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Après seulement un an à la tête de l’Union africaine de radiodiffusion (Uar), le directeur Grégoire Ndjaka a réussi, dans un contexte pourtant difficile, à décrocher les droits de retransmission de la Can 2017, prévue du 14 janvier au 5 février. Un «exploit» que M. Ndjaka et ses membres doivent en grande partie au président de la République, Macky Sall, pour sa plaidoirie au sein de l’Union africaine (Ua). Elu pour quatre ans, Grégoire Ndjaka a réussi avec son équipe à trouver un accord sur les huit prochaines compétitions, organisées par la Caf, pour les deux années à venir.

L’Uar a réussi à avoir les droits de retransmission de la Can 2017 au Gabon. Comment se sont déroulées les négociations avec le Groupe Lagardère ?
Au début, personne ne prenait ces négociations au sérieux. Je me rappelle, lorsque j’ai appelé un ami pour lui dire qu’on allait entrer en négociations avec le Groupe Lagardère et la Caf, il me dit : «Là, tu es en train de jouer la fin de ta carrière parce que devant toi, tu vas trouver des grands, des baobabs…» Je lui dis qu’on va essayer quand même. A ce moment précis, je n’étais pas sûr du soutien politique du Président Macky Sall. Alors, quand le monsieur me dit ça, je me suis moi-même demandé si je n’allais pas affronter des dinosaures. Mais je me suis dit que je suis dans un pays avec un chef d’Etat jeune et qui a été Premier ministre. Donc, il connaît bien les questions de football, de droit de retransmission. Je me suis donc ouvert au directeur général de la Rts, Racine Talla, pour lui faire part de mon projet. Et tout de suite, il a adhéré en me disant : «On va y aller.»

Apparemment, les choses sont allées vite par la suite…
Effectivement. Juste une semaine après, il me dit que le Président Macky Sall est d’accord pour porter le plaidoyer. Nous avons donc convoqué l’Assemblée générale et quelques jours après, le directeur de la Rts m’appelle pour me dire que le président de la République nous reçoit demain. Et là, je dis que ça devient sérieux. Le jour venu, on s’est retrouvé au Palais. C’était la première fois que je rencontrais le président de la République du Sénégal. Il me dit que c’est une affaire qui nous concerne tous. A partir de là, il m’a mis en confiance. Et dans le plaidoyer du Président Sall, il y avait tous les plans d’action. Il fallait tenir compte des intérêts de toutes les parties. Que les prix soient abordables pour tout le monde ! Et nous avons travaillé dans ce sens-là. Nous avons tout de suite écrit au Groupe Lagardère en passant par la Caf. Ensuite, il y a eu un contact téléphonique. Dans ce genre de choses, le plus important, c’est de mettre les gens en confiance. Ils voulaient venir à Dakar. On leur dit que ce n’est pas la peine que c’est plutôt nous qui allons venir à Paris. Le Groupe Lagardère a compris que nous venions pour construire. Nous avons compris à notre tour que ce sont des gens qui voulaient savoir ce qu’il y avait dans nos têtes. On les a mis en confiance jusqu’à ce qu’il y ait eu cet accord.

Est-ce que sans l’implication du Président Macky Sall l’Afrique aurait pu avoir les droits de la Can 2017 ?
Non ! Très franchement, si le Président Macky Sall n’était pas intervenu dans cette affaire, elle aurait pu aboutir dans peut-être cinq, six ou sept ans. Quand un homme politique de cette envergure a pris sur lui de porter le plaidoyer et surtout de faire comprendre qu’il était juste, honnête, du coup tout le monde a commencé à prendre cela au sérieux, y compris les organismes membres. C’est après le plaidoyer du Président Sall qu’on a eu une trentaine de membres. Cela a été un catalyseur pour ceux-là. Nous ne pouvons que l’en remercier. Lors du sommet de l’Union africaine à Kigali, les chefs d’Etat ont pu signer la résolution. A ce niveau également, nous pensons que l’action du Président Macky Sall a porté ses fruits.

Avez-vous rencontré des problèmes dans d’autres pays lors des négociations ?
Nous avons eu une trentaine de mandants. Nous avions demandé environ une quarantaine. Nous ne pouvons pas dire que nous avons eu des problèmes avec ces pays. Il y a peut-être des pays qui n’ont pas très bien compris le sens de notre démarche. En Afrique, les gens sont souvent très prudents quand c’est une grande première.

Parlez-nous des tarifs. Est-ce que c’est l’Uar qui fixe les prix par membre ou c’est le Groupe Lagardère ?
Disons que nous avons commencé par classifier les pays. Les pays qualifiés, les pays qui n’étaient pas qualifiés, mais qui ont une économie importante, les pays qui ont une économie moins importante, les pays qui étaient en situation difficile, c’est-à-dire la guerre, la pauvreté entre autres… Nous nous sommes entendus sur cela. C’était vraiment des discussions ouvertes. Et je crois que le Groupe Lagardère garde de notre structure l’image d’une équipe qui connaissait bien le dossier.

Est-ce à dire que c’est l’Assemblée générale organisée à Dakar qui vous a permis de construire cette équipe ?
Bien sûr ! Vous savez, je sors d’un organe qui s’appelle Cameroun radio-télévision nationale où j’ai été conseiller du directeur général et j’étais chargé des négociations des droits. Avant d’être conseiller, j’ai été directeur de la Coopération. Donc, je suis depuis plus de dix ans chargé de cette question. Je vois comment nos pays traversent ces difficultés. Je connais les hommes qui travaillent chez Lagardère. Je connais les problématiques de nos chaînes de télévision. Donc, quand j’arrive ici, je me dis que c’est la première chose à laquelle je vais m’attaquer. Lorsque l’idée est née, je me rends compte que la réalité est partout la même. Nous avions une bonne connaissance du dossier.

On parle souvent d’intermédiaire dans les négociations des droits de retransmission. Est-ce la fin pour ceux-là qui en ont fait leur business ?
Vous avez raison ! Nous pensons qu’il faut revenir à la tradition. Lorsque l’Urtna a été créée, l’une de ses missions premières, c’était de négocier les droits de retransmission. C’est par la suite qu’il y a eu l’histoire des intermédiaires. Et quand on est arrivé, il était important de revenir à la tradition. Celle d’aider nos organismes membres de négocier collectivement. Disons que les intermédiaires ne nous laissent pas tranquilles. Je vais vous faire une révélation : depuis notre arrivée à la tête de l’Uar, nous avons répondu à deux appels d’offres. Et pour ça, on avait ces intermédiaires. Il suffit de savoir comment travailler avec ces gens-là. Le plus important, c’est d’être à l’écoute des membres de manière permanente. C’est cela la mission de l’Uar et forcément les résultats seront au bout.

Est-ce qu’il y avait des risques de ne pas avoir les droits de retransmission de la Can 2017 ?
Non, il n’y avait pas de risques. Mais par contre, il y avait des risques que certains médias de service public ne diffusent pas la Can. Et cela, ce n’est pas bien. Une chaîne de télévision d’un pays voisin du Sénégal avait décidé de pirater le signal de la Rts et c’est mauvais. D’abord, pour l’image de la Rts et ensuite pour celle de ce pays-là. Nous avons voulu éviter ce genre de choses. Nous pensons avoir donné à tout le monde la possibilité de regarder les matchs de la Can. Lorsqu’un pays comme la Centrafrique qui payait 500 mille dollars, et qui aujourd’hui doit payer 15 mille euros, si maintenant il n’y a pas d’images des matchs de la Can dans ce pays, on ne dira pas que l’Uar n’a pas fait son travail. On ne dira pas que les chefs d’Etat n’ont pas fait leur plaidoyer. Si un chef d’Etat réussit à faire baisser les prix de 97%, de par sa prise de parole, on peut dire qu’il est allé au-delà de l’espoir qu’on pouvait attendre de lui.

Avec tout ce bilan, est-ce la fin des négociations individuelles ?
Cela dépend des Etats membres. Ils vont chacun évaluer le travail que l’Uar a eu à faire. Il faut savoir que nous sommes une structure essentiellement administrative, mais la politique globale de l’Uar est définie par les membres. Si les membres nous disent, monsieur le directeur vous arrêtez les négociations collectives, on s’exécute parce que nous sommes des serviteurs.

Peut-on avoir le montant global qui sera payé par les Etats membres ?
C’est beaucoup de centaines de millions d’euros. Nous pourrons parler de ce montant lorsque tous les pays auront signé l’accord avec le Groupe Lagardère et se seront acquittés de leurs droits. Parce que le tout n’est pas de signer le contrat, il faut le traduire en actes.

Est-ce qu’il y a des pays déjà engagés ?
Je peux vous dire avec beaucoup d’assurance que le Sénégal s’est déjà engagé. C’est le cas pour la Guinée. Peut-être qu’au moment où nous parlons, il y a en d’autres qui sont en train de signer.

Au-delà des droits de retransmission de la Can 2017, quels sont les autres dossiers sur lesquels l’Uar travaille ?
Nous avons beaucoup de dossiers. Il y a le dossier de la Coupe du monde. Nous étions les détenteurs des droits de la Coupe du monde dans le cadre d’un partenariat entre nous et la Fifa. Mais depuis cette année, ce partenariat a été dénoncé par la Fifa et elle nous a imposé l’appel à candidatures. Nous avons répondu à l’appel à candidatures et si je m’en tiens à certaines indiscrétions, notre candidature n’est pas mal placée. Donc, si jamais la Fifa nous donne l’opportunité d’avoir ces droits-là, il va falloir qu’on travaille là-dessus pendant toute l’année 2017, à commencer par la Coupe des confédérations qui aura lieu très bientôt. Ensuite, il y aura l’apothéose qui sera la Coupe du monde. A côté de cela, nous avons le One minute project qui devrait permettre à l’Uar d’avoir les moyens de sa politique. Ce projet est relatif à un système d’échange de contenus. Il y a aussi, dans les projets, la numérisation des archives de l’Uar basées à Nairobi au Kenya. Dès que je suis arrivé, j’ai saisi la Francophonie qui nous a permis de faire une évaluation de ces archives. Maintenant, il faut qu’on trouve des moyens pour pouvoir les numériser et les mettre à la disposition de nos organismes membres. Ici, on ne dort pas. Il faut redorer le blason de l’Uar en posant tous ces actes, en provoquant l’admiration des autres. Et dans le court terme, nous avons notre 10e anniversaire et l’Assemblée générale qui devrait se tenir courant février 2017 ici même à Dakar.

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