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La gestion de la pandémie par les autorités étatiques et par l’Agence nationale pour la relance des activités socioéconomiques en Casamance (Anrac), la question des personnes déplacées du fait de la crise armée, le développement de la Casamance, etc. sont autant de sujets abordés par le directeur général de l’Anrac et responsable de l’Apr.

Comment appréciez-vous la gestion de la crise du Covid-19 par l’Etat ?
C’est le monde qui fait face à une crise sanitaire avec des conséquences au plan économique et social. Cette crise imprévisible a poussé les gouvernants à élaborer des stratégies diverses pour endiguer le coronavirus. Au Sénégal, depuis la survenance de la pandémie, le président de la République a pris des mesures salutaires et adaptées à l’évolution de la crise. Et c’est à ce titre qu’il a notamment mis en place le Force-Covid-19 qui a donné naissance au Programme de résilience économique et sociale doté d’un budget de 1 000 milliards F Cfa. A travers ce programme, d’importantes mesures de soutien aux ménages, à l’économie, au secteur de la santé et aux entreprises ont été mises en œuvre par le gouvernement. Pour les entreprises, il s’agissait de leur permettre de sauvegarder l’outil de travail, mais aussi et surtout de maintenir les emplois. Ce qui constitue une priorité pour le président de la République. Il faut aussi saluer le leadership du Président Sall qui a porté le plaidoyer sur des questions importantes telles que l’annulation de la dette des pays africains dans ce contexte de Covid-19 pour leur permettre d’orienter les fonds devant servir au paiement de la dette au plan de résilience. Cet appel a été suivi, car il a permis d’obtenir un moratoire sur le payement de la dette accordé par le Club de Paris et le G20.
Quelle a été la posture de l’Anrac dans la gestion de la crise en Casamance ?
Je voudrais tout d’abord saluer le travail important effectué par les comités régionaux de gestion de crise des trois régions de la Casamance, sous la houlette des gouverneurs. Comme vous le savez, la Casamance, de par sa position géographique, partage des frontières avec au moins trois pays voisins que sont la Gambie et les deux Guinées. Cela rend complexe et compliquée la lutte dans cette région dans la mesure où, même en temps normal, souvent certaines populations issues de ces pays viennent solliciter les services de nos structures hospitalières. Avec la crise, le phénomène de la porosité des frontières aidant, on fait face à cette situation avec parfois son lot de cas importés. Il en est ainsi à Kolda et maintenant à Ziguinchor avec des cas enregistrés ces derniers jours.
Que faut-il faire concrètement pour parer à ces menaces ?
Il faudrait, je pense, renforcer les dispositifs de contrôle et créer une dynamique communautaire de collaboration entre les forces de défense et les populations à travers des comités villageois pour la surveillance des pistes et routes situées le long des frontières. S’agissant de l’Anrac, nous avons très tôt apporté notre contribution à la lutte au plan local avec un appui de 2 millions de F Cfa que nous avons mis à la disposition du Comité de lutte de Ziguinchor. Pour les régions de Sédhiou et de Kolda, nous travaillons, en collaboration avec l’Onudi, à la production de milliers de masques pour les populations car, comme vous le savez, le chef de l’Etat a demandé, à juste raison d’ailleurs, une adaptation de notre mode de vie et de nos comportements pour faire face à la crise.
Quel est le niveau d’exécution des grands projets de l’Etat et du désenclavement en Casamance ?
C’est une région qui vient de loin, avec un retard infrastructurel énorme et une crise qui a eu des incidences à tous points de vue. Cela a plombé la capacité de la Casamance à participer pleinement au développement du pays. Mais depuis 2012, nous avons noté un changement de paradigme dans la gestion de la crise qui nous vaut une accalmie propice au regain des activités économiques. A cela s’ajoute l’exécution d’un véritable «Plan Marshall» du Président Macky Sall pour désenclaver la région sur le plan terrestre, maritime et aérien. La construction du pont de Farafegny a été le point d’orgue de cette politique de désenclavement interne et externe de la Casamance. Ce pont permet d’assurer la continuité territoriale de la Casamance et il sera complété par la réhabilitation de l’axe Sénoba-Mpack dont les travaux préparatoires sont très avancés avec un budget de 115 milliards pour 217 km de route et 95 km de piste de connexion. Au total, c’est près de 1 000 milliards de F Cfa qui ont été injectés dans les trois régions pour financer des projets et programmes structurants à fort impact socioéconomique pour les populations. Sur le plan économique, on a noté l’adoption de mesures courageuses incitatives qui ont fortement contribué à booster l’économie de la région. Mais il y a aussi le dragage du fleuve Casamance qui a donné un nouvel élan au port de Ziguinchor avec l’exportation de la noix d’anacarde à partir de Ziguinchor et non plus à Banjul. Pour le secteur du tourisme, on peut citer la loi faisant de la Casamance zone touristique nationale d’intérêt spécial. D’ailleurs, nous envisageons d’organiser un grand forum pour faire le bilan et l’impact de toutes ces mesures sur la Casamance.
Par quels mécanismes la création d’emplois doit-elle se matérialiser ?
Aujourd’hui, le chef de l’Etat a réglé les prémices et les préalables du développement de la Casamance. Ce qui reste, c’est l’amorce de l’industrialisation de la région à travers la mise en place d’unités de transformation des produits locaux et la création d’emplois. Je crois que le projet d’Agropole, qui sera installé à Adéane, répond à cette volonté de booster la création d’emplois, car il permettra de valoriser les filières anacarde, mangue et maïs et de créer des milliers d’emplois. Sur un autre plan, nous accompagnons les initiatives de l’Etat et c’est pourquoi nous avons changé d’approche dans le déploiement de nos missions en réorientant celles-ci vers, entre autres, l’accompagnement de toutes les stratégies de développement économique de la Casamance. C’est la raison pour laquelle, avec l’Apix et la Cndt, nous travaillons à mettre en place une plateforme des investissements sud en Casamance. Il s’agit d’un instrument qui permettra d’accompagner toutes ces mesures économiques et de créer les conditions d’accompagner le secteur privé local et la promotion du marketing territorial de la Casamance, d’inciter la diaspora à investir en Casamance.
La crise a donné naissance à des centaines de déplacés et des refugiés. Qu’en est-il de leur prise en charge ?
Effectivement, il s’agit d’une des conséquences du conflit armé en Casamance dans la mesure où, pour échapper aux combats, aux exactions, aux dénonciations de part et d’autre, certains étaient contraints au déplacement à l’intérieur des grandes agglomérations de certaines villes telles que Ziguinchor, Sédhiou ou se réfugiaient en Gambie ou en Guinée Bissau. On estime à plus de 30 mille le nombre de personnes qui se trouvaient dans cette situation avec des conditions de vie difficiles dans ces lieux ou ces pays d’accueil. Pendant longtemps, l’Anrac avait accompagné le retour de cette cible à travers la construction d’habitats sociaux, l’octroi de zincs et des mesures d’accompagnement économique. Depuis 2012, avec le retour de la paix, on note d’importants mouvements de retour qu’il faut accompagner, encadrer à travers des mécanismes d’insertion sociale et surtout économique pour éviter que ces populations aient des velléités de retour ou ne s’adonnent à des activités illicites sur place, faute de moyens de subsistance.
N’y a-t-il pas lieu de rouvrir le transport interurbain et la frontière gambienne pour sauver la campagne fruitière et «anacardière» et ainsi relancer l’économie de la région impactée par la crise du Covid-19 ?
La valorisation de la filière anacarde constitue une priorité pour le gouvernement et c’est ce qui a justifié la décision d’exporter ce produit directement à partir du port de Ziguinchor avec le dragage du fleuve Casamance et non plus maintenant à Banjul. Cette mesure a été saluée par tous les acteurs et a permis d’accroître la valeur ajoutée de ce produit avec des chiffres d’affaires avoisinant 30 à 50 milliards. L’autre impact de cette mesure est la création d’emplois et la valorisation des métiers liés à la manutention au niveau du port de Ziguinchor. Je rappelle que la Casamance assure plus de 90% de la production nationale d’anacarde. Donc forcément, ce secteur est impacté par les restrictions au transport. Mais nous sommes en face de mesures justifiées et qui, d’ailleurs, ont commencé à être assouplies avec la possibilité de se déplacer à l’intérieur des départements. Cela permettra de pouvoir acheminer d’abord le produit à Ziguinchor, en attendant son évacuation sur Dakar. Aujourd’hui, le plus important est qu’il faut renforcer les stratégies pour créer les conditions d’une meilleure valorisation de l’anacarde par l’installation d’unités industrielles pour la transformation de ce produit sur place et éviter de l’exporter systématiquement en Inde ou au Vietnam, et c’est là où réside la pertinence du projet de l’Agropole.

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