PARTAGER

Après avoir déposé une plainte contre Mansour Faye à l’Ofnac suite au scandale présumé du riz, Babacar Diop annonce une pétition pour le départ du même ministre du gouvernement. Le secrétaire général de Forces démocratiques du Sénégal (Fds) va plus loin d’ailleurs avec le régime de Macky Sall : «Ceux qui nous gouvernent méritent la guillotine.»

Quelle appréciation faites-vous du plan de riposte contre le Covid-19, notamment les vivres destinés aux populations ?
Tout le processus de distribution des vivres constitue un scandale. Mais tout est parti du décret présidentiel du 18 mars 2020, portant dérogation au Code des marchés publics pour les dépenses relatives à la lutte contre le Covid-19. Ce qui est sûr, c’est qu’après cette crise, les Sénégalais découvriront une situation renversante. Ce décret présidentiel est une boîte de pandore ouverte pour une manipulation peu orthodoxe des deniers publics. Les faits sont troublants. Monsieur Moustapha Tall, un importateur de riz connu et reconnu, a dit que 70% des commandes sont attribués à des gens qui ne sont pas connus dans le secteur de l’importation du riz. Et le ministre du Développement communautaire, de l’équité sociale et territoriale, Mansour Faye, a été incapable d’apporter des réponses qui dissipent nos angoisses. Il a soutenu qu’il ne connaissait pas Rayan Hachem. Cela signifie concrètement que demain un terroriste pourrait gagner un marché au Sénégal, sans être inscrit dans le registre de l’Apix. Ce ministre est vraiment irresponsable et incompétent. L’attribution frauduleuse de deux marchés pour l’achat de riz d’un montant de 17 milliards de francs Cfa à l’homme d’affaires Rayan Hachem, propriétaire des entreprises Avanti Suarl et Afri and Co, constitue un scandale. Dans quelles conditions l’homme d’affaires a gagné le marché de 9 milliards 625 millions de francs Cfa avec Avanti Suarl ? Comment Afri and Co, qui n’est pas enregistrée dans le registre des entreprises reconnues par l’Apix, a pu gagner un marché de 8 milliards 250 millions de francs Cfa ? Voilà des questions légitimes que nous avons adressées au gouvernement. En vérité, le Coro­navirus tue, mais il enrichit une caste de politiciens affairistes sans scrupule sur le dos des populations vulnérables.

Et le marché du transport des vivres…
La gestion du transport des vivres à l’intérieur du pays constitue un autre scandale. Alors que les transporteurs avaient offert leurs services au gouvernement pour participer à l’effort de guerre, Mansour Faye a décidé, frauduleusement et en violation flagrante de la loi, d’accorder le marché du convoyage du riz au député et homme d’affaires Demba Diop Sy, membre de la mouvance présidentielle : un véritable partage de «bouki». Le mandat de député est incompatible avec les fonctions de chef d’entreprise. Le coordonnateur du Forum civil, Birahim Seck, a soutenu publiquement et sans être démenti que l’entreprise Ude de Demba Diop Sy, qui a gagné le marché du transport des vivres, doit 350 millions de francs Cfa au Fisc. Certains ont même soutenu que le Tribunal de commerce hors classe de Dakar a ordonné la liquidation de l’entreprise Ude. Et comment une entreprise qui ne peut pas respecter ses engagements financiers peut gagner un tel marché ? Tout cela témoigne de la nébuleuse qui entoure la distribution des vivres. La caste de politiciens affairistes qui nous gouvernent ne reculent devant aucune honte pour s’enrichir.

Qu’est-ce qui vous a poussé à déposer une plainte de dénonciation contre Mansour Faye à l’Ofnac ?
Nous avons déposé une plainte auprès de la présidente de l’Ofnac pour demander l’ouverture d’une enquête sur l’attribution du marché des vivres et de leur transport parce que nous nourrissons des soupçons fondés de détournement de deniers publics. Les 69 milliards de francs Cfa qui ont été mobilisés doivent servir aux populations vulnérables et non à enrichir une caste de politiciens et d’affairistes véreux. La lutte contre le Covid-19 ne saurait être un prétexte pour justifier une manipulation frauduleuse des deniers publics. Nous demandons à l’Ofnac d’éclairer la lanterne des Sénégalais sur cette nébuleuse. Et sur le plan politique, je demande au président de la République de démettre son beau-frère de son poste de ministre. Ce ne serait que justice et équité. Il y a trop de scandales dans lesquels la famille présidentielle est impliquée : le frère, le beau-frère, l’oncle et le beau-père. C’est trop ! Nous avons besoin en ce moment de sérénité pour faire face à la pandémie. C’est pourquoi le Président doit prendre les mesures qui s’imposent pour rassurer les Séné­galais. La première doit être le limogeage de Mansour Faye. Dans les prochains jours, nous porterons une pétition publique pour la démission de Mansour Faye. Nous sommes en discussion avec d’autres organisations politiques et de la société civile. Pour nous, ce qui est clair, c’est que Mansour Faye ne peut pas rester à son poste et nous n’excluons rien.

Macky Sall parle de débat politicien en réponse aux accusations contre son beau-frère. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
La déclaration de Macky Sall montre que l’homme n’est pas à la hauteur de la tâche pour laquelle il a été élu. Mais cela ne nous surprend pas. Il y a quelques mois, il a eu la même position pour défendre son jeune frère. Que voulez-vous qu’il fasse ? Il ne peut que reconduire la même attitude à l’endroit de son beau-frère. C’est pourquoi nous avons toujours dénoncé l’implication de la famille présidentielle dans la gestion des affaires publiques. Malheureusement, sur cette question, il y a lieu de constater que Macky Sall fait pis que Abdoulaye Wade. Il y a plus de dix ans, on dénonçait l’implication de Karim et de Sindiély Wade dans la gestion des affaires publiques. C’est la même situation que nous vivons. L’entreprise de privatisation de la République est en marche. La famille du président de la République est au cœur des affaires de l’Etat. Aliou Sall, frère du Président, est cité dans plusieurs affaires et scandales. Il est impliqué dans l’affaire Petro Tim, il est aussi accusé d’être actionnaire de la Banque de Dakar (Bdk). Le système que nous dénoncions demeure structurellement inchangé. Il s’est même dangereusement aggravé et accentué. La seule chose qui a changé dans ce pays est que Abdoulaye Wade et Karim Wade ne sont plus au pouvoir. Ils ont été remplacés par Macky Sall, Aliou Sall et Mansour Faye. Le décor reste le même. Triste pays qui est incapable d’apprendre des leçons de son histoire la plus récente. Mais les démocrates debout ne se fatiguent jamais, ils continuent la lutte.

Pensez-vous qu’avec la nomination du général François Ndiaye il y aura de la transparence dans la gestion du Force-Covid-19 ?
La nomination du général François Ndiaye à la tête du Comité de pilotage ne changera rien. Cette décision tardive est une mesure de communication pour étouffer le discrédit qui est jeté sur la gestion nébuleuse des fonds de Force-Covid-19. Je rappelle que dans son adresse à la Nation du 3 avril, le chef de l’Etat avait annoncé la mise en place d’un Comité de pilotage du Force-Covid-19. Après l’indignation collective des Séné­galais provoquée par le scandale sur les marchés du riz et du convoyage des denrées, il crée finalement un Comité de suivi. Cette structure est une coquille vide. Le rapport final que ce comité va produire à la fin de la crise connaîtra le même sort que tous les autres rapports des corps de contrôle de l’Etat sur lesquels le président de la République a mis le coude pour protéger ses proches, auteurs de malversations. Toutes les opérations techniques et financières du Force-Covid-19 continuent d’être gérées dans la plus grande opacité par le gouvernent. En réalité, le général Ndiaye est seulement à la tête d’un Comité de suivi dépourvu de tout pouvoir.

Votre engagement en faveur de la baisse du prix de l’électricité vous a coûté la prison. L’Etat a payé les factures d’eau et d’électricité des ménages les plus démunis pour 2 mois. C’est une victoire pour vous ?
J’ai fait la prison avec huit autres camarades pour avoir manifesté contre la hausse du prix de l’électricité au Sénégal. Cette mesure montre que nous avions raison sur cette question. L’Etat pouvait bien alléger la souffrance des familles en revenant sur la décision unilatérale d’augmentation du prix de l’électricité. Par conséquent, j’encourage l’Etat à aller plus loin dans ces mesures prises pour soutenir les familles vulnérables. Plus de 6 millions de Sénégalais vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Je soutiens un Etat social, capable d’entendre les plaintes des Sénégalais qui vivent dans la pauvreté, un Etat qui lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics, un Etat qui doit comprendre qu’investir dans l’éducation, la santé, l’agriculture et l’industrie est devenu une sur-priorité. La justice sociale se mesure au sort réservé aux plus vulnérables. Au Sénégal, les plus démunis sont exclus des soins, de l’éducation et de l’emploi. Le Covid-19 est venu mettre à nu les mauvais choix politiques de Macky Sall. Nous sommes dans l’insécurité totale, parce que tous les secteurs stratégiques de notre pays dépendent de l’extérieur. Aujourd’hui, nous nourrissons des angoisses, nous craignons une crise alimentaire dans les prochaines semaines, parce que simplement le Sénégal est incapable de nourrir sa population. Du reste comme il est incapable de produire de la chloroquine. C’est un scandale. Le plateau médical du pays est à un niveau inacceptable alors que nous avons un personnel soignant compétent. La colère du Professeur Moussa Seydi, à la suite de sa visite à l’Hôpital de la paix de Ziguinchor, montre que nous ne sommes pas en sécurité. Ceux qui nous gouvernent méritent la guillotine. Leurs choix politiques ont été à l’origine de milliers de morts dans ce pays. Ce sont les gouvernants qui tuent les populations par des choix politiques irresponsables. La déclaration d’Abuja demande aux Etats, depuis 2001, d’investir 15% de leur budget dans la santé. Au Sénégal, le budget alloué à la santé a connu une baisse de 7 milliards en 2020 ; il se situe à hauteur de 191 milliards, c’est-à-dire moins de 5% du budget national. Pendant ce temps, on a préféré créer des institutions budgétivores pour entretenir une clientèle politique. Qu’est-ce que Macky Sall a fait pendant huit ans pour une école et une université performantes ? Il a préféré travaillé pour les intérêts étrangers. Il s’est endetté pour construire un Ter à hauteur de plus de 700 milliards de franc Cfa, le centre Abdou Diouf 60 milliards, Dakar Arena 65 milliards, le Stade olympique de Diamniadio 155 milliards et une Arène nationale à 32 milliards. Voilà les choix politiques hasardeux et irresponsables du régime de Macky Sall.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here