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Le journaliste et écrivain Marcel Mendy est révolté suite aux propos du Président Donald Trump. Lors de la séance de dédicace et de présentation de ses deux recueils de poèmes vendredi dernier à la maison d’édition L’Harmattan Sénégal, l’auteur de «Pétales noirs» et «Nuits blanches» a pris les propos du Président américain comme révélateurs que la mentalité de l’homme blanc par rapport au Noir a survécu aux âges et que le combat n’est pas fini.

«L’esclavage a été aboli en 1848, mais dans les faits la mentalité de l’homme blanc par rapport au Noir a survécu», analyse Marcel Mendy. A en croire l’auteur des recueils de poèmes Pétales noirs et Nuits blanches, «la meilleure preuve c’est la sortie malheureuse du Président des Etats-Unis d’Amérique, Trump» qui a traité Haïti et l’Afrique de «pays de merde». Selon M. Mendy, cela veut dire que «le combat n’est pas fini. Il est loin d’être terminé parce qu’en face de nous, il y a des gens qui nous méprisent». Pre­nant exemple sur Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas qui ont pris leur distance vis-à-vis de leurs congénères français en rompant avec leur mode d’expression, se fi­chant littéralement de la versification, M. Mendy déclare que la poésie négro africaine est avant tout une poésie de révolte, de contestation, de dénonciation, un instrument de combat et d’émancipation pour les africains, y compris lui-même.
«Le poète sénégalais n’est pas obligé de singer et de copier servilement le poète français. Ils ne sont pas de la même culture. Quand leurs contemporains lou­aient les vertus de la colonisation et niaient à travers leurs écrits la personnalité de l’homme noir pour justifier leur forfait, Césaire, Senghor et Damas magnifiaient la civilisation noi­re, la négritude comme l’ensemble des valeurs et civilisations noires. Dans cette lancée, ils dénonçaient la barbarie de l’homme blanc, ses prétentions exagérées, son complexe de supériorité non fondé sur le nègre…», rappelle-t-il, soulignant ainsi son dégoût vis-à-vis de Trump. Dans son écriture comme ses thématiques, Marcel Mendy est un auteur émancipé. En tant qu’homme de son temps, il se sent surtout interpellé par la civilisation actuelle et aborde, au-delà des questions internationales, d’autres d’ordre national, «Facebook, immigrés clandestins, le pouvoir inscrit dans le temps, le drame de Demba Diop, la transhumance, la femme africaine à la peau d’ébène», révèle Lucien Ndong, le préfacier de Nuits blanches. Préfacière de Pétales noirs, Ndèye Codou Fall note également combien M. Mendy se préoccupe du sort des tirailleurs sénégalais et effleure les relations qui liaient Marcel Mendy à Cheikh Anta Diop, son mentor en politique à qui il rend hommage dans cet ouvrage.

Pétales noirs et Nuits Blanches : une poésie engagée
«Quand il (Cheikh Anta Diop) a lu mes premiers textes, il a souri, en me disant mon fils c’est bien, mais il faut écrire sur des sujets qui intéressent le plus grand nombre. Avec le temps, j’ai mesuré la pertinence de ses recommandations. Depuis lors, tous les textes que j’ai écrits s’appuient sur ses recommandations», renseigne l’auteur. Il ajoute encore : «Je ne pouvais pas composer une chanson comme Youssou Ndour, ni écrire un ouvrage sur lui. Je me suis dit au moins avec ce recueil, je vais lui rendre hommage.» Si Pétales noirs est un hommage à Cheikh Anta, Nuits Blanches est quant à lui le fruit d’un long combat contre la souffrance. Alité pendant 3 mois à la suite d’une opération à l’œil, l’auteur passait des nuits blanches qui étaient aussi des moments de réflexions, de monologues silencieuses sur sa propre vulnérabilité. «Cette souffrance m’a révélé ma vulnérabilité en tant qu’être humaine. Mais j’ai su la transformer en force. Au lieu de regarder les plafonds de ma chambre, je me mettais à écrire d’un œil contre l’avis de mon médecin. Cette souffrance a nourri et fécondé mon imaginaire.» Et pour trouver un titre à son livre, Marcel Mendy n’a pas cherché loin.
En sommes, ces deux livres sont selon, la poétesse Mame Ngoné Faye, le reflet de la personnalité de l’auteur qui dégage la cohérence, l’élégance, la galanterie, de la sobriété, de la sincérité, de la pudeur et de l’engagement à l’intérieur comme à l’extérieur. Au-delà, elle décèle toute cette musicalité, cette cadence, ce rythme qui imbibent les vers de Marcel Mendy, cette absence de ponctuation et de titres pour les poèmes de l’auteur. Mais loin de vouloir révolutionner des discours poétiques, M. Mendy, par ailleurs journaliste, indique qu’il s’agit simplement de faire évoluer la poésie et le sortir des sentiers battus. «Cela ne relève pas de la gratuité ou de l’innocence, ni de la coquetterie intellectuelle», dit-il. Le poète renvoie juste à une conscience poétique, la poésie ouverte ou blanche. D’une œuvre individuelle, il s’agit de passer à une œuvre collective. Quitte à faire participer l’ensemble de ses lecteurs au processus de création.
aly@lequotidien.sn

2 Commentaires

  1. On devrait simplement arrêter d’écrire en Français alors? plus radical, je pense!
    Cela dit, tous les poètes français ne sont pas des versificateurs. Au demeurant, les Senghor et autres ne sont pas les inventeurs de la poésie libérée!
    Par ailleurs, on peut très bien versifier et dire tout ce qu’on à dire !

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