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La formation technique est la vocation du Lycée Maurice Delafosse de Dakar.

Réception du gouverneur du Sénégal M. De Repentigny par le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao  Février 1785
Golberry, ingénieur militaire, qui fut chargé d’une mission sur les côtes d’Afrique de 1785 à 1787 et qui accompagna le Gouverneur du Sénégal M. de Repentigny dans son voyage, nous a laissés de celui-ci un compte rendu très détaillé de la réception du Gouverneur par le Bour Saloum Sandéné Kodou Fall Ndao :
……..A Caola (Kaolack), M. de Repentigny fit tirer cinq coups de canon pour saluer le roi de Salum (Saloum) … Le Roi, préparé à la visite du Gouverneur du Sénégal, y avait rassemblé près de lui les chefs de ses guerriers, les grands de son Etat et une partie de sa cavalerie. Une demi-heure après les coups de canon de salut, on aperçut au loin, vers Cahone, une multitude de lances et de fusils qui brillaient aux rayons du soleil. Bientôt, on distingua une troupe nombreuse de cavaliers ; elle était de plus de quatre cents hommes, coiffés d’une sorte de bonnet, qui figurait assez comme un casque. Les grands et les guerriers étaient habillés de leurs casaques de guerre. Ce vêtement, d’une forte étoffe de coton teinte en couleur de jaune roux, habille le corps largement et descend jusqu’au dessous de la ceinture ; les manches en sont fort amples et vont en s’évasant du côté du poignet ; des espèces de brandebourgs de laine rouge garnissent symétriquement le devant de cet habillement ; une culotte de toile blanche formant beaucoup de plis ne descend qu’à la moitié de la cuisse ; et ces cavaliers étaient chaussés d’une espèce de brodequin de maroquin rouge ; l’ensemble de cet habillement fait un très bel effet.
Cette troupe de cavalerie s’avançait en ordre vers le bord du marigot, et, quand elle fut plus près, on distingua le roi… monté sur un beau cheval, richement harnaché ; à ses côtés marchait un esclave qui soutenait au-dessus de sa tête un grand parasol pour le garantir de l’ardeur du soleil et autour de cette petite armée on remarquait quelques cavaliers détachés, habillés grotesquement, qui caracolaient sans ordre, poussant des cris, prenant des attitudes extravagantes et agitant de très longues lances dont le haut était orné d’un petit drapeau rouge. C’étaient les bouffons du roi que les Jolofs appellent griots ; ils allaient et venaient au plus grand galop et chantaient des cantiques de guerre. Quand le roi fut arrivé sur les bords de la rivière…
M. de Repentigny voulut descendre à terre pour le rejoindre. Quelques habitants de Gorée qui étaient à sa suite voulurent l’en empêcher, lui disant que cette démarche serait imprudente, avant d’avoir demandé des otages, mais il ne tint pas compte de ces représentations, et n’écoutant que la généreuse confiance de son caractère, il descendit, accompagné seulement de deux officiers, de son secrétaire et de son truchement. Au moment où il débarqua de sa chaloupe, le roi, suivi de ses principaux guerriers, vint à sa rencontre, et dès qu’ils se furent joints, le roi nègre et le général français se saluèrent et se prirent la main en signe d’amitié. Après quelques autres honnêtetés de part et d’autre, le roi conduisit le Gouverneur sous un grand arbre dont l’ombrage les mettait à l’abri de la vive ardeur des rayons du soleil et où ils pouvaient s’entretenir commodément. Des nattes avaient été étendues au pied de cet arbre pour s’y asseoir. Ils s’y placèrent à côté l’un de l’autre. Le roi avait à sa droite le grand Alkier du royaume. Alkier est le titre que porte dans cette partie de l’Afrique le principal agent des affaires du roi, ou son Premier ministre. A la droite du grand Alkier, était assis le chef des guerriers, dont le titre est Farba. A la gauche du général français, étaient placés les deux officiers, son secrétaire et le truchement. Soixante guerriers à pied, armés de lances, formèrent autour du roi une enceinte de vingt pas de diamètre…
Le roi fit un signe de la main, et sur le champ, des griots par trois sons d’une trompe qu’ils portaient suspendue au cou, avertirent qu’il fallait garder le plus profond silence… Le roi et M. de Repentigny firent avancer leurs truchemans (sic), qui se placèrent debout devant eux, et alors le Général exposa en peu de mots, le motif de son voyage, et passa bientôt à des propos généraux d’honnêteté et civilité. Le roi y répondit fort obligeamment et de la meilleure grâce, prodiguant au Général beaucoup d’égards.
Après des compliments et des démonstrations réciproques d’égards et d’amitié, M. de Repentigny se leva et rendit le bonnet en forme de couronne … Le roi pria le Général de la lui placer sur la tête, ce qui fut fait… puis le roi ayant ordonné le silence, dit au Général : «Je te vois chez moi, dans ma case, en présence des grands de mon royaume et j’ai un grand plaisir à te voir. Tu as à me parler ; parle-moi avec la même confiance et la même franchise que si tu parlais à ton frère ; dis-moi ce que tu désires ; je t’écouterai avec attention et si tes désirs sont tels que je puisse les accomplir et qu’ils soient avantageux à mes Grands et à mon peuple qui t’écoutent, ils seront satisfaits. Je t’aime, je t’estime et j’ai pour toi le cœur d’un frère.» Ces paroles furent traduites à M. de Repentigny par son truchemen (sic). Ensuite, le Général parla à son tour ; il entra dans la matière sur le traité d’alliance qui était l’objet de son voyage ; le roi répondit que cette affaire devait être discutée en public, en présence des principaux chefs du pays et du peuple et il ordonna la convocation pour le lendemain. Les Etats Généraux furent tenus dans une grande place du village royal. Le traité d’alliance fut discuté et résolu et après quelques autres conférences particulières qui employèrent encore cinq journées, les articles en furent arrêtés. (8 février 1785). L’un d’entre eux déterminait les droits que le roi du Saloum percevrait sur la succession des marchands français qui viendraient à décéder dans ses Etats. Un autre prévit que les captifs déserteurs seraient rendus à leurs maîtres moyennant le paiement de dix «barres». Les coutumes furent fixées à cent barres par an. Enfin, le roi céda en toute propriété au roi de France l’île de Goyon ou Castiambe sur laquelle pourrait être établi un comptoir qui serait au besoin fortifié «de la manière qu’on jugerait à propos».
Protocole à la cour royale de Nder
Abbé David Boilat (Septembre 1850)
Les rois sont partout difficiles à aborder. Pour ceux du Sénégal, deux conditions sont indispensables : des cadeaux et de la patience, jusqu’à ce qu’il plaise à Leurs Majestés de se rendre visibles. Désireux de voir la reine et son mari et d’augmenter mon album de leurs portraits, je profitai d’une circonstance favorable. Monsieur Bourneuf (Charles Picard), prince du sang royal, avait une grâce à demander à sa tante la reine Ndété-Yalla. Je me décidai à l’accompagner avec Monsieur Jérôme Pellegrin, habitant notable de Saint-Louis, connu à la cour pour ses rapports commerciaux. Ce fut ce dernier lui-même qui nous reçut à bord de sa péniche pour faire ce charmant voyage de Saint-Louis au lac du Panier-Foule (ancienne dénomination du Lac de Guiers).
En arrivant à Richard-Toll, nous envoyâmes par terre un courrier prévenir la reine qu’un grand thierno (prêtre) chrétien venait la visiter : elle fut donc avertie trois jours d’avance. Aussitôt que la reine aperçut notre péniche approcher de la capitale, elle envoya des chevaux sur le rivage pour venir nous chercher. Il nous fallut deux heures de marche dans des sentiers étroits au travers des champs de mil. Nous nous présentâmes à deux heures de l’après-midi dans les cours du palais, où l’on nous fit attendre jusqu’à quatre heures, en plein soleil. On ouvrit ensuite une porte pour passer à une quatrième cour, au fond de laquelle se trouvaient assemblés, dans une vaste case construite en terre glaise, le Maarosso et une vingtaine de princes. Les avenues de ce palais étaient gardées par plusieurs thiédos ou soldats armés de fusils et de poignards.
Nous attendîmes là jusqu’à six heures du soir, répondant aux questions du Maarosso sur la France son gouvernement, ses forces militaires, son commerce, etc. A six heures, un thiédo vint annoncer que la reine était visible. Aussitôt, l’ordre fut donné : trente thiédos nous suivirent, marchant sur deux rangs avec le Maarosso et les autres princes. Nous traversâmes une grande cour pour passer dans une dernière plus grande encore. Nous aperçûmes la Reine, dans la tenue que l’on voit sur ce dessin, entourée de 500 dames de cour, assises sur des nattes. Les hommes prirent place du côté opposé, ainsi que les thiédos, qui posèrent leurs fusils à terre et s’accroupirent à la mode des tailleurs.
Nous nous présentâmes devant sa Majesté, qui nous reçut gracieusement en parlant à demi-voix. Après une conversation toute d’étiquette, je lui demandai la permission de visiter la ville et d’en tirer la vue avant la nuit. Elle le permit volontiers, et nous invita à déjeuner pour le lendemain à dix heures. Ce fut après ce déjeuner et pendant la conversation, que je fis ces deux dessins sans en prévenir Leurs Majestés ; j’étais sur le point de terminer mon travail quand le Maarosso s’en aperçut, et craignant que ces dessins ne portassent malheur à la famille royale, il me fit fermer mon album, en me faisant promettre de ne plus continuer. Je promis tout ce qu’il voulait, mes croquis étaient suffisamment ressemblants : c’est tout ce que je désirais. Nous lui remîmes nos cadeaux et, en faisant nos adieux, je leur dis qu’ils apprendraient un jour que leurs portraits sont imprimés en France.
Protocole à la Cour royale du Damel à Mboul 1855
Extraits de l’ouvrage de «De la Sénégambie française, par Frédéric Carrère, et Paul Holle» en 1855
,…On pénètre dans la maison du Damel par deux portes : la grande, appelée Bountou Keur, par laquelle s’introduisent les serviteurs et ceux que le Damel reçoit ouvertement, est sous le commandement et la surveillance d’un dignitaire dont le titre est Diarraff Bountou Keur ; l’autre est située-derrière la maison ; elle sert aux agents secrets, et se nomme pott ; le chef qui la garde est désigné sous le nom de Diarraff Pott.
Les serviteurs mâles d’un rang inférieur s’appellent bekanégue, les femmes ndoukane.
Quand un chef du Cayor ou un étranger veut avoir une entrevue avec le Damel, il se rend au Penthie; de là il envoie, un homme de confiance auprès du Diarraff Bountou Keur, lui annoncer sa venue et le prier de prendre les ordres du Damel. Celui-ci ne refuse jamais positivement l’audience demandée ; mais, si la visite lui déplaît, il retarde l’entrevue de jour en jour, sous divers prétextes, jusqu’à ce que le visiteur impatienté quitte le pays. Dans le cas contraire, le voyageur ne tarde pas à être admis en présence du roi. Tout visiteur, logé dans un lieu convenable désigné par le Damel, est nourri, selon sa condition, aux frais de celui-ci…
Compilé par Amadou Bakhaw DIAW

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