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La pandémie du coronavirus qui traverse l’humanité tout entière, avec son bilan macabre et son impact sur le fonctionnement des sociétés économiques, a pour effet au Sénégal d’orienter tous les acteurs à l’essentiel. Cet essentiel, c’est la lutte contre la propagation du Covid-19, le traitement des personnes atteintes, la mise à disposition de moyens et ressources sanitaires pour une réponse rapide et efficace.
Le président de la République Macky Sall, conscient de la menace que représente le coronavirus, a su prendre, suite aux recommandations des professionnels de la santé, les mesures idoines et en cohérence avec le fonctionnement de notre société, pour contenir la propagation du nouveau virus sur le territoire national. Ces mesures, pour l’heure, sont respectées par les populations de leur mieux, bien que certains couacs aient pu être notés dans les dispositifs d’accompagnement, notamment pour le transport, le respect du couvre-feu et les dérogations à certains corps de métiers pour leurs besoins de circulation. Les récriminations, le constat des incohérences et la communication claire sur la démarche enclenchée ont permis de rectifier le tir. On peut considérer que l’Etat a réussi à faire adhérer toute la population aux mesures certes contraignantes qui ont été préconisées. Ce n’était vraiment pas gagné d’avance.
L’appel de l’Etat aux Sénégalais d’éviter les rassemblements, de rester chez eux, de s’armer de leur «vinaigre des quatre voleurs» et de se conformer aux recommandations des professionnels de la santé peut permettre, à défaut d’éradiquer le virus, un ralentissement de sa propagation. Cela permettra aux équipes médicales de concentrer au mieux leurs efforts sur les cas d’infection et d’avoir un suivi conséquent des personnes qui ont pu être en contact avec des malades. Partout où la pandémie a explosé, c’est justement parce que les mesures basiques ou élémentaires de confinement ou de limitation des déplacements édictées n’avaient pas été respectées. La Chine n’a pas réussi à prendre la bonne mesure de la pandémie grâce à la qualité des soins prodigués aux malades, mais surtout grâce au respect strict des mesures de confinement. Des pays comme l’Italie, l’Espagne ou le Royaume Uni, qui avaient pris de telles mesures avec un certain dilettantisme, continuent de payer un très lourd tribut.

La Nation reconnaissante à ces héros en blouse blanche
Il est aussi à saluer le remarquable travail abattu par le personnel de santé dans tout le pays. Ils font face au mal, sont en première ligne et restent grandement exposés, mais ne ménagent aucun effort pour éviter le pire au Sénégal avec cet ennemi de l’humanité qu’est le coronavirus. Les cas de contagions de personnels de santé n’ont pas douché leur ardeur et leur engagement. Ces infatigables «Docteur Rieux» (Albert Camus : La Peste) méritent toute la considération pour leur refus de la résignation et la volonté d’assister tous les malades. L’école de médecine de Dakar, qui est une référence suffisante en Afrique, a formé et continue de doter notre pays d’agents de santé de qualité. Les actes posés par tout le corps médical sénégalais face à cette pandémie confortent l’idée qu’avec les moyens, investissements et outils qu’il faut, ce pays sera un carrefour de santé répondant aux préoccupations des populations.
L’approche responsable des Forces de l’ordre, après quelques dérapages lors du premier jour du couvre-feu, est aussi à saluer. Des sanctions ont pu être prises contre les auteurs d’écarts, il a été prôné dans le discours que le service rendu est au profit des populations, sans aucune volonté de les brimer. Il ne manquera pas dans le contexte actuel des «Rambert», pour reprendre encore Albert Camus, qui chercheront à braver les dispositifs et poursuivre naïvement leur bonheur, malgré le contexte trouble. Mais la gestion dans la mesure du raisonnable restera la meilleure des options. Le travail des éléments déployés dans tout le pays pour éviter toute conduite à risque montre que l’ordre public peut bien être obtenu au Sénégal. La démarche des forces de défense et de sécurité se doit d’être beaucoup plus proactive pour permettre une appropriation des missions par les populations. On a la preuve que ce Peuple est bien «disciplinable». Jacques Attali disait que «l’Histoire nous apprend que l’humanité n’évolue significativement que lorsqu’elle a vraiment peur».
Des initiatives sont lancées pour canaliser des élans de solidarité. Il est heureux que le gouvernement du Sénégal ait fini par y mettre de l’ordre en mettant en place un cadre pour centraliser tous les dons et aides. On a pu voir que la remise de dons commençait à virer au folklore et à des opérations de «m’as-tu-vu». Chacun pourra continuer à chercher une reconnaissance, si cela lui chante, mais il semblait nécessaire que l’Etat prît les choses en mains pour éviter demain des situations qui provoqueraient des déchirures. On a par le passé assisté à des opérations d’appels publics à la générosité qui n’avaient pas été réalisées avec toute la transparence nécessaire, au point que des accusations de malversation continuent gravement d’éclabousser leurs initiateurs. Ces mauvaises expériences ont peut-être altéré l’enthousiasme de certains à mettre la main à la poche. Mais dès l’instant que l’Etat s’y engage, on ose espérer que des ressources plus importantes pourront abonder le fonds Force-Covid-19. Il demeure que les autorités de l’Etat devront se montrer vigilantes et gérer de telles ressources en «bons pères de famille», car aucune erreur, encore moins faute, ne leur sera pardonnée. On ne souhaite absolument pas que l’après Covid-19 soit marqué par des polémiques ou autres procès d’intention.

L’unanimité n’est pas de ce pays, mais le Sénégal s’unit contre le Covid-19
Les drames sociaux dont les épidémies qu’on peut considérer comme déclencheurs de crises morales et politiques peuvent, dans le cas du Sénégal, avoir un effet catalyseur et déclencher une dynamique nouvelle. Les postures et attitudes des acteurs politiques et des responsables religieux face à la mesure du péril vont dans ce sens. Au cours de la semaine dernière, les personnalités ont été nombreuses à répondre à l’invitation du chef de l’Etat pour échanger sur la situation du pays face au coronavirus et des réponses à apporter. Acteurs politiques, dignitaires religieux, opérateurs économiques et acteurs de la société civile se sont faits forces de propositions et se sont élevés dans une posture républicaine pour savoir que le Sénégal que nous avons en commun est menacé. Une telle attitude est à saluer après de nombreuses années durant lesquelles l’espace public sénégalais a été marqué par des querelles puériles, des postures figées et des attitudes de défiance permanente. Cet élan de solidarité nationale et de concorde a été quasi-général. A notre connaissance, seul l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye n’a pas répondu à l’invite du chef de l’Etat. On a vu qu’il avait d’ailleurs du mal à expliquer sa posture devant l’opinion publique. Au demeurant, l’aptitude au dialogue a été témoignée à tous, les citoyens sénégalais n’en attendront pas moins sur toutes les questions majeures que ce pays connaîtra à l’avenir. La dynamique altruiste adoptée par l’élu local Barthélemy Dias de la commune de Mermoz-Sacré-Cœur, en accordant plus de 100 millions à ses administrés en aide pour l’achat de denrées de première nécessité et l’appui financier à des couches vulnérables, doit faire tache d’huile dans les 551 autres communes que compte le Sénégal. L’Etat devrait réaffecter des dépenses publiques en vue de prendre en charge les coûts social et économique provoqués par la pandémie. Le budget de l’Etat ne saurait suffire. L’élan de solidarité dont font montre les entreprises sénégalaises en contribuant au Fonds de riposte Force-Covid-19 est à encourager. On a pu entendre quelques voix s’élever pour demander sournoisement la part de contributions, à l’effort de guerre, des entreprises étrangères ayant bénéficié de grosses parts de marchés de l’Etat. Est-ce le moment de faire valoir des ressentiments ou des frustrations ? Il faut le plus de ressources possibles pour combattre le mal et surtout soulager les populations. Outre le choc sanitaire, le choc socio-économique du coronavirus sur les pays africains sera énorme avec la fragilisation de secteurs d’activités, les pertes en ressources et en emplois. La Commission économique pour l’Afrique ainsi que l’Organisation des Nations unies estiment que le coronavirus impactera les économies africaines sur une durée de 12 à 18 mois. Il est à regretter qu’à chaque fois qu’on montre la lune, il y en ait qui regardent le doigt. Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu) Antonio Gutierrez se fait lyncher par des intellectuels africains pour avoir dit ce que nous pensons tous, à savoir que si on n’y prend garde, il y aurait «des millions de morts en Afrique». Au lieu de prendre cette alerte au sérieux et donc de travailler à juguler la pandémie en investissant dans nos plateaux médicaux et les moyens de prévention, on se met à crier à un racisme occidental. Pourtant, nous semblons ignorer que les Occidentaux disent la même chose de leurs pays, ils nourrissent les mêmes craintes. Les Etats-Unis d’Amérique par exemple prévoient quelque un million cinq cent mille (1 500 000) morts dans leur pays. L’Europe n’en prévoit pas moins si la pandémie n’est pas maîtrisée rapidement. Des experts de la prestigieuse université La Sorbonne prévoient pour la France un pic de 30 millions de personnes contaminées si les mesures de confinement ne sont pas rigoureusement appliquées. Et alors ? La panacée pour vaincre le Covid-19 demeure des soins de qualité et un système prophylactique efficace. La question n’est pas que liée au climat ou à des immunités bactériennes développées çà et là. D’ailleurs, on pourrait bien dire que ce sont les Africains, pourfendeurs de Antonio Gutierrez, qui exprimeraient un certain racisme, car avant le secrétaire général de l’Onu, l’Ethiopien, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), avait sonné la même alerte. Et personne n’avait trouvé à redire.
Il sera important dans l’appui des populations et l’accompagnement de l’économie de veiller à une meilleure consolidation des politiques publiques d’inclusion sociale et économique. Un travail a pu être fait avec différents instruments, dont les bourses de sécurité familiale. Il revient dans un contexte où des Nations telles que les Etats-Unis trouvent comme recours ultime de remettre des chèques à une grande partie de la population, d’adapter nos outils d’assistance des couches vulnérables. La garantie d’une aide de l’Etat aux populations précaires est tout un chantier que le Sénégal devra adresser une bonne fois pour toutes. Des crises et des temps troubles naissent des actions qui régleront bien des préoccupations pour l’avenir. La proposition du mouvement Y’en a marre, que l’Etat prenne en charge les factures d’eau et d’électricité des trois prochains mois, semble être une mesure équitable, générale et impersonnelle. Et encore, pour plus de justice sociale, le montant des factures à payer pourrait être plafonné à un montant social. Sa mise en œuvre serait assez pratique. Des mesures du genre pourront éviter au gouvernement des accusations de passe-droits ou de parti-pris ou on ne sait encore de favoritisme ou de clientélisme politique.

3 Commentaires

  1. toujours aussi prolixe, M. Diagne ! souvenez-vous donc des « Chroniques » d’Abdou Sow (alias Maam Lees Kamara) ! Faites donc simple et court ! Simple is beautiful!

  2. Qui vous oblige à lire? Moi j’aime son style et la pertinence de ses idées. J’aimerais te qu’il fasse une chronique tous les matins.

  3. Monsieur Diagne, vous ne pouvez pas nous empêcher de voir du paternalisme dans le discours du secrétaire général de l’ONU. Ce discours, qu’il le tienne au sujet des USA qui est devenu le nouvel épicentre. C’est la première fois que nous vivons une vrai guerre mondiale car embarqué sur le même bateau. Quant à relever les plateaux techniques c’est la responsabilité des gouvernements et de toutes les plumes qui soutiennent les constructeurs de stade, d’autoroutes et vendeurs d’émergence et de slogans.
    J’ai 2 questions et je n’ai toujours pas la réponse et je compte sur votre sollicitude.
    1) Combien il y a de médecins au Sénégal toutes spécialités confondues?
    2) Combien gagne en moyenne un médecin en début de carrière?
    La politique d’accès à l’information n’étant pas toujours opérationnelle au Sénégal, je compte sur vous.
    En vous remerciant

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