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Grand-Yoff, une commune à fort ancrage socialiste. Elle a la particularité d’être un fief presqu’imprenable de Khalifa Sall. Depuis l’emprisonnement du maire de Dakar, les femmes de la localité abattent un travail de fourmi. Les 19 sections de la 10ème coordination du Ps multiplient les stratégies et mènent le combat politique sur le terrain. Elles investissent les marchés, font du porte-à-porte, s’introduisent dans les ménages pour expliquer aux populations ce qu’elles appellent «le complot politique» et appellent à voter pour leur tête de liste nationale aux Législatives du 30 juillet. Ces femmes ciblent les associations féminines, organisent des récitals de Coran et des journées de prières dans les églises et initient des journées dédiées à leur mentor : «Mercredis de Khalifa» et «Ngonal Khalifa». Un militantisme politique qui rappelle les années phare du Parti socialiste. Le Quotidien, en partenariat avec l’Institut Panos de Dakar, a mené l’enquête dans ce quartier populeux où l’engagement politique pour le socialisme se transmet de père en fils ou de mère en fils.

Une frêle silhouette, casquette à l’effigie du maire de Dakar bien vissée sur la tête, Fatou Sagna tient entre ses mains de petits flyers sur lesquels on peut lire en gros caractères rouges sur un fond noir : «Libérez Khalifa Sall !» Après les salamalecs d’usage, elle se présente comme une militante socialiste proche du maire de Dakar et va droit au but : «Vous connaissez Khalifa Sall ?», interroge-t-elle. «Le maire de Dakar», répond votre serviteur. «Vous savez qu’il est en prison actuellement ?», enchaîne-t-elle. Oui, de la tête répond encore son interlocutrice. Alors commence une longue séance d’explications avec cette dame bien décontractée. Avec énergie et passion, la militante  explique l’histoire de la Caisse d’avance qui, selon elle, date de 1920. La source des malheurs de son leader en prison pour les délits de «détournement de deniers publics et escroquerie portant sur la somme de 1,8 milliard de francs Cfa». Fatou Sagna fonde son argumentaire sur l’utilisation que les maires qui ont précédé son leader en ont faite et conclut : «Khalifa est un adversaire politique qui gêne.» D’après elle, «il est victime de son ambition». La trentaine bien révolue, Fatou Sagna est membre de la section Ps de Grand-Yoff. Tous les jours, avec ses camarades socialistes, elle sillonne les rues de la cité des Hlm Grand-Yoff. Porte après porte, elle et son équipe s’introduisent dans les ménages pour expliquer, discuter et vendre le projet politique de Khalifa Sall. Les visites de proximité ne sont pas l’apanage de la section des Hlm Grand-Yoff. C’est une stratégie savamment mise en place par les femmes de la 10ème coordination du Ps de Grand-Yoff, divisée en 19 sections. «Toutes favorables à Khalifa Ababacar Sall», précise Djiby Sall, président de la commission électorale de Grand-Yoff.

Propagande
Mame Sokhna Gaye, ex-président des femmes socialistes, actuelle présidente de la 3ème section de Khalifa Sall à Djeddah 2, un quartier de Grand-Yoff, a choisi le marché de Grand-Yoff pour sa visite de proximité. La quinquagénaire, active, rayonne d’énergie au contact des vendeurs et autres ménagères. Elle nourrit une vraie passion pour son leader. A ses côtés, Isseu Guèye, sa camarade de parti. Cette dernière aux allures débonnaires, drapée d’un boubou aux couleurs du Parti socialiste, interpelle à son tour les ménagères, les vendeurs et les passants, recueille les préoccupations de ses concitoyens et distribue de petits flyers avec un petit message adressé aux Sénégalais : «Déwénatileen ! Nianal lenma.» Des prières à l’occasion de la Korité qui sont devenues un slogan de campagne. En français : «Khalifa, depuis la prison, sollicite des prières.» Une manière pour ces femmes d’attirer la sympathie et de jouer sur la victimisation pour leur candidat en vue des Législatives du 30 juillet.
Pour les militantes, le mot d’ordre est clair : être en contact permanent avec les populations, discuter avec elles et faire la propagande de leur leader. Pour cela, elles multiplient les stratégies et adoptent des approches innovantes. Depuis l’emprisonnement de Khalifa Sall, elles occupent le terrain et prennent des initiatives. «Tous les jours, nous sommes dans une commune», indique la présidente de la 3ème section de Djeddah. La 3ème section de Djeddah rend visite aux associations de femmes, aux jeunes en âge de voter. «Ce samedi (Ndlr : la veille de l’ouverture de la campagne), nous étions aux Parcelles Assainies», informe-t-elle.
Les femmes font pression sur la justice qui ne faiblit pas. Mais cela n’impacte en rien leur détermination à faire sortir Khalifa Sall de Rebeuss. Au quartier Gazelle de Grand-Yoff, c’est la même mobilisation. Sosso Pouye anime la 4ème section. Très active, accompagnée de sa sœur, présidente de section elle aussi, elle parcourt le quartier. Après une dure journée de terrain, Sosso et son groupe procèdent à l’évaluation de leurs visites de proximité qu’elles venaient d’effectuer. Elle dit : «Nous avons échangé avec les populations. Nous leur avons expliqué le projet politique de Khalifa Sall. Nous avons eu presque 80% de satisfaction. Les gens se sont montrés solidaires avec Khalifa parce que conscients qu’il subit une injustice.» Mais elle avoue aussi que d’autres se sont montrés peu réceptifs à leur discours. «Cela ne nous décourage pas. Au contraire, ça nous motive et nous permet d’user encore d’astuces pour changer notre communication et convaincre», dit-elle stoïque. Loin de baisser les bras, Sosso Pouye expérimente d’autres stratégies. «Quand je prends le taxi, je taquine le chauffeur et je lui parle de Khalifa Sall. Je fais la même chose dans les bus Tata, les marchés, pour sonder un peu l’opinion des gens sur mon candidat», indique-t-elle.

Des prières
aux «Mercredis
de Khalifa»
Autres approches mises en place, «Les Mercredis de Khalifa». Ce n’est pas une initiative propre aux femmes de Grand-Yoff, mais celles-ci s’y sont illustrées de fort belle manière, apprécie Djibril Sall, président de la commission électorale de la 10ème coordination du Ps. Depuis l’incarcération de leur mentor, tous les mercredis, ces dames «consacrent une heure de leur temps à dénoncer l’emprisonnement de Khalifa», raconte M. Sall, fier de ses amazones. Cette activité se matérialise souvent par des prières, des récitals de Coran. «Les samedis et dimanches, ce sont des prières dans les églises», ajoute la patronne de la section de Djeddah, Mame Sokhna Gaye. Les visites à l’intérieur du pays complètent les activités menées dans la capitale. Cette tâche a été confiée aux moins jeunes. Elles ont déjà sillonné l’intérieur du pays. «Nous étions à Kaolack, Fatick, la ville du Président Macky Sall, Mbour et Thiadiaye», indique Salimata Ndao, une habitante du quartier Makka2 de Grand-Yoff. «On s’est dit que Khalifa n’a pas eu le temps d’achever des tournées puisqu’entre temps, le pouvoir l’a mis en prison. Eh bien, nous avons eu l’idée de terminer le job», explique-t-elle. Mme Ndao fait partie de ceux qui avaient lancé l’initiative pour le paiement de la caution du maire de Dakar pour obtenir sa libération. Une initiative qui n’a pas encore donné de résultats. Les femmes se sont organisées bien avant la campagne. Chaque section déroule son planning et mène ses activités pour le compte de Khalifa Sall.
La campagne électorale pour les Législatives, ouverte le dimanche 9 juillet 2017, n’a fait que renforcer le militantisme et l’engagement des femmes socialistes de Grand-Yoff. Aminata Diallo, députée de la 12ème Législature, chef de Cabinet du maire Khalifa Sall et présidente des femmes socialistes de Grand Yoff, confirme : «Nous savions, dès le début, que nous allions présenter la candidature de Khalifa Sall. Nous nous sommes organisées à travers les sections. Et nous avions commencé une première campagne : recruter le maximum de militants électeurs et les inscrire sur les listes électorales.»
La campagne bat son plein à Grand-Yoff. Parallèlement, ajoute Mme Diallo, «il y a une équipe mise en place chargée du retrait des cartes qui sensibilise, incite les militants à aller récupérer leurs cartes, recense le nombre de cartes retirées et fait le suivi pour les cartes encore non disponibles». Mame Sokhna Gaye précise : «Dans chaque section, nous savons à peu près le nombre de cartes de nos militants retirées et le décompte se poursuit.»

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