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L’histoire récente de la Casamance foisonne de récits poignants et macabres, tous en rapport avec la gestion et l’exploitation des ressources forestières. A la racine du mal, on note de fortes tensions et convoitises autour de ces ressources ; et tensions qui opposent plusieurs acteurs aux intérêts divergents par rapport à des enjeux environnementaux dont la non-maîtrise a aujourd’hui mis en péril la forêt casamançaise. Et à cela s’ajoute un mur d’incompréhension entre agents étatiques et populations, tantôt entre populations elles-mêmes, tantôt entre populations et bandes armées qui squattent la forêt. Conséquences : tous les massifs forestiers de la Basse-Casamance ont, du coup, fait l’objet d’un pillage organisé. Une surexploitation frauduleuse sur fond d’insécurité due au conflit casamançais, aggravée par l’appel d’air de la Gambie, terrain de prédilection de receleurs chinois.

La forêt, une ressource au cœur d’un conflit plus que trentenaire
Dernier bastion forestier du pays en proie à un conflit armé vieux de plus d’une trente années, son statut de région en reconstruction, dotée de ressources forestières riches et variées, constitue un autre facteur explicatif de la forte convoitise que suscite la Casamance aussi bien dans le pays qu’au niveau de la sous-région voire du monde. Ainsi pour l’exploitation de la forêt, en plus des multiples acteurs venus de diverses régions du pays, d’autres nationalités sont signalées principalement au niveau de la frontière nord avec la Gambie. C’est pourquoi, nous assistons à une multitude d’acteurs intéressés par l’exploitation des ressources de la région avec des statuts, des méthodes et approches aussi divers que divergents. D’où la grande tension notée dans la région autour de l’exploitation de ces ressources naturelles. Cette tension est nourrie par l’appât du gain, les intérêts individuels ou de groupes antagoniques autour de ces ressources forestières. C’est ainsi qu’il faut comprendre les tensions existantes dans les zones où la présence du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc) est forte. Il s’agit notamment des zones frontalières de la Gambie et de la Guinée-Bissau ; et où il est très souvent noté un regain de violence lié à l’exploitation du bois ou à chaque période d’exploitation de produits de cueillette (mangue, anacarde, madd, etc.). Des ressources qui ont une valeur marchande et stratégique certaine dans l’économie de guerre des factions des combattants du Mfdc et dans les objectifs de l’Armée nationale présentes dans le champ des opérations. Les combattants du Mfdc, en plus de leur volonté déclarée de protéger et de préserver les ressources naturelles principalement forestières de la Casamance, tirent une grande partie de leur économie dans l’exploitation de ces ressources. Les nombreuses attaques armées dont sont victimes les populations civiles dans leurs champs, leurs plantations et dans la forêt, comme récemment à Bofa, en sont quelques illustrations.
L’Armée de son côté, en plus de l’exploitation clandestine dont elle est accusée à tort ou à raison, a aussi intérêt non seulement à veiller sur la sauvegarde des ressources naturelles, eu égard à ses missions régaliennes, mais aussi à œuvrer à priver les forces combattantes du Mfdc de leur principale source économique. Une telle stratégie passe nécessairement par le contrôle de certaines zones et des voix commerciales par où transite le bois exploité de façon clandestine dans les forêts de la région. Ce qui explique en grande partie les nombreuses opérations de ratissage entreprises par les Forces armée nationales pour tenter de sécuriser des zones de tension. Elles se soldent souvent par l’arraisonnement, par les forces de sécurité, de camions chargés de bois d’œuvre en partance pour la Gambie et qui parfois, occasionnent des frictions entre les deux pays. Les autres acteurs dans ce champ de bataille autour de l’exploitation des ressources naturelles, ce sont naturellement les populations civiles. Celles-ci, de façon autorisée ou clandestine, s’activent également autour de ces richesses ; contribuant ainsi grandement à la dégradation de l’environnement et la raréfaction des ressources naturelles.

1 COMMENTAIRE

  1. L’exploitation anarchique et abusive des ressources forestières en Casamance est effectivement réalisée par les exploitants forestiers, des mafia des populations locales, les “forces étatiques qui sont chargées de protéger les forêts, des membres des forces militaires, des fonctionnaires de l’Etat en service au Sud” (une vérité que les gens n’osent pas dire)… et actuellement des groupes étrangers notamment des opérateurs mafieux chinois avec leurs partenaires gambiens et des régions sud du Sénégal… Cela a pu se faire parce que le Sénégal n’a jamais eu la volonté d’élaborer une politique forestière “véritable”, sinon toutes les forêts n’auraient pas disparu dans toutes les régions du nord, du centre, du nord-est et ouest.
    Les populations ne sont malheureusement pas conscientes des conséquences qui seront ressenties dans un futur proche. Toutefois, si les populations ont la volonté de reboiser les forêts, nous aurons juste besoin de 10 ans, au plus, pour restaurer les forêts. Mais la législation forestière doit être la plus sévère et la plus rigoureuse de toutes les législations pour dissuader les “déforestateurs” et la mafia.
    A défaut des actions idoines, le Sénégal sera un désert dans moins de 100 ans. Le tourisme ne sera plus et un pays qui ressemblera au Niger et le Burkina…

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