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Les mesures d’assouplissement de la lutte contre la propagation du coronavirus sont «opportunes», selon Adji Mergane Kanouté. La Secrétaire générale de l’Union pour le développement du Sénégal /Authentique (Uds/A) dit comprendre, cependant, l’inquiétude qui anime certains dans un contexte où les cas positifs augmentent. La députée Bby souhaite, par ailleurs, que le ministère de l’Education, qui a décidé d’épargner les enseignants à risque de la reprise du 2 juin, élargisse cette mesure aux élèves qui souffrent de certaines maladies chroniques.

Les mesures d’assouplissement prises par le chef de l’Etat le 11 mai dernier sont-elles pertinentes alors que les cas positifs se multiplient ?
D’abord, il faut dire que les mesures d’assouplissement prises par le chef de l’Etat sont opportunes. Nous devons admettre que toutes les activités ne peuvent continuer de fonctionner au ralenti et que cela n’ait pas des conséquences sur notre économie, sur notre vie quotidienne. Qui plus est une grande partie des Sénégalais, jeunes et femmes, sont plus dans l’économie informelle. Voilà deux franges qui ne peuvent être laissées à elles-mêmes. Donc, le confinement, même s’il est partiel, est considéré comme un obstacle à l’épanouissement des familles qui sont généralement dans des situations de survie. C’est un choix cornélien qui s’impose au Sénégalais lambda qui est entre «rester chez soi» et «risquer de ne pas subvenir aux besoins essentiels de la famille». C’est sous ce rapport que les mesures d’allègement des restrictions me semblent pertinentes. Et d’ailleurs, c’est ce que souhaitaient tous ceux-là qui ne peuvent avoir un kopeck dans la journée s’ils restent à la maison. C’est dire que ces décisions révèlent à suffisance que le citoyen sénégalais a pris l’engagement de rester actif pour assurer la dépense quotidienne tout en veillant scrupuleusement sur sa santé et celle de ses proches en respectant les mesures sanitaires édictées. Le chef de l’Etat ne peut pas se réveiller et décréter, sans raisons valables et sans avis d’experts, de telles mesures. Maintenant, il est légitime et compréhensible que cet assouplissement, dans un contexte de multiplication des cas positifs et de présence accélérée des cas communautaires, peut inquiéter. Mais, pouvions-nous faire autrement que de s’adapter au Covid-19 ? Nous devons, par conséquent, vivre avec le virus tout en respectant les mesures-barrières. Et les jours à venir nous édifieront sur la pertinence ou non de ces mesures. En tout état de cause, nous avons un Etat pragmatique et responsable qui prendra aussi les dispositions adéquates et nécessaires devant toute nouvelle situation. C’est dire simplement que l’Etat veille et continue d’être en alerte.
Vous aviez interpellé le ministère de l’Education nationale sur le risque pour les enseignants et élèves souffrant de certaines maladies de reprendre les cours le 2 juin. Votre message a-t-il été entendu ?
C’est dans la logique d’assouplissement, justement, qu’il a été décidé que les élèves en classes d’examen, et bien sûr, leurs enseignants, reprennent les cours. C’est quand même une décision très délicate pour les autorités qui, sans doute, en mesurent toute la responsabilité. Et, effectivement, j’avais émis une proposition selon laquelle les enseignants souffrant de certaines maladies chroniques devraient être épargnés par cette reprise des cours. Les spécialistes ne cessent d’alerter sur la menace du coronavirus sur les personnes vulnérables. Et ce ne sont pas seulement les personnes âgées, mais tous ceux-là qui présentent d’autres maladies pouvant présenter des complications aux malades du Covid-19 et qui sont considérées comme des co-morbidités. Et il est heureux d’entendre que le ministre de l’Education nationale a déclaré que les enseignants souffrant de maladies chroniques ne sont pas concernés pour la rentrée du 2 juin. C’est une décision salutaire, mais je crois qu’en plus des enseignants, il faut penser à ces élèves qui sont autant exposés que les enseignants. Il y en a qui souffrent aussi des mêmes pathologies qui sont entre autres, l’asthme, le diabète, les maladies cardiaques, l’obésité. Et, de ce point de vue, il est important que des dispositions particulières puissent être prises à l’endroit de ces personnes à risque.
En tant que Secrétaire exécutive de la Plateforme Femmes debout, où en êtes-vous avec votre campagne de sensibilisation sur le Covid-19 ?
Oui la plateforme Femmes debout est toujours debout et sur le terrain pour accompagner les autorités sanitaires dans leur politique de sensibilisation mais aussi de distribution de masques dans les marchés. Il est clair que les femmes sont les plus touchées et exposées à la pandémie car évoluant particulièrement dans le secteur informel. C’est pourquoi nous avons décidé de les accompagner, de les assister et surtout de les sensibiliser sur les gestes-barrières. C’est dans cette optique que nous avons été au marché Castors, aux deux marchés de Liberté 6 et au marché de Keur Massar et à chaque étape avec la collaboration bien évidemment des maires des communes concernées. Nous distribuons généralement 1000 masques. Et la particularité de cette plateforme c’est qu’elle est constituée de femmes parlementaires, de la Société civile comme le Cosef, l’Onp, l’Afao, la Croix-Rouge, entre autres, mais aussi de personnalités remarquables comme la présidente de la plateforme, l’ancienne ministre et parlementaire, Haoua Dia Thiam. Nous nous cotisons pour la production de masques réutilisables et confectionnés par la main d’œuvre locale dans le respect des normes. C’est aussi une façon de soutenir ces jeunes et femmes qui sont touchés par les effets socio-économiques du Covid-19. Parce que certains tailleurs, par exemple, étaient au chômage depuis quelques semaines et ce n’est pas évident qu’ils s’en sortent surtout à la veille de la Korité qui coïncide avec un contexte économique morose. Nous avons eu dernièrement l’appui de Onufemmes à travers Mme Oulimata Sarr que nous remercions vivement. Aujourd’hui encore, la campagne de sensibilisation et de distribution initiée par les Femmes debout va se poursuivre jusqu’à la fin de cette pandémie. Et nous nous engageons, dans le post-Covid-19, à continuer d’accompagner les femmes dans leurs activités économiques et même sur le plan du suivi psycho-social parce qu’il y a des facteurs comme la stigmatisation, la baisse des revenus, voire la perte d’emplois qui peuvent agir sur le moral et le mental de l’individu. Déjà, actuellement, nous sommes en rapport avec des psychologues pour faire un suivi correct de certaines victimes. Nous avons la chance d’avoir dans la plateforme Mme Bafou Ba, présidente de la Croix-Rouge. Nous nous réjouissons aussi de l’adhésion massive de femmes, toutes catégories confondues, à notre cause. Parce que pour Femmes debout, chaque voix de femme compte.
Vous êtes aussi responsable politique à Kaolack. Quelle lecture faites-vous de la situation de la pandémie dans la commune et de sa gestion par les autorités locales ?
Je voudrais saluer l’excellent travail fait par les autorités administratives et sanitaires. Nous savons tous que Kaolack est un carrefour et, sous cet angle, la ville est exposée à la maladie. Et en dépit des nombreuses violations de l’interdiction de circulation interrégionale, la commune, et même le département ont résisté à cette menace. Le premier cas de la région a été détecté à Nioro et c’est bien plus tard que la ville de Kaolack a eu son premier cas. C’est dire que la rigueur de la surveillance des transports a porté ses fruits. C’est le lieu de féliciter le gouverneur, le préfet, la directrice de l’Hôpital régional, bref tous les acteurs qui sont impliqués dans ce combat contre le covid-19. La situation est bien maîtrisée et c’est le plus important. Et puis, dans l’ensemble, les Kaolackois ont pris conscience de la gravité de la maladie puisque le respect des mesures-barrières est de mise. Personnellement, c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai eu à recevoir des mains du président de l’association des tailleurs de Kaolack, un lot de masques réutilisables pour m’accompagner dans ma campagne de distribution dans la commune. En effet, le 8 mars dernier, j’avais eu à offrir à cette association, des machines à coudre piqueuses et des machines ordinaires. Et je prends cela comme un geste de reconnaissance à mon endroit. Ces masques m’ont permis aujourd’hui de pouvoir toucher beaucoup de cibles dans la commune de Kaolack, particulièrement les plus vulnérables.
Que pensez-vous de la gestion de l’aide alimentaire surtout que beaucoup de ménages de Kaolack n’avaient pas encore reçu leur part ?
Les mesures de restriction ne pouvaient être prises sans mesures d’accompagnement. Et c’est dans ce sens que le chef de l’Etat a annoncé un Programme de résilience économique et sociale pour soutenir les ménages et les entreprises. C’est ainsi qu’il a été dégagé une enveloppe de 69 milliards de F Cfa pour aider les ménages vulnérables à faire face aux effets du Covid-19. Le gouvernement a donc décidé de distribuer des kits alimentaires aux plus nécessiteux. Cependant, il faut déplorer les lenteurs dans la distribution des vivres en soutien aux ménages. Même si nous avons noté qu’il y a de la transparence et de l’équité dans le choix des bénéficiaires parce que les comités de suivi installés dans les quartiers ont été inclusifs.

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