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Une approche holistique qui va passer par la mise en place d’une stratégie nationale de prévention de l’extrémisme violent : C’est ce que recommande Dr Bakary Samb qui présentait hier l’étude réalisée par Timbuktu institute sur les facteurs de radicalisation et la perception du terrorisme chez les jeunes dans les zones frontalières du Sénégal et de la Guinée. L’enquête menée à Labé et à Vélingara montre que le chômage, la pauvreté et l’exclusion sociale peuvent être des facteurs de radicalisation.

La dernière étude menée par Timbuktu institute sur les facteurs de radicalisation dans la zone de Labé (Guinée) et Vélingara (Sénégal) montre encore que des moyens doivent être trouvés pour lutter contre le chômage, la pauvreté et l’exclusion sociale. En effet, l’étude réalisée par cette structure, en collaboration avec la Fondation Konrad Adenauer dans cette zone frontalière de la Guinée et du Sénégal auprès de 800 jeunes, montre que «chômage, pauvreté exclusion sociale et la cyber-radicalisation sont perçus comme des facteurs de la radicalisation». Analysant ainsi les résultats de cette étude, le directeur de Timbuktu institute a insisté, lors de la restitution, sur la nécessité de mettre en place une stratégie nationale de prévention de l’extrémisme violent. Selon lui, il faut que le Sénégal arrive «à assumer cette stratégie». Pour ce qui est de la Guinée, Bakary Sambe informe que la stratégie existe, mais elle n’est pas encore adoptée. Insistant sur ce point, le directeur de cette structure précise que la stratégie de prévention est différente de celle de la lutte contre le terrorisme. Pour­suivant ses explications, il soutient que le problème ne peut pas seulement être réglé avec «des moyens sécuritaires». «Il faut trouver des emplois aux jeunes, réduire les vulnérabilités socioéconomiques, c’est-à-dire avoir une approche holistique d’un problème fondamental : La question de l’inclusion ou de l’exclusion sociale des jeunes», a-t-il déclaré. A l’en croire, ce serait «une grosse erreur de la part des pouvoirs publics de plonger le Sénégal dans une approche purement sécuritaire et dans une forme d’engagement accru au niveau militaire sans le préalable d’une stratégie nationale de prévention de l’extrémisme.» Prenant l’exemple du Mali et du Burkina Faso, Dr Sambe renseigne que ces Etats font face à «un rejet de la politique sécuritaire par les populations». Pour lui, c’est très important d’avoir cette stratégie de prévention «qui permettra à l’Etat de faire de la sensibilisation, de mobiliser les religieux, la société civile, le milieu éducatif autour d’une cause nationale à laquelle adhère l’ensemble de la population». Selon Bacary Sambe, « la priorité du Sénégal se trouve dans l’élaboration d’une stratégie nationale de prévention assumée». Si on ne le fait pas, prévient-il, «on verra les pouvoirs politiques se confronter aux mêmes problèmes qu’au Mali et Burkina où la stratégie sécuritaire est rejetée».

Autres problèmes : Gestion du religieux et dualité dans le système éducatif
Autre signe inquiétant relevé par l’enseignant-chercheur concernant le Sénégal, c’est le fait que l’Etat n’a aucune emprise sur la gestion du religieux. En Guinée, renseigne-t-il, l’Etat a une capacité de gestion du religieux avec «le secrétariat général des Affaires religieuses qui gère les mosquées et parfois l’harmonisation du sermon» des imams. D’ailleurs, à l’en croire, lorsqu’il y a dérive, la personne est appelée à la raison. Contrai­rement à la Guinée, Bakary Sambe souligne que «le Sénégal n’a pas d’emprise sur la gestion du religieux». Un paradoxe, informe-t-il, qui «concerne tous les pays francophones laïcs».
Aujourd’hui, la question qui doit être posée, c’est comment gérer ce paradoxe de pays laïc, mais qui doit s’occuper des questions religieuses avec une dimension sécuritaire. Dans la même veine, il déclare qu’au Sénégal «on est dans une opération infinie de charme, de concurrence qui est très dangereuse pour l’équilibre du pays parce qu’ils (les religieux) sont classés au centre de tous les débats». Selon Bakary Samb, les hommes politiques, aussi bien ceux du pouvoir que ceux de l’opposition, manipulent les symboles religieux. «Les hommes politiques cherchent dans les religieux la légitimité qu’ils n’ont pas. Ils veulent faire plaisir à toutes les structures religieuses», a-t-il dit. Autre point relevé par l’enseignant-chercheur à l’Ugb, c’est la «dualité des systèmes éducatifs». D’après lui, si «en Guinée il y a une réglementation et ils arrivent à gérer les foyers coraniques», ce n’est pas le cas du Sénégal. Là aussi, il déclare que «l’Etat n’a pas d’emprise totale sur tout le système éducatif». Dr Sambe relève deux types d’écoles au Sénégal, celle «des élites qui vont prendre leur référent en Orient, dans le monde arabe, et une autre dont les élites vont prendre leur référent en Occident». Pour l’enseignant, «on est en train de vouloir construire une Nation sans le ciment national qui est l’éducation». Il appelle ainsi à uniformiser les programmes d’enseignement, quelle que soit la langue.
dkane@lequotidien.sn

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