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Au sortir d’une session du Conseil départemental de Vélingara, le Secrétaire général du Rassemblement pour la citoyenneté et le développement (Rcd), Ibrahima Barry, a accordé un entretien au journal Le Quotidien. Le président du Conseil départemental de Vélingara a abordé la question foncière dont la solution, selon lui, est de mettre les services du cadastre en zone rurale. Les inondations et la question du 3ème mandat sont également abordées.

Vous êtes Secrétaire général d’une formation politique (le Rassemblement pour la citoyenneté et le développement) qui revendique son ancrage dans la mouvance présidentielle et pourtant au niveau local, on ne vous voit pas cheminer avec les membres de la coalition Benno bokk yaakaar.
Nous sommes dans la mouvance présidentielle. Le Rassemblement pour la citoyenneté et le développement (Rcd) est membre de la coalition Benno bokk yaakaar. Nous accompagnons le président de la République dans la politique qu’il mène pour le Sénégal. Il est informé de nos activités. Aucun nuage entre le Président Macky Sall et nous. Maintenant, au niveau local, nous ne sommes pas souvent invités dans les activités de la coalition. Cela se comprend. Il y a des batailles pour leadership local qui font qu’il y a des divergences entre le Rcd et certains individus. Mais au sommet, il n’y a aucun problème, il n’y a pas de nuages entre le chef de l’Etat et nous par rapport à notre fidélité à lui, à notre ancrage à la coalition Benno bokk yaakaar.

Le Sénégal connaît des inondations, particulièrement à Dakar avec les fortes pluies de cette saison. Quelles sont les solutions pour en finir définitivement avec ce phénomène ?
Vous savez, il y a des changements climatiques au niveau mondial. Parce que des pays naguère désertiques, aujourd’hui connaissent une pluviométrie abondante. C’est le cas du Soudan, du Niger… Les mesures… je crois qu’il faut voir comment reloger les populations impactées, comment restructurer les quartiers ; c’est cela la solution durable. Mais cela a un coût. On sait que des habitations sont dans des zones inondables et il suffit que la pluie soit abondante pour que la situation reprenne. Il ne s’agit pas de trouver des solutions conjoncturelles. Il ne pleut pas cette année on est bien, il pleut l’autre année, ça reprend, on procède à des pompages. Il faut repenser l’habitat au niveau de Dakar surtout et être assez vigilant en ce qui concerne les autorisations de lotissements qui sont faits par les collectivités territoriales. On installe des populations dans des zones marécageuses, il pleut, on renvoie la balle à l’Etat. L’Etat doit être vigilant par rapport à l’occupation du terrain. Agir en amont. Trouver des solutions durables : recaser, reloger. Le président de la République a pris la pleine mesure de cette question. Le Plan décennal de lutte contre les inondations sera audité, diagnostiqué et des mesures de correction apportées.

Vous avez dirigé une communauté rurale, vous avez déclaré la volonté de diriger une commune à l’issue des prochaines élections locales. Que pensez-vous de la gestion du foncier par les communes, à l’aune des problèmes que cela soulève pratiquement dans toutes les communes du Sénégal ?
Je pense que la question foncière est très délicate. Il y a plusieurs acteurs : il y a l’Etat, il y a les communes, il y a les particuliers, il y a les populations. Je pense qu’il faut un retour à l’orthodoxie. Il faut que les textes soient respectés. Je suis d’avis qu’il faut toujours continuer à donner aux collectivités territoriales des prérogatives en matière de gestion foncière, mais qu’elles soient encadrées par les services de l’Etat comme l’urbanisme, les domaines, le cadastre. Il faut aussi un cadastre rural. On peut vous donner 100 ha dans la commune de Némataba par exemple, on ne vous donne pas de plan. Vous pouvez aller n’importe où vous installer dans la commune de Némataba. L’absence du cadastre dans beaucoup de zones est un maillon faible dans la gestion foncière au Sénégal.

En tant que spécialiste de la fiscalité, avez-vous une recette pour sortir le pays de cette récession annoncée consécutive à la pandémie du Covid-19 ?
Dans la sous-région, le Sénégal fait partie des pays qui ont le mieux endigué les effets néfastes de la pandémie. Le Sénégal s’en est bien sorti. Du point de vue des recettes, certes, il y a des moins-values, mais il faut reconnaître que la baisse des recettes n’est pas assez énorme. Le chef de l’Etat a élaboré un plan de résilience économique et sociale qui a permis aux entreprises de se relancer, d’avoir de la trésorerie, mais aussi de souffler au niveau des charges fiscales et sociales. C’est une mesure qui a permis de ne pas tuer les entreprises. C’est une vision assez intelligente du président de la République qui a permis aux entreprises de traverser cette crise, qui a permis à notre tissu économique de tenir le coup. Je crois que la recette c’est ce pilotage du président de la République, ce plan de résilience sociale et économique. Même si au Sénégal on va connaître un taux de croissance à la baisse. D’ailleurs je crois que le taux de croissance annoncé qui tourne autour de 2% va connaître une hausse au dernier trimestre de l’année parce qu’on est en train d’enregistrer un regain des activités économiques. (Ndlr. Le ministre de l’Economie a finalement précisé que le taux de croissance sera négatif cette année, suite aux effets du Covid).

Vous êtes président de Conseil départemental. Après un mandat de 5 ans, quelles sont les difficultés liées à la gouvernance de cette nouvelle institution ?
Il faut rappeler que le Conseil départemental est une création du Président Macky Sall. Il pense beaucoup à cette institution. La faiblesse des conseils, c’est l’insuffisance des moyens financiers. Les transferts de l’Etat sont très insuffisants. Et comme vous le savez, la particularité des conseils départementaux c’est qu’ils n’ont pas de ressources propres, ils n’ont pas de fiscalité. Au même moment, leurs missions sont assez vastes… (il insiste) avec peu de moyens, peu de personnels. Il faut repenser le conseil avec un transfert accru de moyens. Mais je pense que l’Etat y est. Aujourd’hui je suis ravi de constater que le Pacasen rural est étendu aux départements. Le Pacasen n’était initialement destiné qu’aux communes. Aujourd’hui les départements vont bénéficier de financements du Pacasen. Pour Vélingara il est annoncé le financement de projets à hauteur de 400 millions de F Cfa de 2021 à 2023. Heureusement qu’il y a un changement de paradigme dans la gestion des finances en général. Les finances publiques locales ne vont pas y échapper. Nous étions au budget participatif, nous allons le renforcer. Aujourd’hui, l’Etat a basculé au budget programme. C’est dire que l’on passe du budget de moyens au budget de résultats, de performances. Les budgets sont déclinés en termes de programmes, les programmes en termes d’actions, les actions en termes d’activités et il y a des outils de mesure de la performance. Cela renforce la rédevabilité, la reddition des comptes mais également la transparence dans la gestion des affaires publiques. Cela sera fait dans les conseils départementaux. Le conseil départemental de Vélingara fait déjà le budget participatif. Mais nous allons à partir de 2021 faire un budget programme. Nous avons à partir de 2021, deux programmes phare : le premier programme sera intitulé : «Employabilité des jeunes.» Et ce sera conforme aux vocations agricoles et pastorales du département. Nous allons mettre le focus sur le maraîchage, la pisciculture, le développement de l’aviculture, la stabulation, l’embouche bovine. Le 2ème programme, c’est le Renforcement des capacités et l’autonomisation des femmes. Nous allons procéder à l’installation d’unités industrielles vraiment légères pour la transformation des produits agricoles.
Il faut se réjouir aussi de la création du fonds minier. Le président de la République a pris un décret pour la répartition du fonds minier. Il est heureux de constater que finalement les départements en bénéficient. Et tout ça montre la volonté du président de la République d’accompagner les départements. Et nous voulons plus, parce que notre ambition est grande et l’ambition du chef de l’Etat est tout aussi grande pour conduire le pays vers l’émergence. Son angle de tir, c’est la territorialisation des politiques publiques. C’est créer des territoires économiquement viables, qui vont impulser le développement du Sénégal. Si tous les territoires se développent, le Sénégal va se développer du coup.

La question du 3ème mandat est agitée dans la sous-région et le Sénégal est aussi concerné par cette question. Que pensez-vous de cette question du 3ème mandat que le chef de l’Etat refuse de clarifier ?
Je vais aborder cette question par rapport à un angle assez clair. Nous savons que le Sénégal est une démocratie avancée qui organise des élections depuis des siècles, une démocratie majeure, un Etat de droit. Nous avons un Conseil constitutionnel composé de magistrats chevronnés, rompus à la tâche qui, le moment venu, vont trancher. Ils sont compétents pour connaître de la validité ou non d’une candidature. Je sais qu’il y a eu une révision constitutionnelle. Il y a un débat entre juristes. Le débat a toujours existé et il existera toujours. Mais je crois que l’heure n’est pas à ce type de débat, alors que le président vient à peine de commencer son deuxième mandat. L’heure est au travail. Je pense qu’aujourd’hui, ce qui devait mobiliser l’ensemble de la classe politique sénégalaise, c’est comment faire pour sortir le Sénégal de cette situation qui est assez difficile sur les plans économique, social et sanitaire, situation accentuée par la pandémie du Covid-19. Je pense que c’est le débat qu’il faut, le grand débat. Je pense qu’aucun leader politique, de quelque bord qu’il puisse se trouver, n’a intérêt à ce que le Sénégal connaisse une récession, n’a intérêt à mettre des bâtons dans les roues du président de la République. Parce que si cela arrive, c’est le Sénégal qui perd. Je pense que toutes les énergies doivent être mobilisées pour l’émergence du Sénégal. Nous vivons des moments très difficiles du point de vue économique.

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