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Daouda Niang, maire de Rufisque, est d’avis que le ministre de la Pêche et de l’économie maritime est le responsable du blocage de son projet Dakargate qui peut régler plusieurs problèmes de la Vieille cité. L’édile le fait savoir dans cet entretien, tout en y dégageant en touche l’idée de la fermeture des canaux à ciel ouvert. Convaincu des potentialités de la ville pour devenir un pôle économique et touristique incontournable, il n’attend, pour ce faire, qu’une chose de l’Etat : que les projets de la ville soient enrôlés dans le Plan Sénégal émergent.

Vous avez ficelé un projet sur le long terme à travers les assises. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Nous avons pensé qu’il fallait réfléchir avant d’agir. Et l’idée assez originale que l’on ne retrouve pas dans le monde, en tout cas pas en Afrique, de convoquer les assises d’une ville. C’était des assises réelles avec la participation de toutes les franges de la population. Nous avons conclu sur une année de réflexion et les conclusions ont été consignées dans un document appelé Pdud (Plan de développement urbain durable) 2015-2035. Nous y avons souligné des problèmes prioritaires 2015-2020. Après la mise en place de ce document, nous avons commencé à régler les problèmes urgents qui étaient l’électricité, le désencombrement, le curage des canaux… Nous avons fait cela et eu à faire des propositions concrètes. Nous avons continué par chercher des moyens à la hauteur de nos ambitions et cette recherche nous a amenés à trouver des partenaires prêts à investir à Rufisque.

Concrètement, qu’est-ce que vous attendez donc de l’Etat ?
Que le gouvernement nous donne des milliards n’est pas peut-être chose facile ! Durant le Conseil des ministres décentralisé, nous avons déposé le document  sur la table  du Premier ministre et des ministres concernés. Nous l’avions aussi remis au président de la République pour aller dans le sens d’éradiquer définitivement trois questions que lui-même a soulignées en disant que ce sont les maux de Rufisque : le manque de travail pour les jeunes, l’avancée de la mer et les canaux à ciel ouvert. Il faut, en passant, remercier le président de la République qui a accepté d’inscrire dans le Pse le projet Carré d’or d’un montant de 49 milliards qui ambitionne de reconfigurer la ville. Mais on aura beau reconstruire le centre-ville, si on n’arrête pas la mer, nous serons toujours dans le précaire. Nous avons des moyens pour faire le Dakargate, les 158 milliards pour le réaliser sont là. Nous sommes aussi en train de préparer Rufisque ville neuve pour un montant de 160 milliards de francs. Et pour cet argent, nous ne demandons absolument rien à l’Etat. Ce que nous voulons, c’est qu’il nous accompagne et qu’il mette tous nos projets dans le Pse. La ville ne dépense pas de l’argent. Idem pour l’Etat. Ce sont des investisseurs réalistes qui, dans le cadre d’un partenariat public-privé, sont prêts à mettre de l’argent.

 Qu’est-ce qui bloque alors ce projet depuis lors ?
Ça traîne encore malheureusement et c’est le ministre Omar Guèye qui en est le responsable. Malgré le quitus du Premier ministre, la position des scientifiques de l’Agence nationale des affaires maritimes (Anam), le ministre de la Pêche et de l’économie maritime n’accepte pas de nous recevoir pour pouvoir avancer. Depuis le 3 août 2016, nous lui avons envoyé une correspondance, mais jusqu’à ce jour (l’entretien s’est déroulé le 15 décembre) il n’a daigné nous rencontrer ni même nous répondre. On ne voit pas pourquoi il voudrait bloquer cette occasion de faire de Rufisque une ville plus attrayante que les pôles urbains. On a beau avoir des pôles, mais Diamniadio n’a pas de mer, ni de patrimoine bâti qui puisse intéresser les touristes et pas des canaux à transformer. Nous sommes conscients que nous sommes capables de faire de cette ville un bijou.

La fermeture des canaux, récemment rappelée par le directeur général de l’Onas, n’est-elle pas alors en contradiction avec votre volonté ?
Fermer le canal, c’est créer une poudrière. Il y a beaucoup de branchements à l’égout. Et ce sera, avec quelques décompositions expliquées par des techniciens, le lit d’une concentration avec les acides qui risquent d’être une bombe écologique pour les populations. Ce que nous voulons, c’est que les canaux soient «reprofilés» en des voies navigables pour de petites embarcations et aménager les bords pour en faire des espaces marchands. Cela va permettre à la houle d’août et septembre de s’enfoncer dans ces canaux comme cela a été le cas quand nous étions jeunes. On aura la possibilité de faire travailler la population et c’est ça qui rendra la ville plus attractive. Cepen­dant, si d’aventure l’option définitive doit être de fermer le canal, que l’Etat prenne les dispositions pour que ce ne soit pas une bombe écologique. Il faut protéger les populations. Nous sommes pour l’option d’ouverture parce que fermer le canal n’aura aucune fonction sinon d’être transformé en une rue. Pour nous, il faut donc «reprofiler» les canaux à ciel ouvert et en faire des voies navigables. C’est ça qui va permettre de dessiner un circuit touristique intéressant et montrer Rufisque à tous ceux qui viendront au Sénégal. L’objectif est de faire en sorte que, quand quelqu’un descend au Sénégal, il veuille venir visiter Rufisque qui sera avec ces projets un pôle économique, culturel et touristique. Nous avons tout le dispositif pour faire d’elle une ville attrayante en tous points.

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