PARTAGER

Hulo Guillabert est une militante de la lutte contre la mendicité des enfants. Fondatrice du Collectif Stop à la mendicité des enfants en 2014, elle multiplie les actions pour participer à l’éradication de ce phénomène, qui persiste malgré les différentes mesures prises par l’Etat. Dans cet entretien, elle expose sa vision, ses attentes et ses déceptions.

Le 20 novembre, il a été célébré la Journée mondiale de l’enfance. Chez nous, c’est une journée de tristesse pour tous ces gamins qui errent dans nos rues. Quel sens donnez-vous à cette journée ? 

Cette journée est le moment le plus important de l’année con­cernant la défense des droits des enfants partout dans le monde, donc il faut en profiter pour se faire entendre ! Il y a vraiment beaucoup à dire et à faire dans ce domaine ici au Sénégal ! Car nous avons fait voter des lois qui ne sont pas appliquées et la dernière mesure prise par le président de la République en personne, pour le retrait définitif des enfants, n’a pas été non plus appliquée ! Donc il y a vraiment un gros problème de volonté politique pour enrayer ce fléau.

Quelles sont les avancées que vous avez constatées dans la lutte ? 
L’avancée principale que nous notons est le changement de mentalité que nous avons contribué à apporter parmi les Sénégalais, car au début en 2014, il y avait un tabou religieux et beaucoup n’osaient pas critiquer ce phénomène qui est pourtant devenu maintenant un simple business pour beaucoup. Nous, nous avons osé critiqué cela en des termes sans langue de bois, tout en faisant une différence nette entre les criminels exploiteurs d’enfants et les vrais maitres coraniques sincères qui apprennent vraiment le Coran aux enfants, mais qui n’ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins. Nous avons même organisé des conférences avec ces derniers pour sensibiliser.
La 2e grande avancée est que 2 maires de communes de Dakar ont signé courageusement des arrêtés d’interdiction dans leur commune de la mendicité des enfants avec des mesures d’accompagnement admirables et je salue le premier qui a osé, le Maire Bamba Fall de la Médina, et le 2e de la commune Fass-Gueule Tapée-Colobane, Mon­sieur Ousseynou Ndoye ! Merci à eux ! Mais à part ça, c’est le statu quo qui arrange les criminels qui viennent pour la plupart de contrées lointaines ou des zones rurales avec des hordes d’enfants à exploiter !
L’année dernière, le gouvernement avait lancé une opération pour sortir les enfants de la rue. Est-ce qu’on a atteint les résultats ?
Ce retrait définitif annoncé par le président de la République a avorté à peine 2 ou 3 mois après, pourtant nous avions soutenu cette mesure de toutes nos forces, nous nous sommes abstenus de critiquer la manière chaotique et désorganisée qui a été em­ployée, etc. Malheureuse­ment aujourd’hui, nous avons complètement perdu nos illusions et les enfants toujours très nombreux, continuent de sillonner nos rues dans une situation sanitaire désastreuse et un manque de sécurité indéniable, ils sont à la merci de toutes les prédations, n’importe quel pervers, n’importe quel bandit et même nous craignons fortement que des terroristes puissent se servir d’eux un jour, car ils sont plus que vulnérables et corvéables à merci !

Sinon pourquoi on n’y est pas arrivé si l’on sait que l’Etat a les moyens de l’appliquer et que le Sénégal dispose d’une loi sur la mendicité ? 
Le problème est qu’il n’y a pas assez de volonté politique et que nous sommes un pays où beaucoup de lois existent, mais ne sont ni appliquées ni suivies ! La mendicité est interdite par la loi 2005-06, la traite des personnes mineures devrait être sévèrement réprimée selon la loi de ce pays, mais voilà, rien n’est vraiment appliqué dans ce domaine ! Et les criminels en profitent ! Certaines affaires criminelles de maltraitance, de viol ou de meurtres de talibés arrivent au Tribunal, mais nous constatons souvent des peines assez légères ou du sursis ! C’est assez désespérant ! Donc nous, nous disons que l’Etat est coupable de non-assistance à enfants en danger !

Quelle est aussi la part de responsabilité des parents dans la persistance de ce fléau dans ce pays ? 
Les parents sont souvent dans des zones rurales reculées, je pense qu’ils sont irresponsables ou qu’ils ignorent sincèrement le sort réservé à leur progéniture et les dangers qu’ils encourent. Là aussi c’est à l’Etat de faire une sensibilisation de masse et ensuite de punir les parents qui abandonnent leurs enfants en connaissance de cause ! Nous, nous avons à cœur de faire cette sensibilisation de masse en langues nationales via la radio ou la télévision, mais nous ne disposons pas de financement pour cela, car dans ce collectif, nous refusons tout financement extérieur afin de rester intègres, il y a tellement de gens qui vivent sur le dos de ces enfants, nous ne voulons pas en faire partie ! Mais récemment, j’étais parmi les 5 finalistes pour un prix décerné par une entité de diplomatie publique espagnole, le prix international Navarre de la solidarité (je remercie un de mes amis, un grand intellectuel sénégalais, d’avoir proposé mon nom pour ce prix), c’est une Zim­babwéenne qui l’a eu, elle l’a bien mérité vraiment, mais la dotation de ce prix aurait pu nous permettre de faire ce travail de sensibilisation massive de la population. Ce n’est que partie remise !

Croyez-vous que ce phénomène va disparaître après tant d’années de lutte pour juguler ce phénomène ? 
Même si les enfants sont toujours dans la rue, il y a eu d’importantes brèches ouvertes dans les mentalités par des levées de tabou et par ces maires précurseurs avec leurs arrêtés d’interdiction, et même par cette prononciation du retrait définitif par le président de la République même si ce retrait n’a pas abouti, nous savons que l’idée va faire son chemin et inéluctablement un jour très prochain, avec un peu de volonté politique et de détermination dans l’application, ce sera possible que ce fléau s’arrête enfin.
Au final, il y a combien d’enfants dans la rue parce que les statistiques permettent au moins d’avoir une visibilité claire de la lutte qu’on mène
D’après les dernières statistiques connues, plus de 50 000 enfants mendient, rien que pour la région de Dakar où il y aurait près de 1 600 écoles coraniques. Et ils sont vraiment très nombreux à Saint-Louis, c’est carrément incroyable ! Il y aurait en tout plus de 100 000 talibés au Sénégal. Mais pour moi, ces statistiques sont certainement en deçà de la réalité !

1 COMMENTAIRE

  1. c’ est très facile à régler.Là où il y a des sous , tous les traffics inimaginables peuvent naitre..
    Donc Inciter les population à ne plus donner de l’argent dans la rue.
    Les convaincre de verser de l’argent dans les centres de charité , la mosquée, l’église etc..
    C’est là le gros du travail à faire dans les média.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here