PARTAGER

En marge du point de presse du Festival Africa fête, l’artiste malien Habib Koïté,  a accepté de se confier à nos lecteurs, en se prononçant sur le mbalax, son envie de faire des duos avec les artistes sénégalais et sur la nouvelle génération de musiciens maliens, notamment Sidiki Diabaté qui pour lui, est un digne héritier.

A ceux qui ne vous connaissent pas, qui est Habib Koïté et quelle musique faîte-vous?
Je suis un musicien malien né au Sénégal. J’ai donné un nom pour la musique que je fais : le danssa-doso, le danssa c’est un rythme de notre ville qui est à la frontière du Sénégal. C’est un rythme qui vient du bord du fleuve et qui est le rythme populaire des khasonkés. Et moi je suis un khassonké. Le doso, c’est le chasseur, la confrérie des chasseurs qui eux aussi ont une musique très spéciale, qui chante la bravoure et la spiritualité qui existe entre l’homme et les animaux. Je fais don la musique de mon terroir : le Mali…. J’ai donc donné ce nom danssa-doso comme la rencontre de micro-culture malien.

Que pensez-vous du mbalax, la musique du Sénégal ?
C’est un rythme endiablé, mais celui qui danse est plus endiablé que le rythme. Parce que quand ça danse, souvent on a l’impression que le danseur de mbalax flotte. On a l’impression que la pesanteur n’agit pas sur lui. C’est comme s’il ne se posait pas par terre. A chaque fois qu’il touche la terre, il rebondit encore. Je pense que c’est l’un des pas de danse les plus riches en mouvement corporel.

Vous êtes l’un des artistes africains qui tourne le plus dans le monde. Depuis 23 ans, vous n’êtes pas fatigué d’arpenter les routes du monde ?
Non. Depuis le début ça a toujours été un plaisir. Et plus c’est long, mieux je découvre d’autres plaisirs. L’épuisement physique, oui ça arrive, les années passent, on n‘a pas toujours 20 ans, mais on tient le coup. J’ai commencé à faire ça à l’âge de 30 voire 35 ans, donc aujourd’hui les forces diminuent. Mais ma passion reste toujours vive et j’ai toujours du plaisir à aller jouer devant d’autres personnes qui ne connaissent pas la culture malienne. J’ai toujours le plaisir de prendre ma guitare et de faire de la musique pour les autres.

Depuis 2ans et demi, vous n’avez pas sorti d’album. Pourquoi?
Mes albums sont espacés souvent de 5 ans. Tellement je bouge beaucoup, je n’ai pas de temps pour faire de nouveaux morceaux. Cela fait effectivement 2 ans et demi que mon dernier album est sorti et ça s’appelle Soo, qui signifie, en bambara Ce soir.

La scène malienne se renouvelle avec Rokia Traoré et d’autres artistes com­me Sidiki Diabaté. Quelle appréciation avez-vous de ce dernier ?
Ah oui ! La jeunesse surtout Sidiki, qui est le plus jeune est tout le temps accompagné par mon neveu Ngouille Koité aussi. Ils font plein de choses ensemble, parce que moi aussi j’ai fait beaucoup de choses avec son père, Toumani Diabaté. Mais ce qui se passe, c’est que Sidiki Diabaté a vraiment crevé les plafonds. Il est venu avec quelque chose et c’est comme si les gens connaissaient ce qu’il fait avant. C’est moderne et c’est nouveau. Pourtant, il ne s’est pas éloigné des sources, des origines. Il a cette voix qui est très candide, et très mélodieux, parce les mélodies qu’il utilise sont les mélodies mandingues de la chanson du griot. Donc c’est des mélodies populaires que tout malien, dès qu’il écoute, il le ressent. Aussi ces mélodies sont pleines de poésies. Certains disent que c’est très simple ce qu’il fait, mais ce n’est pas facile d’être simple. Parce qu’il dit des choses que personne n’a jamais dit encore. Il a fait quelque chose de nouveau et les gens sont très près de ça. C’est nouveau mais on connait. Je pense qu’il a fait vraiment quelque chose de fabuleux dans la musique à  partir de la base de certaines musiques standard mandingues, de la kora. Il a puisé beaucoup de choses dans le jeu de la kora. Sidiki est aussi un virtuose de la kora. C’est un jeune homme qui est né et a grandi avec la kora. Quand il te la joue aussi, tu retournes vers son père. Sidiki, c’est vraiment le top de la nouvelle génération au Mali.

En tant que natif de Thiès, envisagez-vous de faire un duo avec un artiste sénégalais?
Oui ! Je souhaite un jour faire quelque chose au Sénégal. Je l’ai toujours souhaité, mais je ne l’ai pas encore réalisé. Un jour, j’ai même parlé avec Mbaye Dièye Faye. Je lui ai dit et on s’est dit : «oui on va s’appeler», et donc c’est mon appel qu’il attend peut-être (rires). J’avais un morceau-là, sur lequel je voulais parler du Dakar Niger, le train Dakar-Niger…Vous savez votre gare ici au port-là (Ndlr, Il fait allusion à la gare ferroviaire de Dakar), le symbole de la gare commence à se ternir et c’est dommage. Car c’est un endroit magnifique et les bâtiments sont très beaux, mais le chemin de fer est en train de mourir. Nos trains voyageurs ont disparu, les rails ont été négligés au profil du commercial. Tous les villages qui étaient traversés par ce train, se nourrissaient du passage du train avec les voyageurs et le voyage dans le train était très agréable. Ce qu’on est en train de perdre, on ne s’en rend pas compte nous-même. C’est comme si on voit quelqu’un qui est en train de se noyer et on le laisse se noyer. Je voulais donc faire une chanson sur ça : Dakar-Niger. J’ai souhaité le faire avec Mbaye Dièye Faye, bien sûr avec Youssou Ndour. Mais je voulais passer par Mbaye Dièye pour organiser le coté rythmique et tout ça, ou avec Coumba Gawlo  Seck, pourquoi pas ?

En 2002 vous étiez ici pour Africa fête. 14 ans après, vous reveniez pour le même évènement. Cela vous fait quoi ?
Cela montre que le Festival Africa fête, existe et évolue et c’est un des plaisirs de la vie de pouvoir vivre en bonne santé longtemps et de continuer à rencontrer ses amis, et à  les voir aussi en bonne santé. Je ressens un immense plaisir quand on m’invite encore 14 ans après, après 2002. Et puis, quand je viens 14 ans après, je me rends compte de ce qui a évolué. Je suis dans l’espace culturel Blaise Senghor ici, et moi j’étais ici en 1990. Cela fait maintenant 26 ans. Donc là, je suis en train de faire un pas en arrière 26 ans après… Je viens dans cet espace avec beaucoup de souvenirs, avec des ateliers que j’ai faits avec des Américains qui viennent du Missi gan, et d’autres musiciens de la sous-région. Je retrouve ces locaux et je les retrouve évolués et améliorés. En somme, on avance.

Quels sont vos projets du moment?
Je suis venu d’Haïti, il y a 20 jours, pour un projet qui parle d’artistes pour la paix et la justice. Ce projet est initié par Jackson Brown, un musicien californien des années 90. Donc,  il y a 20 jours on enregistrait différentes musiques et si ça sort, on va véhiculer à travers cet album, le message de la paix à travers le monde.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here