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La décision du chef de l’Etat de rouvrir l’économie est une bonne chose, selon El Hadji Malick Guèye. Le député de l’opposition ne partage donc pas les critiques de son «ami» Ousmane Sonko sur les mesures d’assouplissement. Le responsable du Grand parti milite pour la «contestation politique objective».

Quelle lecture faites-vous de la gestion de la pandémie du Covid-19 depuis l’apparition du premier cas au Sénégal ?
Nous sommes face à une pandémie qui, depuis plus de deux mois, commence à prendre des niveaux assez visibles. C’est une maladie très contagieuse qui nécessite que tout un chacun prenne des gestes barrières. Les mesures que le gouvernement a prises depuis cette unité nationale autour de la loi d’habilitation seront évaluées. Le président de la République le fera parce que nous lui avons donné les pleins pouvoirs pour qu’il puisse gouverner par ordonnance. Mais il faut noter qu’il y a eu beaucoup de faiblesses quand même dans la distribution du riz, dans le Comité de suivi du Force-Covid-19, entre autres. Il faudra clarifier tout cela le moment venu.

Que pensez-vous justement de ce Force-Covid-19 et de son Comité de suivi dirigé par un militaire ?
Le Général François Ndiaye est une personnalité respectée et respectable dans ce pays. Je pense en revanche qu’il fallait d’abord mettre en place ce Comité de suivi avant toute action, parce que ça devait être un vrai comité qui devait gérer la pandémie dans sa dimension économique. Malheu­reu­sement, les marchés des denrées alimentaires et ceux de leur convoyage ont été attribués. Par conséquent, le Comité de suivi a été mis devant le fait accompli. Maintenant, je pense que le Général Ndiaye va encadrer la distribution au niveau des populations et les réclamations de l’utilisation des fonds du Force-Covid-19 pour ensuite faire un rapport au président de la République. Il ne faut pas que le chef de l’Etat fasse de cet éventuel rapport comme il l’a fait avec la Cnri de Amadou Makhtar Mbow, en prenant ce qui l’arrange. Pour ce qui est de l’environnement économique, est-ce que le comité ne va pas demander au président de la République de faire une ordonnance pour demander aux banques de jouer le jeu ? Jusqu’à présent, les banques n’entrent plus dans la réalité du financement du Force-Covid-19. Elles sont toujours dans la communication et le comité devrait normalement leur demander d’accélérer la cadence pour aller vers la prise en charge de l’environnement économique.

En tant que parlementaire et membre du Grand parti, que pensez-vous de l’affaire des marchés du riz ?
Je pense que le président de la République n’avait pas besoin de distribuer du riz. Depuis le début, je pensais que cela aurait été plus moins compliqué si l’option des services de transfert d’argent aux bénéficiaires était retenue. C’était moins fatigant et plus transparent. Il n’y aurait pas de polémique sur l’attribution des marchés de denrées ni sur ceux des camions pour les acheminer. C’est ce que la Côte d’Ivoire a fait. Le Président ivoirien a fait un cash transfert pour les plus démunis et on aurait soutenu en même temps nos services de transfert d’argent qui appartiennent à des compatriotes, mais qui sont écrasés par des étrangers. Je ne manquerai pas d’ailleurs de le proposer à la Commission finances et économie de l’Assemblée nationale. Donc, la distribution est déjà compliquée et le critère des bourses familiales n’est pas assez fiable. D’ailleurs, certains gouverneurs ont pris leurs responsabilités en ce sens parce qu’on a vu, dans une seule maison, une dizaine de personnes bénéficiaires des bourses familiales. Certains accusent l’Apr d’avoir politisé ces bourses en les octroyant à leurs militants, alors qu’ils ne sont pas les ayants droit. Donc ça aussi, c’est un problème que le Comité de suivi devrait prendre au sérieux.

Etes-vous rassuré par la reprise des cours pour les classes d’examen le 2 juin ?   
Je fais partie des gens qui pensent que valider cette année pourrait être un échec politique de la part du gouvernement. On ne peut pas le faire alors qu’il n’y a même pas eu quatre mois de cours. Il faudrait peut-être poursuivre l’année scolaire jusqu’au mois de décembre, qu’il n’y ait pas donc de vacances et qu’on s’adapte à l’hivernage. C’est dire que le problème est complexe, surtout, semble-t-il, les enfants sont souvent des porteurs asymptomatiques. Puisque c’est une décision qui est prise, nous espérons que l’Etat va prendre toutes les dispositions le 2 juin pour que les élèves et les enseignants puissent être dans des conditions optimales de sécurité sanitaire. Je pense qu’il faut écouter les arguments de tous les acteurs, parce qu’il y en a qui ne sont pas d’accord avec l’Etat pour cette reprise. Et puis, je ne vois pas la pertinence d’ouvrir les classes d’examen et laisser les autres. La Terminale ne me semble pas plus importante parce que si on ne fait pas une bonne Seconde et une bonne Première, on ne fera pas une bonne Terminale. Cela va impacter le niveau des élèves dans les prochaines années. On risque de valider une année qui n’est pas normale.

Quelle appréciation faites-vous du discours du Président Macky Sall du 11 mai dernier ?
Le président de la République a pris des mesures d’assouplissement du couvre-feu, des transports terrestres, des lieux de culte… C’est sous la pression qu’il a pris ces décisions pour ne pas frustrer les religieux. Même si beaucoup de mosquées et même l’Eglise n’ont pas suivi le Président. Il l’a fait pour ne pas provoquer une tension avec les chefs religieux et non par conviction. C’est pourquoi certains foyers religieux ont pris une position antagoniste par rapport à la position du président de la République. Maintenant, pour les autres mesures liées à l’économie, c’est tant mieux parce qu’on ne peut pas fermer l’économie pendant longtemps. Sinon cela aboutirait à une crise économique qui va installer la famine dans ce pays. Nous sommes à l’approche de l’hivernage et la situation dans le monde rural va devenir de plus en plus grave, même si l’aide alimentaire qui sera distribuée va soulager des familles. Et puis, le Sénégal peut-il fermer son économie et vivre en autarcie alors que d’autres pays comme la France, les Etats-Unis, l’Espagne, l’Italie, entre autres grandes puissances, reprennent leurs activités économiques ? Peut-on fermer notre économie quand on a plus de 1 300 malades et 15 cas graves, là où ceux qui ont ouvert font face à plus de 30 mille morts ? Donc, je pense que le chef de l’Etat, sur ce point, a pris le juste milieu. En tant qu’opposant, je l’encourage dans cette démarche et nous sommes dans un élan d’unité nationale pour sortir de cette situation-là. Je pense qu’il ne faut pas insulter l’avenir. Il est à son dernier mandat et le futur Président sera confronté lui aussi à ces réalités.

Que pensez-vous de la réplique de Sonko au discours du Président Macky Sall ?
Ousmane Sonko est un ami. J’ai partagé avec lui beaucoup de points de vue à l’Assemblée nationale comme sur l’affaire des 94 milliards. C’est un jeune sur qui le Sénégal de demain peut compter. Il a été candidat à l’élection présidentielle et a obtenu 15%. C’est une fierté pour notre génération. Mais cela ne m’empêche pas d’exprimer mon désaccord avec lui quand il le faut. Je pense qu’il faut qu’on change de paradigme en matière de communication politique. Le Sénégal n’est plus dans l’offre de syndicalisme politique, l’offre d’invectives. Il faut qu’on s’accorde sur le fait que la mesure présidentielle d’ouvrir l’économie n’est pas une mauvaise chose. C’est là où je ne suis pas d’accord avec Sonko, parce que si on ferme l’économie, dans trois mois, nous allons avoir une crise sans précédent. On risque de voir pire que le coronavirus, c’est-à-dire la famine qui n’épargnera personne, y compris les politiques que nous sommes. Le Président Macky Sall est un adversaire, mais quand il prend une bonne mesure, nous ne devons pas avoir le complexe de le dire. Moi je ne crois pas à la contestation politique non objective. Nous sommes dans un pays où il faut régler la paix sociale.

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