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Le député Benno bokk yaakaar de la zone Afrique centrale invite le chef de l’Etat à accompagner les Sénégalais qui désirent rentrer. Aboubaky Ngaïdé estime que des compatriotes qui sont restés 3 mois sans travailler ne peuvent payer leur propre billet d’avion. Le parlementaire fait aussi le bilan de l’aide destinée à la Diaspora et souhaite une meilleure implication des élus.

Quelle la situation des Sénégalais de l’Afrique centrale que vous représentez à l’Assemblée nationale ?   
Permettez-moi d’abord de saluer le courage et la patience dont ils font montre depuis le début de cette crise sanitaire mondiale qui est aussi, évidemment, économique. Et il est important de rappeler que ces dernières années, l’Afrique centrale était déjà frappée par une crise économique très aigue liée à la baisse du baril du pétrole. Par conséquent, le pouvoir d’achat avait baissé et les populations tenaient difficilement. L’arrivée du Covid-19 n’a fait donc qu’accentuer cette situation socioéconomique parce qu’elle est venue de manière brusque et brutale. C’est dans ce contexte, justement, que nos compatriotes qui sont majoritairement des commerçants dans ces pays sont restés pendant deux à trois mois sans travailler. Naturellement, à force de consommer sans avoir des rentrées d’argent, on ne peut tenir longtemps. C’est ce qui leur est arrivé puisqu’ils ont épuisé leurs économies, s’il leur en restait encore. C’est une situation très difficile et je peux vous dire qu’il y en a qui souffraient d’autres maladies avant le Covid-19 et qui voulaient rentrer au Sénégal.

Ces Sénégalais ont sans doute besoin du soutien de l’Etat. Ont-ils alors reçu leur part de l’enveloppe réservée à la Diaspora dans le cadre du Fonds de riposte contre les effets du Covid-19 ?   

Il me semble important de faire l’historique de ce Force Covid-19 et, particulièrement de la part attribuée aux Sénégalais de l’extérieur. Dans son discours du 3 avril 2020, le président de la République a octroyé à la Diaspora une enveloppe de 12,5 milliards de F Cfa. L’Etat, par le biais du ministère des Affaires étrangères, a, dans un premier temps, débloqué une somme de 1 milliard de FCfa. Sur ce milliard, ils ont dépensé 726 millions de F Cfa pour les premiers cas d’urgence, c’est-à-dire ceux qui sont morts ou malades du Covid-19, mais aussi ceux qui sont bloqués à l’étranger et les étudiants non boursiers. Cette première tranche a été distribuée par l’ensemble des représentations diplomatiques. En ce qui concerne l’Afrique centrale, le Congo avait reçu 20 millions, le Gabon 12 millions, le Cameroun 8 millions, la Rdc 10 millions. Ensuite, il y a eu une deuxième tranche plus conséquente de 5 milliards 250 millions F Cfa, ce qui fait un total de 6 milliards 250 millions, soit la moitié de l’enveloppe de 12, 5 milliards pour toute la Diaspora. Sur les 5 milliards 250 millions, près de 50% étaient destinés aux Sénégalais d’Afrique qui constituent plus de 80% des Sénégalais de l’extérieur. Pour l’Afrique, chaque Sénégalais devrait recevoir 50 000 FCfa (75 euros), contrairement aux Sénégalais de l’Europe impactés qui devraient recevoir chacun 300 euros ou 300 dollars. Je précise que ce ne sont pas tous ceux qui se sont inscrits qui sont éligibles. Maintenant, il reste la dernière tranche que nous attendons, celle de 6 milliards 250 millions qui reste sur les 12, 5 milliards. Jusqu’à la fermeture de la plateforme, le 31 mai à 23h 59, il y a eu beaucoup plus d’inscrits. Par exemple, pour le Congo, il y a eu plus de 4000 inscrits pour la dernière étape. Pour revenir aux critères d’éligibilité, il faut être d’abord de nationalité sénégalaise, avoir une carte d’identité ou le passeport en cours de validité, et/ou la carte consulaire parce qu’on peut être sénégalais résidant dans un pays sans avoir la carte consulaire. Là aussi, je précise que l’inscription est individuelle et non collective parce que certains sont avec leurs familles. Certains Séné­galais de Douala, au Cameroun, avaient déclaré n’avoir pas reçu leurs appuis. Mais cette situation semble être réglée.

L’Etat a décidé de rapatrier ceux qui le voudraient. Quel­les en sont les modalités ?

ngères nous avait annoncé qu’il y aurait un «ramassage» des Sénégalais bloqués à l’étranger. Dans mon entendement, c’étaient des opérations de rapatriement gratuites pour ces compatriotes parce que c’est notre compagnie aérienne, notre fierté, qui s’en chargera. J’ai appris que pour les Sénégalais qui voudraient rentrer ou retourner dans leurs pays de résidence, l’Etat va mettre des avions à leur disposition mais que les billets seraient à leur charge. Alors, c’est là le problème. Mettez-vous à la place de ces compatriotes qui sont restés 2 mois à 3 mois sans travailler et qui attendent un appui de 50 000 francs de la part de l’Etat du Sénégal. Il est évident que ce ne sont pas ceux-là qui vont acheter un billet pour rentrer au pays. J’aurais souhaité que le président de la République, dans sa magnanimité infinie, continue d’accompagner ceux-là qui veulent rentrer. Encore une fois, ce ne sera pas tout le monde parce qu’il y a des cas urgents qui étaient malades avant le Covid-19 et qui voulaient rentrer avec leur famille. Tout comme il y a d’autres qui sont vraiment impactés par les effets du covid-19 et qui se sont retrouvés sans-le-sou parce que leur commerce est tombé à l’eau. Ce n’est pas non plus à ceux-là qu’on va demander de payer leur billet d’avion. Je rappelle que c’est à travers un communiqué partagé sur les réseaux sociaux que j’ai appris la volonté de rapatrier certains Sénégalais de la Diaspora, même si le ministre des Affaires étrangères l’avait évoqué à l’Assemblée nationale. Dans le premier communiqué, il était question pour l’Afrique centrale de procéder au rapatriement de nos compatriotes du Gabon et du Cameroun. Ce qui m’avait intrigué, c’est que les deux Congo n’y figuraient pas. Les autorités m’ont finalement assuré que les opérations se font à travers un  recensement et selon la disponibilité de l’avion et que les 2 Congo seront programmés. Pour les modalités, les candidats au rapatriement doivent s’inscrire, avoir la carte nationale d’identité ou le passeport ou la carte consulaire. Mais un Sénégalais qui a la carte consulaire et la carte d’identité, même s’il n’a pas de passeport, devrait pouvoir rentrer chez lui sans difficulté.

Quel rôle devraient jouer les députés de la Diaspora dans ces opérations d’appui et de rapatriement de leurs mandants ?

Nous devons rendre hommage au Président Macky Sall d’avoir compris l’importance de la Diaspora dans le développement de notre pays au point de lui attribuer des représentants à l’Assemblée nationale. C’est cette révision constitutionnelle de 2016 qui a consacré la reconnaissance du Sénégalais de l’extérieur. Les députés de la Diaspora ont été associés dans tous les comités de gestion parce qu’ils connaissent mieux les préoccupations de leurs compatriotes. Mais il y a encore des efforts à faire pour les impliquer davantage dans toutes les opérations, l’accès à l’information par exemple et à tous les niveaux. Sur les modalités et les personnes qui n’ont pas les moyens de rentrer, les élus de la Diaspora peuvent mieux éclairer le gouvernement.

Quelle appréciation faites-vous de la gestion du Covid-19 de façon générale ?

Si les grandes puissances ont eu du mal à contenir le Coronavirus et ses effets, ce ne sont pas des pays sous-développés comme le Sénégal qui peuvent s’en sortir aussi rapidement. N’oublions pas que l’Italie a bénéficié d’une assistance médicale de la Russie, de la Chine et surtout de Cuba. La France, qui n’arrivait pas à fabriquer ses propres masques, était obligée de se rabattre sur des commandes en Chine. Toutes ces économies sont tombées et s’en relèveront difficilement et pas de sitôt. Il y a donc un nouvel ordre mondial qui se dessine et c’est à nous d’accompagner les mesures importantes prises par l’Etat qui a mobilisé plus de 1000 milliards, soit le quart du budget de 2020, pour faire face au Covid-19 et ses conséquences économiques et sociales. Les organes de contrôle que sont l’Assemblée nationale avec l’évaluation des politiques publiques, l’Ofnac, l’Ige, la Cour des comptes ont aussi un rôle à jouer afin de garantir toute la transparence requise dans l’utilisation de ce fonds pour ne pas décevoir tous ces Sénégalais qui ont contribué à la mobilisation de tout cet argent.

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