casamançais ? «Nous avons la paix ici et nous ne pouvons pas prendre le risque de retourner au bercail, car il y a encore la présence de l’Armée et des rebelles dans nos contrées. En outre, l’Etat et le Mfdc ne sont pas encore parvenus à des accords. Il n’y a pas encore de négociations sincères, gage d’une paix définitive en Casamance», expliquent Moussa Coly et ses amis qui réclament une assistance des autorités, notamment l’accès aux bourses de sécurité sociale. «Nous sommes des Sénégalais à part entière et nous devons nous aussi bénéficier de ces politiques sociales», a-t-il indiqué. Même son de cloche chez Saly Sagna, originaire du village de Kadialouck vers Diaboudior Frontière, qui vit à Kafuta Tombou en Gambie depuis 13 ans, suite à l’incursion de bandes armées dans son village. «Nous avons la paix ici en Gambie. J’ai des enfants qui sont nés ici. C’est pourquoi nous n’envisageons pas encore de retourner au bercail où les conditions de paix et de sécurité ne sont pas toujours réunies», ajoute-t-elle. «Nous voulons des aides venant de nos autorités pour faire face à nos difficultés. En attendant, nous sommes sensibles à la visite du président du Grpc», dit-elle. C’est la première fois qu’une autorité visite ces contrées qui abritent les réfugiés.

Les obstacles au retour
Aujourd’hui, le retour des populations au bercail n’est pas encore envisagé à cause de l’insécurité qui règne tout au long des frontières avec la Guinée Bissau et la Gambie. Celle-ci est surtout exacerbée par la culture du cannabis, la coupe illicite et le trafic du bois dans cette zone. Sans oublier les mines antipersonnel, la non-dépollution de ces localités et la psychose de retourner les mains vides, les lenteurs liées à reconstruction des infrastructures communautaires de base pour faciliter l’accès des populations à l’éducation, aux soins de santé, qui devait leur assurer de meilleures conditions d’existence.
Aujourd’hui, Robert Sagna a répertorié toutes ces complaintes et contraintes. «Les réfugiés casamançais ont leur part de responsabilité dans le cadre de la recherche de la paix en Casamance. Ils ont dit que ce n’est pas toujours de gaieté de cœur qu’on quitte chez soi, mais pour repartir il faut que les causes qui ont motivé le départ disparaissent», expose le Groupe de réflexion pour la paix en Casamance à Bulock. Où il a tenté de rassurer les populations sur le retour de la paix. «Elle s’annonce, elle avance et c’est la raison pour laquelle le président de la République consacre le maximum d’efforts avec la priorité donnée à son mandat à la recherche de la paix et la priorisation de la Casamance dans tous ces plans de développement, notamment le Plan Sénégal émergent», relate l’ex-maire de Ziguinchor qui a salué la situation dans laquelle vivent les réfugiés casamançais en Gambie. «Je suis extrêmement satisfait de voir que la Gambie les met dans des conditions exceptionnelles. On n’a pas vu des gens qui se sont plaints de la manière dont ils ont été accueillis. Tout le monde s’est félicité de la manière dont le gouvernement s’est occupé d’eux et c’est l’occasion de féliciter les autorités et les populations gambiennes qui considèrent ces personnes comme Casaman­çaises», s’incline Robert Sagna qui envisage de rencontrer les réfugiés casamançais en Guinée-Bissau.

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