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Feu Sembène Ousmane en compagnie du réalisateur, Pr Samba Gadjigo.

(Envoyé spécial au Burkina Faso) – En 84 minutes, le Professeur Samba Gadjigo raconte son «Sembène !». Ce film a été projeté au ciné Neerwaya dans la série des hommages du Fespaco 2017. Et comme le souligne l’écrivain Boubacar Boris Diop dans ce documentaire : «Sembène reste quelqu’un infiniment plus fort que son propre destin».

Sembène !, c’est le titre du documentaire présenté samedi soir au Ciné Neerwaya de Ouaga dans le cadre de l’édition 2017 du Fespaco. Le réalisateur Samba Gadjigo enseignant de littérature africaine à Mount Holyoke College, dans l’ouest de l’Etat de Massachusetts aux Etats-Unis, précise avant la projection de l’œuvre qu’il s’agit d’un film-hommage à «l’aîné des anciens», mais également un hommage à tous les cinéastes de son époque qui se sont battus «les mains vides». «Faire Sembène !, c’est un devoir de mémoire que je me devais d’accomplir», a dit Samba Gadjigo, précisant qu’il a accompagné l’auteur de Les Bouts de Bois de Dieu dans des voyages à travers le monde. «Je l’ai vu dans l’exaltation et le plaisir du travail bien fait», a mentionné le réalisateur. Il renseigne également que ce qui fait la particularité de Sembène Ousmane, c’est «son pouvoir d’imaginer un autre monde».
Dans ce film présenté telle une biographie par Samba Gadjigo, les images du défunt cinéaste s’enchaînent à travers un récit sur son enfance, son exil économique à Marseille, sa vie de docker et sa rencontre avec le cinéma qui deviendra son arme de lutte. Samba Gadjigo met un accent particulier sur l’homme tout en racontant le cinéaste. Le professeur et non moins biographe de l’auteur de la Noire de… s’impose comme narrateur en faisant usage du «Je» dès le début de ce long-métrage. Normal. C’est sa vie, son parcours avec Sembène qu’il partage avec les cinéphiles.  Et, en ouvrant les portes de Galle Ceddo, «la Maison du rebelle», M. Gadjigo s’étonne de l’abandon de ce lieu mythique où a vécu le défunt cinéaste.
A la vue des premières images de ce film, on est toute suite choqué de découvrir les murs lézardés de cette demeure qui a vu défiler du vivant de son propriétaire des grands de ce monde. «Quel gâchis ! Quel incroyable gâchis !», lance en fond sonore Gadjigo, qui présente images à l’appui l’état de délabrement avancé des bandes filmées qui appartenaient à Sembène.
Dans un élan de sauver la mémoire de son «oncle» décédé, il ouvre son album photo et revisite ainsi ses souvenirs aux côtés de Sankara ou encore Wolé Soyinka… Gadjigo tire ainsi  la sonnette d’alarme sur l’héritage en pourrissement des œuvres de ce père du cinéma africain, tout en montrant l’importance de refaire une lecture de chacun de ses films.
Utilisant une combinaison de documents d’archives, de nouvelles images, d’animations et d’extraits de films, il revient sur les débuts difficiles de sa vie de docker, ses triomphes en tant qu’écrivain et sa vie de cinéaste. Sur ce dernier point, on découvre malheureusement ou heureusement (Ndlr : c’est selon), un Sembène rebelle, aigri, qui fait de bons films en vogue avec son temps, des films visionnaires qui, finalement, nous parlent encore.
Samba Gadjigo amène le cinéphile à la rencontre d’un Sembène au franc-parler qui parfois intimide, un homme qui n’abandonne jamais, un cinéaste capable de tirer un trait, à travers la satire et la moquerie (Ceddo), sur la religion, non sans manquer de débusquer l’hypocrisie de ses semblables, surtout quand ils sont appelés «politiciens» (Xala). «Mon franc-parler, c’est ma liberté. Ce n’est pas un défaut», souligne-t-il dans le film.

L’image forte
La force du film se retrouve surtout dans les témoignages de Nafi Ndoye, la femme de ménage du regretté réalisateur. Elle a su avec les mots et les larmes raconter son patron dans ce qu’il a été dans son intimité. Il y a également les témoignages de Boubacar Boris Diop, écrivain, de Manthia Diawara, directeur de l’Institut d’Etudes africaines à la New York University, critique de cinéma, de son fils aîné Alain Sembène. Tous relèvent différentes facettes du défunt cinéaste.
Le film revient aussi sur les peines de «l’aîné des anciens» (interdiction de Ceddo au Sénégal par Senghor, interdiction de Camp de Thiaroye par la France jusqu’en 1998, quand bien même ce film aura obtenu cinq prix au Festival de Venise lors de sa première sortie internationale, et les succès cinématographiques dont l’un des plus retentissants fut obtenu avec son dernier long-métrage Moolaadé.
En définitive dans son film, Samba Gadjigo s’attribue le bon rôle et se positionne  comme le gardien du temple, celui-là même qui veut préserver de l’oubli, la mémoire de ce père du cinéma africain.

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