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Après 17 ans de disette, le Sénégal s’offre une deuxième finale de Can. Une prouesse qui est loin d’être le fruit du hasard, selon le président de la Fédération sénégalaise de football. En effet, selon Me Augustin Senghor, cela s’explique par «la maturité, la sérénité et la force collective» du groupe de Aliou Cissé. Entretien exclusif.

Comment vous avez vécu cette demi-finale contre la Tunisie. Est-ce le match le plus difficile depuis que vous êtes à la tête de la Fédération sénégalaise de football ?
On peut le dire comme ça en termes d’émotions, de pression pendant tout le match parce que simplement, on l’a vu, c’était une demi-finale. C’était tout à fait nouveau pour nous depuis quelques années et pour ce groupe-là. On savait que ça allait être difficile. On a beaucoup souffert que ce soit les joueurs, nous aussi dirigeants et tous les supporters sénégalais. Mais je pense qu’il fallait passer par là pour arriver à jouer cette finale. Et on y est.
A quoi avez-vous pensé au coup de sifflet final ?
Peut-être que vous allez dire que je suis bien ambitieux, mais pour moi la délivrance ce sera quand, vendredi prochain, on arrive à soulever le trophée. Donc, c’était une étape qui est franchie. Aujourd’hui, sur cette Can, on a fait tomber deux barrières. D’abord les quarts de finale au niveau desquels on s’était arrêtés, il y a deux ans, mais aussi les demi-finales, puisque depuis 2006, on n’y était pas arrivés. Il ne nous reste simplement qu’à faire mieux qu’en 2002 en gagnant le trophée. C’est pour cela que j’ai ressenti une énorme satisfaction d’arriver en finale et cela nous permet de continuer à nourrir ce rêve, qui n’est plus un secret, de gagner ce trophée pour le Peuple sénégalais.
Peut-on dire que c’est votre meilleur bilan avec l’Equipe nationale A depuis que vous êtes à la tête de la Fédération sénégalaise de football ?
Au plan comptable, au tout début dans d’autres campagnes, on a pu faire mieux, c’est-à-dire dans les phases de groupe, savoir gagner les matchs ou ne pas les perdre. Mais sur ce tournoi-là, on a eu une compétition plus sobre de la part des joueurs, de la part du public. Les gens ne se sont pas emportés lors de la première victoire. Ce qui est capital et qui m’a rassuré pendant tout le tournoi, c’est qu’après la défaite, il n’y a pas eu d’affolement, ni de la part des joueurs ni de la part de l’encadrement, des dirigeants, du public. Les gens ont même perçu cela positivement en disant que c’était bien qu’on trébuche maintenant et les gens se sont remobilisés. Je le dis depuis que je suis là, jamais dans une Can, je n’ai été aussi serein parce que ce sont les joueurs, le groupe qui me transmettent cette sérénité, cette force collective. Je sens un groupe plus mûr, plus soudé, plus conscient des enjeux et décidé justement à relever les défis dans cette compétition. C’est pour cela que même dans les matchs les plus difficiles, je sens qu’ils ont la maitrise. On parle d’aboutissement, en termes de victoires, de buts, mais on n’oublie jamais qu’il y a un aboutissement qui fait gagner. C’est celui de ne pas prendre de but. Et Dieu merci, cette équipe, dans ce tournoi, n’a pris qu’un seul but. Et cela aussi fait partie des éléments qu’il faut mettre en ligne. C’est ce qui explique pourquoi, aujourd’hui, on est en finale. Etre solides derrière, cela nous a toujours manqué. Etre solides mentalement, cela nous a toujours manqué. Mais aujourd’hui, on a acquis ces deux qualités et je pense que c’est cela qui justifie qu’on soit en finale. Je pense aussi que ce sont ces deux qualités, entre autres, qui, je l’espère, nous permettrons vendredi de battre l’Equipe d’Algérie et de remporter le trophée.
Votre trajectoire est presque similaire à celui du sélectionneur. Comment vivez-vous ensemble ces moments historiques de notre football ?
Je pense qu’on est ensemble depuis bientôt 8 ans. Cela veut dire que je partage beaucoup de choses avec Aliou Cissé. Cela veut dire aussi, qu’il y a une confiance et un respect mutuels qui nous permettent de travailler, non seulement avec moi-même, mais aussi avec la fédération. Même si cela ne se passe pas toujours comme dans un fleuve tranquille. Mais cela aussi fait partie de la compétition, de la collaboration. Des fois, on a des contradictions, mais on les transforme toujours pour aller de l’avant. Je pense que c’est cette complicité, cet esprit de franche collaboration, cette relation et cette envie commune que nous partageons de faire quelque chose pour notre football, qui nous permet d’avoir beaucoup d’identité de vue sur beaucoup de questions. Et surtout, de nous retrouver par rapport à l’appréciation qu’on a de nos performances.
Et comment le jugez-vous dans cette Can ?
Moi, je dirais plutôt, nous, on l’a choisi. Donc, ce n’est pas à nous de le juger. C’est aux autres de le juger. Mais si on est objectif et qu’on regarde ce qu’il a fait depuis qu’il est là, on doit lui tirer le chapeau. Et quoiqu’il arrive ce vendredi, nous pensons qu’en Aliou, nous avons trouvé l’homme de la situation.
Et pourtant, il est beaucoup critiqué au pays ?
Dans nos pays en Afrique, on est plus dur contre nos nationaux, contre nos enfants. On ne leur donne pas le droit à la faute. On ne leur donne même le droit de pouvoir apprendre de leurs erreurs. C’est cela la difficulté. Mais pour Aliou, la preuve est là avec ces résultats enregistrés depuis qu’il est arrivé en 2014-2015 et même bien avant. Dès qu’il est arrivé avec les Olympiques, on a vu qu’il a mis de côté les considérations personnelles, les considérations crypto-personnelles, les divergences de vue même sur le plan technique. On doit lui reconnaitre son style. Il est arrivé à prendre l’équipe d’un point qui était loin du niveau actuel jusqu’à en faire la meilleure d’Afrique, sinon l’une des meilleures. J’insiste toujours sur un point que les gens ne regardent pas : j’ai pratiqué beaucoup d’entraineurs, mais le constat est que Aliou a réussi à faire passer son message aux joueurs qui se sont approprié son message. Quand vous voyez aujourd’hui ce groupe comment il vit, comment il travaille, cette sérénité qu’il dégage, cette force collective qu’il dégage, c’est parce que Aliou a pu faire adhérer les joueurs à son projet. Et ces joueurs y ont cru. C’est cela qui nous permet de voir que les choses vont dans le bon sens. Donc, concernant Aliou, je le dis et je l’ai toujours dit d’ailleurs, le Sénégal a bien fait de le mettre à la tête de son Equipe nationale et de lui donner le temps de travailler. Parce que nos entraineurs, c’est de cela qu’ils avaient besoin et qu’on ne leur avait jamais donné. Mais Aliou nous a donné des raisons de continuer à lui faire confiance contre vents et marrées.
Parlons de la finale. Remporter ce trophée serait la cerise sur le gâteau ?
Pour moi, ce ne serait pas la cerise sur le gâteau, mais un aboutissement logique de tous les efforts et de la progression constante de notre équipe, de notre fédération qui ont été faits ces dernières années, sous la houlette de Aliou avec l’appui aussi de l’Etat, il ne faut pas l’oublier. Aujourd’hui, gagner ce trophée, serait l’aboutissement de tout ce travail qui a été fait. C’est pour cela que nous sommes plus que motivés. Mais nous ne dormons pas sur nos lauriers. La finale n’était pas une fin en soi, c’était une étape qu’on voulait atteindre. On y est. On reste soudés, humbles, sérieux, mais forts dans nos têtes pour pouvoir relever ce défi.
On va retrouver l’Algérie, la seule équipe qui a battu le Sénégal dans ce tournoi. La tâche ne sera pas facile pour les Lions ?
Ç’aurait été difficile aussi, si on les avait battus, donc je ne vois pas le problème. C’était un match de poule. Mais là, c’est une finale. Chacun tirera les leçons du passé et je sais que les enseignements que nous tirerons, nous permettrons de faire en sorte que ce match soit à notre avantage.
Malheureusement, le défenseur Kalidou Kouli­baly sera privé de finale pour cause de suspension suite à un cumul de cartons. Est-ce que la Fédération compte faire appel auprès de la Caf pour lui permettre de participer à cette finale ?
Au stade où je vous parle, rien n’a été fait. Donc au moment où on se parle, il est éliminé. Je pense que le coach avait prévu toutes les éventualités. Sur le plan nominal, c’est une grosse perte, mais je pense que ses coéquipiers vont en faire un atout puisqu’ils vont se mobiliser et vont jouer pour lui. Je suis sûr que ce sera un plus.
Ce qui veut dire que la Fédération ne compte pas faire appel ?
A ce stade, rien n’a été décidé par rapport à ça.
On annonce la présence du gardien Edouard Mendy à cette finale. Vous confirmez ?
Oui bien sûr ! On avait déjà convenu avant qu’il ne parte que si son opération se passait bien, il viendrait participer à la fête, si nous arrivions au bout. On y est ! Donc, on espère que médicalement, il n’y aura pas d’obstacle à ce qu’il soit là. C’est notre vœu le plus cher. D’ailleurs, je m’en vais l’appeler tout à l’heure (hier matin) pour cela. C’est important qu’il soit là. Et quand ses partenaires le verront, ça va les motiver davantage. Ils vont jouer pour Kalidou et Edouard pour gagner ce trophée ensemble.
Un mot sur le décès du Secrétaire général du Parti Socialiste, Ousmane Tanor Dieng, un grand supporter de l’Equipe nationale…
C’est une énorme perte pour le football sénégalais qui a perdu un ardent supporter, un ardent amateur. Aussi longtemps que je me souvienne, avant même d’être président de la Fédération, je l’ai toujours trouvé, dans la loge, à tous les matchs du Sénégal. Il était même devenu un ardent défenseur de notre Fédération et de l’Equipe nationale. Il était de tous les combats. Il nous encourageait match après match. Il nous envoyait des messages, notamment à Abdoulaye Sow (vice-président de la Fédé) dont il était très proche. Aujourd’hui, c’est le Sénégal du football et du sport qui perd un membre de sa famille, mais aussi le Sénégal tout entier parce que c’est un homme de dimension très élevée qui a su apporter sa pierre à la construction de cette politique administrative de ce pays. Paix à son âme. Et surtout le meilleur hommage qu’on peut lui rendre, c’est justement, au moment où il vient de se reposer, qu’on puisse dans quelques jours, lui dédier ce trophée. Ce sera le meilleur hommage qu’on pourra lui rendre à travers le football que de lui offrir une Coupe d’Afrique.

wdiallo@lequotidien.sn

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