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L’ex-Président Omar el-Béchir doit être interrogé sur des affaires de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. C’est du moins ce qu’affirme l’agence de presse officielle soudanaise. L’interrogatoire a été ordonné par le Procureur général du Soudan. Le Conseil militaire de transition a assuré le mois dernier que l’équivalent de 113 millions de dollars avait été trouvé, en liquide, à la résidence de Omar el-Béchir.

De prime abord, un interrogatoire de Omar el-Béchir serait une victoire pour le mouvement de contestation qui l’a renversé. Dans les rues de Khartoum, les slogans dénoncent souvent «ceux qui ont volé notre sueur».
Dans son prêche ce vendredi, Mohamed Jameih Mohamed, imam de la mosquée de Khartoum, n’y va pas par quatre chemins. «La corruption, c’est ce qui a détruit le Soudan», dit-il dans les grands haut-parleurs placés autour du sit-in. «Nous voulons la fin de ce système et le départ de tous les hommes corrompus».
Pour beaucoup, l’audition de Omar el Béchir par la justice est un premier pas vers un Soudan plus transparent. Mais la prudence reste de mise. «Béchir est tombé, mais les autres ?» interroge Ahmed, un entrepreneur dans les télécommunications. «La plupart des hommes de son régime sont toujours là. Sans parler de toute l’Administration corrompue», se désole-t-il.
Même si le sort de l’ancien Président est une réelle source de préoccupation pour les Soudanais, il n’évince pas le sujet principal de leurs revendications : le transfert du pouvoir aux civils. «Sans un gouvernement civil, sans une réelle démocratie, à quoi rimerait une procédure judiciaire», explique Rawa, militante sur le sit-in. «Il ne faut pas laisser notre attention être détournée», ajoute-t-elle.
Pour l’heure, les négociations entre le Conseil militaire et la Coalition pour la liberté et le changement qui représente la société civile sont toujours en suspens.

Les relations entre le Soudan et les Etats-Unis
Mais la corruption au Soudan, l’un des pays les plus corrompus au monde, selon Transparency international, pose plus largement la question des relations entre le Soudan et les Etats-Unis, car Washington pousse Khar­toum à lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme depuis plusieurs années. Le manque de progrès dans ce domaine est même l’une des raisons qui ont poussé le département d’Etat à maintenir le Soudan sur sa liste de pays qui soutiennent le terrorisme.
Pour The Sentry, une Ong américaine, «la corruption systématique et une kleptocratie bien enracinée» ont empêché le Soudan de lutter contre le blanchiment d’argent jusqu’à maintenant. L’ex-Président y était pour quelque chose. Lorsque le Parlement soudanais s’est prononcé en faveur de la création d’une Commission anti-corruption en 2015, Omar el-Béchir a refusé de donner son feu vert…
L’interrogatoire de l’ex-chef d’Etat pourrait donc débloquer la situation à Khartoum et favoriser un rapprochement avec les Etats-Unis. Une délégation soudanaise est déjà attendue à Washington pour discuter du retrait du Soudan sur la liste des pays soutiens du terrorisme. Pour les Etats-Unis, il s’agit désormais d’une «demande légitime».
rfi.fr

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