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Pour se sortir de la zone des tempêtes et ne pas perdre la bataille de la compétitivité par rapport à ses concurrents en Afrique de l’Ouest, le Port de Dakar, sous la direction de son nouveau Dg, a entrepris de s’adapter et de réduire la voilure en matière de dépenses.

Le Port de Dakar veut sortir de la zone de tempête qu’il traverse actuellement. Les enjeux sont importants et tiennent à long terme de sa survie. Le nouveau Dg a entrepris de remobiliser tout le personnel pour sauver tout ce qui peut l’être, en permettant à son entreprise de retrouver sa compétitivité et d’être «le port le plus compétitif et le plus innovant de l’Afrique de l’Ouest à l’horizon 2021», car pour le moment, la situation est critique.

Engorgement
Depuis quelques mois déjà, tous les acteurs portuaires se plaignent de ce qu’il est difficile de sortir sa marchandise du Port de Dakar. Même les bateaux pour accoster connaissent d’énormes retards. Il est devenu courant quand on se promène du côté de la mer à Bel Air ou à Hann, et même plus loin, vers Rufisque et Bargny, d’apercevoir une noria de navires qui attendent d’entrer au port. Certains acteurs portuaires semblent avoir trouvé la cause de tous ces problèmes : la capitainerie du Port semble avoir décidé de faire du zèle dans la lenteur. «Il est devenu courant qu’un bateau qui devait décharger sa marchandise dans les 48 heures soit parfois obligé de faire une semaine ou dix jours avant de pouvoir entrer dans le port. Tout ce temps de retard constitue pour certains un gros manque à gagner que des armateurs de moyenne envergure ne sont pas sûrs de pouvoir compenser», assure un importateur.
Le même ajoute que c’est parce que la capitainerie a sa logique pour faire passer les navires. Parfois, certains se voient accorder la priorité alors qu’ils viennent à peine d’arriver, tandis que d’autres qui ont fait plus de temps sont obligés de prendre leur mal en patience.
Mais comme il arrive de plus en plus souvent, les bateaux qui ont des difficultés pour débarquer leurs marchandises à Dakar se détournent parfois sur Abidjan, Lomé, Tema au Ghana, ou même Conakry. Et si ce sont des marchandises destinées à l’hinterland, à savoir le Mali ou le Burkina, il n’est pas sûr que l’affréteur soit tenté de revenir encore à Dakar pour revivre la même situation.

Bouchons sur la route
Cet engorgement au port ne concerne pas que les aires d’accostage. Les routes conduisant à cette infrastructure aussi sont concernées. Là aussi, le plus souvent, ce sont des camions maliens et sénégalais qui bouchent le chemin dans l’attente de leur tour pour embarquer un container ou de la marchandise venu du port vraquier. Ayant le plus souvent passé plusieurs jours sur le bas-côté de la route, ces transporteurs ne sont le plus souvent pas du tout disposés à respecter les dispositions du Code de la route et ajoutent à l’engorgement.
L’une des explications données par l’une des victimes de cette situation serait que la compagnie Dp world a accentué les cadences pour faciliter les livraisons des containers des clients. Or, certains camions ramènent pour leur part des containers vide. Tout le monde étant occupé à la livraison des marchandises, il n’y a plus grand monde pour s’occuper des livraisons des containers vides. Or, les camionneurs ne sont pas payés pour livrer ces coquilles, et perdant du temps, ils passent leur mauvaise humeur en rendant la circulation impossible à ce niveau. Malheureusement, cette version n’a pu être corroborée par aucune source de Dp world.

Le nouveau Dg du Port se mouille
Quoi qu’il en soit, la situation semble devenue tellement sérieuse que le ministre de l’Economie, des finances et du plan a dû convoquer, il y a deux jours, le directeur du Port en consultation pour voir comment y mettre fin le plus rapidement possible. Le directeur Aboubacar Sadikh Bèye avait déjà été sensibilisé de la situation à son arrivée. Il a donc très rapidement décidé de prendre le taureau par les cornes. Dans une note circulaire envoyée à l’ensemble du personnel, le Dg Sadikh Bèye fait un constat accablant de la situation dont il a hérité. Il constate que «les usagers de la place portuaire de Dakar sont actuellement confrontés à des difficultés dont les principales sont le temps d’attente élevé des navires dans le port, les annulations d’escales, l’allongement des délais de chargement/déchargement des conteneurs, du vrac et des véhicules qui induit des augmentations de coût, le problème de la mobilité routière, le problème de la circulation chaotique dans le port et l’occupation anarchique des surfaces par des conteneurs vides». Au-delà de certains facteurs, les causes principales de cette situation sont à rechercher pour le successeur de Cheikh Kanté dans «la croissance régulière du trafic, couplée à un retard d’investissement». Mais les conséquences que M. Bèye en tire portent sur les risques liés à la congestion du port qui pourraient conduire à «la rude concurrence sous régionale, à la menace de redéploiement de certains acteurs portuaires dans la sous-région». Le plus gros risque ici est de perdre le marché malien qui est vital pour le développement du Pad. Les opérateurs maliens sont fortement courtisés par les dirigeants des ports de San Pedro et d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. Sans parler des ambitions de plus en plus grandissantes du port de Conakry qui considère le Mali et le Niger comme son arrière-pays naturel.
D’ailleurs, la rentabilité du port a déjà commencé à se ressentir de cette gestion. Selon les propres termes de Aboubacar Bèye, «la dette de l’entreprise représente 200% de la valeur ajoutée» en 2016. En plus, «sur les trois dernières années, l’Excédent brut d’exploitation (Ebe) ne cesse de se détériorer, passant de plus de 27 milliards en 2014 à 6 milliards en 2016» ; d’où l’urgence d’agir.
Aboubacar S. Bèye souhaite, entre autres, «identifier des espaces autour du port pour des parkings d’attente et de modulation du trafic, la modernisation de la voirie, l’instauration intégrale du fonctionnement à feu continu, la modernisation de l’outil de travail, la dématérialisation pour fédérer les acteurs autour d’une plateforme unique…»

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