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La reconnaissance de l’artiste au Sénégal est en passe d’être une réalité. Le directeur des Arts, Abdoulaye Koundoul, a annoncé qu’avant fin avril la loi sur le statut de l’artiste sera sur la table du Conseil des ministres. Il avait répondu à nos interrogations en marge de la conférence de presse sur les préparatifs de la Journée mondiale du théâtre.

Comment se porte le théâtre au pays de Douta Seck ? 
Le théâtre sénégalais peut mieux se porter. Au regard de notre passé, nous devrions normalement être à un autre stade. Le théâtre, à un moment donné, s’est paupérisé. La qualité a été déliée et tout cela s’explique. La question de la formation a été reléguée, les acteurs la soulèvent très souvent même si la section Art dramatique a été reprise à l’Ecole des arts. Il y a des efforts à faire et nous espérons trouver la panacée avec la nouvelle Ecole nationale des arts et métiers de la culture à Diamniadio. Elle va permettre de passer en revue toute la filière afin d’offrir une formation adaptée. Cela est un problème ; c’est pourquoi nous n’avons plus de grandes productions. Le financement aussi pose problème.

Cela fait plus de 3 ans que ce diagnostic est fait, mais on ne voit toujours pas de solutions. Que fait l’autorité en ce sens ?
C’est faire preuve de courage de faire un diagnostic pas du tout complaisant. L’autorité est la première à le faire. Et c’est un début de solutions. Ce qui a été fait, c’est une réflexion pour aller vers des fonds sectoriels. La solution c’est d’avoir des fonds dédiés à des secteurs. Les cultures urbaines se sont très bien structurées. Nous venons de recevoir les propositions pour le 2ème appel. Les projets sont de qualité. Nous espérons qu’ils vont faire décoller le secteur en lui donnant une orientation économique, car il faudrait qu’on arrête de déconnecter l’art du business. Une façon d’expliquer qu’on n’agite pas ces problématiques sans trouver de solutions. Donc, aller vers un fonds dédié au théâtre peut être une solution. On y réfléchit.

Le problème n’est-il pas d’ordre structurel ? Face à la gratuité, quelle est la posture à adopter pour construire une industrie ?
Ce n’est pas un problème spécifique au Sénégal. Le Masa était bien organisé. Il y avait de très belles scènes et des artistes de renommée internationale, mais en face il y avait très peu de personnes, car il est passé de la gratuité au modèle payant. Il faut aussi noter qu’on n’a pas l’habitude en Afrique de payer pour certaines choses. C’est historique. Le griot ne chantait pas pour un concert, mais pour un but précis. Il n’empêche qu’il faut éduquer les populations à payer le service et le produit culturels. Sorano souffre de cela. Il faut éduquer la population et cela nous renvoie au lien étroit qui doit exister entre les ministères de la Culture et de l’Education. Il faut bien éduquer la nouvelle génération. Il faut revoir l’orientation qu’on donne aux professeurs d’éducation artistique. C’est dommage, mais nous en sommes à ce niveau de constat.

On avait l’occasion de soulever les questions durant l’Année de la culture qui vient de s’écouler…
La loi sur le statut d’artiste et des professionnels de la culture sera avant la fin du mois d’avril sur la table du Conseil des ministres. Ça sera une très belle avancée. On travaille aussi sur la loi sur le mécénat pour régler la question récurrente du financement. Le ministre de la Culture nous a demandé d’inscrire pendant les réflexions à la Biennale le sujet du financement innovant de la culture. Il ne faut pas qu’on continue à penser que seul l’Etat doit mettre la main à la poche. Il a des limites d’autant plus que nos Etats tendent à émerger et qu’il y a beaucoup de priorités qui passent avant la culture. Dans un pays où nous avons des problèmes avec l’éducation, la santé, si le secteur de la culture se sent un peu relégué au second plan, ce sera bien compréhensible. La culture représente au moins 1% du budget de l’Etat. Il faut aller vers de nouveaux modèles innovants pour financer la culture.

C’est quoi ce nouveau modèle innovant ?
C’est réfléchir. Nous allons profiter de la Biennale pour faire du benchmarking. On a invité beaucoup d’experts venant de pays qui ont déjà expérimenté d’autres modèles. C’est peut-être le lien qu’il faut faire avec certaines entreprises dans le cadre de la responsabilité sociétale d’entreprise. Par exemple, au Burkina, les télécoms versent une redevance à la culture. Cela permet de financer le secteur dans un système revolving.

Pourquoi est-il important de célébrer la Journée du théâtre ?
C’est une rencontre des acteurs et la tutelle. Ils seront dans leurs rôles en faisant un diagnostic de la situation et sûrement ils vont émettre des doléances. L’autorité s’efforcera à apporter les réponses idoines.

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