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Le commissaire divisionnaire et expert en sécurité est inquiet par rapport à la dégradation de la sécurité dans le pays, marqué ces derniers temps par des agressions, des attaques et par endroits des tueries barbares et atroces. Bassamba Camara, ancien patron de la police à Kolda et Tambacounda, appelle à une meilleure coordination des actions des forces de défense et de sécurité pour juguler le mal. Toutefois, conseil­le l’ancien commissaire divisionnaire, il faudrait aussi que les forces de sécurité s’adaptent aux nouvelles formes de délinquance.

Quelle lecture faites-vous de la recrudescence du grand banditisme ?
Il faut reconnaître l’évidence et constater ce phénomène prégnant qui empêche les populations de dormir. L’insécurité est belle et bien présente dans le pays. La sécurité des personnes et de leurs biens est un droit constitutionnel. Il incombe donc à l’Etat de prendre toutes les dispositions pour assurer la sécurité des personnes et de leurs biens, et d’assurer la paix et la tranquillité sur l’ensemble du territoire national. Et pour cela, il (l’Etat) dispose de moyens pour protéger les populations. L’Etat a le monopole de la violence légitime et est seul habilité à en user par l’intermédiaire de ses bras séculiers que sont la justice et les forces de défense et de sécurité. Il suffit d’y mettre la volonté.

Quelle est la solution ?
La solution c’est d’abord de mettre à la disposition des forces de défense et de sécurité les moyens pour protéger les populations, en effectuant un bon maillage du territoire national par la construction de commissariats de police et de brigades de gendarmerie. Ensuite, en effectuant des recrutements conséquents de personnels, en équipant et en modernisant les infrastructures sécuritaires et enfin en motivant et en protégeant le personnel chargé d’exécuter cette importante mission régalienne.

Les populations sont-elles en sécurité du moment où les malfrats n’épargnent même plus de nos jours les forces de défense et de sécurité ?
Les populations éprouvent un sentiment d’insécurité, car les agressions contre les personnes sont légion et très récurrentes. Ces derniers temps, il y a eu beaucoup de cas d’agression notés, beaucoup de viols, de meurtres, d’assassinats et j’en passe. L’Etat doit faire des efforts conséquents pour circonscrire le fléau qui peut menacer l’équilibre social. Il a certes procédé ces derniers temps à des recrutements de personnels et est en train de faire des efforts dans l’équipement et la modernisation des services de sécurité. Cependant, il faudrait aussi que les forces de sécurité s’adaptent aux nouvelles formes de délinquance et installer la peur dans le camp des malfaiteurs qui sont devenus très violents et très téméraires. Les délinquants n’hésitent plus à s’attaquer aux Forces de l’ordre et même à tuer des personnels en charge de la sécurité publique. Des cas d’assassinat de membres des forces de défense et de sécurité sont constatés avec amertume. En atteste l’assassinat du commandant de la Brigade de gendarmerie de Koumpentoum, récemment abattu par balle par une bande de malfaiteurs. C’est pourquoi il faudra surtout multiplier les opérations de sécurisation qui devront être régulières, coordonnées et bien planifiées. Ces opérations ne doivent plus se faire par intermittence lorsqu’il y a seulement des cas d’agression notés. De telles opérations qui se font sous le coup de l’émotion ne sont pas efficaces et ont montré leurs limites. Elles ne répondent pas aux attentes des populations, car elles sont en fait juste des opérations de «tranquilisation». De plus en plus, les Forces de l’ordre doivent être moins bureaucrates et investir réellement et de manière permanente le terrain tous les jours et à tout instant. Les zones criminogènes doivent être identifiées, investies et assainies à tout moment. La peur doit changer de camp, c’est ce qu’attendent les populations. Les opérations combinées entre la police et la gendarmerie doivent être multipliées et mieux coordonnées pour aboutir aux résultats escomptés.

Le bureau des douanes de Mous­sala vandalisé, des armes volées, vous en dites quoi ?
Le cambriolage du bureau des douanes de Moussala pose un grave problème de vulnérabilité de certaines de nos structures de sécurité isolées. Le cas de Moussala est d’autant plus grave que la brigade se trouve à la frontière entre le Sénégal et le Mali. Ce dernier pays connaît des soubresauts qui l’ont plongé dans une situation sécuritaire difficile. Donc il faudra traquer jusque dans leurs derniers retranchements les auteurs de cette forfaiture et surtout travailler à renforcer la sécurité dans les services de sécurité éloignés et isolés. Il faudra aussi que les personnels en service dans ces unités fassent preuve de beaucoup de vigilance. Ce qui s’est passé est très grave.

Quels conseils de votre part pour une bonne gestion de la question sécuritaire au niveau des frontières ?
Les zones frontalières sont très sensibles et les personnels en charge de la sécurité sont exposés. Aussi faudrait-il renforcer les effectifs dans ces structures, les équiper et les moderniser. En dehors de la problématique de la question de l’insécurité dans le pays, il faudra que notre pays prenne ses dispositions pour faire face à une autre menace : le terrorisme et l’extrémisme violent. Nos frontières doivent être mieux protégées pour éviter d’éventuelles incursions des terroristes dans notre pays. La vigilance est donc sérieusement recommandée. La sécurité n’a pas de prix, mais elle a un coût. Et il ne peut y avoir de développement sans sécurité. Les autorités au plus haut niveau sont conscientes de ce phénomène et doivent doter de moyens conséquents les forces de sécurité et de défense pour pouvoir prévenir les risques et lutter efficacement contre la délinquance et l’extrémisme violent. Des commissariats spéciaux sont en train de voir le jour au niveau de nos frontières. De même, des patrouilles mixtes régulières sont en train d’être menées par les forces de défense et de sécurité. Seulement, il faut que les éléments au front soient mieux formés, équipés et bien motivés.

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