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Le président de l’Ong Entente des mouvements et associations pour le développement (Emad) ne veut pas entendre de nomination du maire de Dakar. Dans cet entretien, il plaide pour un changement de comportements pour lutter contre le coronavirus.

La présidente du Haut conseil des collectivités territoriales a reprécisé sa pensée en signifiant que la proposition relative au statut spécial ne se limite pas à Dakar. Est-ce que Aminata Mbengue Ndiaye vous a convaincu ?
Aminata Mbengue Ndiaye n’a pas compris le message des populations pourtant très clair. Car il ne s’agit pas de savoir si c’est Dakar seulement qui est concernée ou non. Il ne s’agit pas de débattre sur des procédures mais d’un recul démocratique à conjurer. Il s’agit de libérer les institutions de la République de la tutelle de l’Etat. Nous rêvons d’un renforcement de la décentralisation et de la responsabilité citoyenne et non du contraire. On a l’impression que notre pays n’évolue pas et que nos hommes politiques ne grandissent pas. Comment peut imaginer aujourd’hui, en 2020, alors que Dakar a élu son premier maire en 1887, qu’on nous propose la nomination du maire ? Au temps du colon, les citoyens choisissaient librement leur maire. Au temps où nous étions les 12 pencs, les villages lébous, il y avait une démocratie consensuelle. La personnalité que les colons appelaient «le meilleur indigène» était élue par les villages lébous. Au niveau des dignitaires de Dakar, tous les notables et dignitaires sont élus. Que cela soit à Yoff, à Ouakam, à Cambérène. Donc, je récuse cette proposition que je considère comme un ballon de sonde. J’appelle les Dakarois à refuser ce statut spécial de façon énergique et rigoureuse.
Mbaye Ndiaye considère ce statut nécessaire parce que le maire de Dakar est en «dualité» avec le président de la République…
C’est un argument politique fallacieux. Demandez à l’opposition, ils vous diront que le pouvoir de Macky Sall ne fait rien ou n’a rien fait. J’ai même entendu des gens dire qu’il faut dépolitiser l’espace dakarois. Mais les citoyens critiquent l’Assemblée nationale colorée aux couleurs du parti du président de la République. De Senghor à Abdou Diouf, en passant par Abdoulaye Wade et aujourd’hui Macky Sall, l’Assemblée nationale essuie des critiques. D’autres estiment que c’est une chambre d’applaudissements, un lieu où on se donne des coups de poing politiques. Fermons l’Assemblée nationale ! Fermons les routes parce qu’il y a des centaines d’accidents ! On ne doit pas raisonner en ces termes. Il y a des problèmes au niveau de nos communes, villes, à l’Assemblée nationale et au niveau de l’Etat tout court. Il y a toujours le pour et le contre, le noir et le blanc, le bon et le mauvais. C’est le combat qui fait avancer les choses. On doit faire face à la réalité et proposer des solutions à notre mesure et non des arguments politiciens. Le Président est assez intelligent pour savoir que les Dakarois n’accepteront pas cette idée.
Pourquoi on n’entend pas le Grand Serigne de Dakar, Abdoulaye Makhtar Diop ?
Il va se prononcer. Je l’ai appelé et on a discuté sur la question. Je lui ai dit qu’on a produit une lettre ouverte. Je l’ai informé qu’on allait tenir une réunion autour de la question et qu’on allait faire une tournée auprès de la communauté léboue et toutes les autres sensibilités qui composent la ville de Dakar. C’est vrai que les populations autochtones, ce sont les Lébous mais on ira à la rencontre de la communauté guinéenne, malienne, libano-syrienne, etc., qui sont des Dakarois comme vous et moi. Le Grand Serigne nous a dit qu’il nous attend avec impatience. Mais les dignitaires lébous ont déjà manifesté leur désaccord. Le jaraaf Youssou Ndoye est prêt à nous accueillir. Pour le Grand Serigne, je rappelle juste que lorsque Cheikh Diallo a émis l’idée, il est sorti pour la rejeter catégoriquement. Je pense qu’il est toujours dans cette logique, parce que c’est un intellectuel et un administrateur civil, qui connaît beaucoup de choses et qui respecte les Dakarois. Les proches du Président doivent aider leur chef à voir la réalité, à entendre la clameur populaire. Cette idée de nommer le maire de Dakar ne doit pas faire l’objet de discussion au sein du dialogue parce que c’est un recul démocratique. Le dialogue a des priorités : faire avancer le pays, rectifier les inégalités entre nos villes et nos campagnes, trouver de l’emploi aux jeunes qui meurent en mer, etc.
Quel rôle peut jouer l’Emad dans la lutte contre la pandémie du coro­navirus ?
Il faut travailler à réfléchir autrement aussi bien du côté des gouvernants que des populations. Il faut adopter la même dynamique pour le coronavirus. L’Etat doit contractualiser avec les organisations communautaires de base, former les relais communautaires et en faire des soldats du développement. L’Emad se bat pour que le citoyen soit un soldat du développement. On doit mettre l’accent sur la sensibilisation et la formation des citoyens. Cette stratégie doit être développée pour le Cleaning day initié par le président de la République. Dakar est sale et le restera parce qu’on ne développe pas les réflexes d’un habitant d’une ville. Le Cleaning day ne doit pas être un instrument pour certains de mobiliser les militants du quartier pour assouvir des ambitions politiques. On ne peut faire adhérer les populations comme ca. Les citoyens sont regroupés en associations, en groupements féminins. L’Etat doit leur définir des missions précises, en mettant à leur disposition des râteaux, des brouettes, des balais et des moyens financiers. Le Cleaning day est une bonne chose mais on s’y prend mal. De la même manière, pour la gestion du coronavirus, nous devons faire preuve de responsabilité et de solidarité et nous engager dans la bataille en évitant la stigmatisation des personnes, des familles, des quartiers ou des régions touchés.

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