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Philippe Lalliot, ambassadeur de France au Sénégal.

Les conseillers économiques établis dans les missions diplomatiques françaises en Afrique font un point régulier de la situation du coronavirus dans les différents pays où ils sont établis. En ce qui concerne le Sénégal, s’agissant aussi bien de l’évolution du Covid-19 que de son impact sur l’activité des entreprises françaises, leur analyse n’est pas des plus optimistes.

Les diplomates français établis en Afrique, notamment les Conseillers du commerce extérieur de la France (Cce), ne sont pas très optimistes quant à l’évolution du coronavirus dans nos différents pays. Le compte-rendu de leur dernier briefing, organisé par Zoom le 2 avril dernier, l’annonce nettement. Ces fonctionnaires du Quai d’Orsay français analysent, en ce qui concerne le Covid-19, que «les entreprises françaises présentes sur le continent sont… davantage inquiètes des retombées économiques et des risques sécuritaires et alimentaires associés que des retombées sanitaires. Le ralentissement de l’activité aura des conséquences économiques destructrices. Les pays pétroliers, avec un prix du brut réduit de moitié et certains – comme le Nigeria ou l’Angola – avec des cargaisons en détresse, seront durement pénalisés.»
Mais il ne s’agit pas que de ces pays-là. Leur analyse en ce qui concerne le Sénégal est également édifiante. A tout seigneur tout honneur, c’est la situation des entreprises françaises établies dans nos contrées qui les préoccupe en premier lieu. Et pour le Sénégal, le constat est net : «Les entreprises françaises sont presque toutes en déficit et n’ont aucune visibilité sur les mois à venir.» Cela, au regard de la situation du pays qui, pour eux, n’est pas reluisante : «Les entreprises du secteur privé sont fortement impactées par la crise sanitaire. Elles font face à d’importantes difficultés, avec une baisse de 30% à 70% de leurs chiffres d’affaires. Pour l’instant, les entreprises françaises ont mis environ un tiers de leurs employés en congés payés. Une enquête Cce anticipe une baisse d’activités de 43% en mai et 36% en avril. Or l’Etat demande aux entreprises de participer à l’effort national.»
Il faut néanmoins souligner que cette rencontre s’est tenue le 2 avril dernier ; donc bien avant l’annonce par le gouvernement des dernières mesures de soutien aux entreprises nationales. Or la plupart des entreprises françaises opérant au Sénégal ont un statut juridique sénégalais qui leur permet de bénéficier, au même titre que les autres, de certains des avantages de la Force Covid-19. Mais ils constatent que sur bien de points, le pays tourne déjà au ralenti, à l’image du Port de Dakar, la principale porte d’entrée du pays. Les diplomates se demandent si des alternatives ont été pensées au plus haut niveau au cas où la crise devait perdurer et si le sucre et le riz, dont ils estiment que le pays est importateur, commençaient à manquer.
Même sur le plan financier, ils anticipent à moyen terme sur des difficultés dans le secteur des banques et assurances, avec des difficultés de trésorerie, du fait de l’arrêt de plusieurs activités.
Sur le plan purement sanitaire, les analystes français expriment l’inquiétude que le pic épidémique au Sénégal pourrait intervenir en plein mois de ramadan, ce qui, selon eux, «serait une catastrophe».
Ils comprennent qu’à l’instar des pays comme le Bénin, le gouvernement hésite à décréter un confinement général, mais se demandent si cette option pourrait être tenable au cas où la maladie ne baisserait pas.
Les conseillers économiques français étant établis dans la quasi-totalité des pays où il y a une ambassade française, on imagine que leurs échanges ne portent pas que sur un seul pays du continent. La discussion du 2 avril, dont Le Quotidien résume la partie portant sur le Sénégal, a concerné 30 pays environ. C’est dire que la France, malgré la crise qui la frappe, se prépare à reprendre son rôle sur l’échiquier africain une fois le Covid-19 vaincu.

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