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«Nous sommes à 70 milliards de financements»
«L’ambition du projet est de brancher 500 mille personnes à l’égout»

Vingt ans après que l’idée a germé dans la tête des décideurs publics, le projet de dépollution de la célèbre baie de Hann va prendre forme à partir de demain avec le lancement des travaux. L’objectif de ce projet d’un montant de 70 milliards de francs mobilisés pour le moment, d’après Lansana Gagny Sakho, Dg de l’Onas, qui s’est confié au journal Le Quotidien, est de mettre fin aux problèmes d’assainissement auxquels sont confrontées actuellement les populations de Hann-Bel Air, Thiaroye et Mbao. Aux yeux de M. Sakho, la baie de Hann dépolluée va relancer la valeur foncière des terrains et surtout permettre le développement des activités touristiques dans la zone. Par ailleurs, le patron de l’Onas n’a pas voulu revenir sur la visite avortée du leader de Pastef dans les locaux de sa structure, puisque l’Assemblée nationale s’est saisie de la question de la gestion des inondations que Ousmane Sonko voulait évoquer avec lui, suite à la polémique relative à ce sujet.

La question des inondations ressurgit. Quelle est la part d’implication de l’Onas dans le dispositif de pompage des eaux pluviales, dans le cadre du Plan Orsec ?
L’Onas (Office national de l’assainissement du Sénégal) tout comme les autres structures de l’Etat à savoir le Groupement national des sapeurs-pompiers, l’Administration territoriale…, nous sommes tous fortement impliqués dans la mise en place du Plan Orsec. Nous sommes mobilisés et travaillons en très forte cohésion pour que ce Plan Orsec puisse être déroulé avec la plus grande efficience. Je pense que cette année, nous avons eu un hivernage très particulier, qui a fait que nous avons quelques soucis dans les quartiers où il n’y a pas d’ouvrages structurants de l’Onas. C’est le cas dans certains quartiers de Keur Massar, nous avons tous vu les images et les dispositions sont en train d’être prises.
En réalité, si on regarde bien, c’est dans les zones où il n’y a pas de réseau, d’ouvrage d’assainissement que nous avons eu des problèmes. Et ça montre la pertinence du Plan décennal de lutte contre les inondations.

Justement le Plan décennal a été à la base d’une vive polémique avec le leader du parti Pastef, Ousmane Sonko, qui remet en cause l’enveloppe dégagée par l’Etat pour ce programme. Il était question qu’il vienne vous voir. Finalement, la rencontre n’a pas eu lieu. Qu’est-ce qui a été à la base de l’annulation de celle-ci ?
Je ne veux pas revenir sur cet épisode. Mais ce que je peux vous dire, c’est qu’un plan ce sont des prévisions, c’est l’intention de dire : «J’ai envie de mobiliser X sommes d’argent.» Entre ce que vous avez l’intention de mobiliser et ce que vous mobilisez, il y a très souvent un gap. Il peut arriver que vous mobilisiez plus, comme il peut arriver que vous mobilisiez moins.
Pour l’Onas en particulier, dans le cadre du Plan décennal de lutte contre les inondations, près de 80 milliards ont été mobilisés et des travaux ont été effectivement effectués.

Mais là, vous revenez sur l’épisode Sonko. Pourquoi vous ne voulez pas entrer dans les détails à ce propos ?
Je souhaiterais ne pas revenir sur cette question dans la mesure où l’Assemblée nationale s’en est saisie.

Le projet de dépollution de la baie de Hann, vieux d’une vingtaine d’années, va devenir une réalité avec le lancement demain des travaux. Pourquoi cela a-t-il tant traîné ?
Il y a en effet eu quelques problèmes dans le passé, probablement à cause de la complexité du projet. Il faut juste rappeler que les premiers balbutiements de ce projet remontent à 1988. L’Onas a été créé en 1996. Cela veut dire que ce projet est antérieur à la création de l’Onas. Après, il y a eu beaucoup de tentatives, mais qui n’ont malheureusement pas abouti. Je crois que le plus important c’est de voir qu’après 20 ans, le projet va effectivement démarrer.
Le Président Macky Sall a donné une marque particulière à ce projet en le mettant parmi ses priorités. En juillet 2013, il y avait d’abord la visite du ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement, Oumar Guèye, sur la baie. Le Président Macky Sall a tenu deux conseils interministériels sur la baie avec les Premiers ministres Abdoul Mbaye et Mimi Touré. Il a également tenu en juillet 2016 un conseil présidentiel. Tout ça mêlé à la forte volonté des bailleurs, particulièrement l’Agence française de développement (Afd), qui a instruit ce projet pendant près de dix (10) années, fait que nous allons effectivement procéder au lancement des travaux de ce projet, qui est d’une importance capitale.

Combien de temps les travaux vont-ils durer et quel est le coût du projet ?
Les travaux vont durer entre 3 et 4 ans. Aujourd’hui, nous sommes sur 70 milliards de financements. Et, pour les Partenaires techniques et financiers, nous avons le Royaume des Pays-Bas, l’Agence française de développement, l’Union européenne et la Chine. A ma connaissance, c’est la première fois que je vois un même projet financé ensemble par des pays européens et la Chine. Ça montre un peu la crédibilité de la signature de l’Etat du Sénégal et la confiance sur les institutions du Sénégal. C’est un point très important à souligner.

Qu’est-ce qui est attendu de ce projet en termes de retombées pour les populations de Hann, Thiaroye et Mbao, qui sont riveraines de cette célèbre baie ?
La première retombée, au-delà de tout ce qu’on peut dire, c’est 500 mille personnes qui n’ont pas accès à un système d’assainissement adéquat. Dans toutes ces zones, vous voyez que la nappe est affleurante. Ce projet va permettre de régler définitivement cette question d’assainissement qui est un problème de santé publique.
Pour le deuxième point, on parle de dépollution de la baie. Cette baie fut la 3ème plus belle baie du monde, dans les années passées. Aujourd’hui, elle a complètement perdu son lustre d’antan. Et dans le temps, cette baie va retrouver tout son écosystème. Et, ça va relancer d’abord la valeur foncière des terrains, surtout ça va permettre de développer des activités touristiques, qui sont génératrices d’emplois. Il y a vraiment deux volets importants. C’est le volet économique et surtout le volet qui concerne la santé des populations.
Mais le projet, c’est également les industriels qui déversaient directement dans la mer des déchets. Nous allons mettre en place ce qu’on appelle un système pollueur-payeur. Il s’agit de pousser les industriels à traiter les eaux avant de les déverser.
En dehors du fait que les populations auront un système d’assainissement, il y a cet aspect important où tous les métaux lourds, qui sont dans la baie, tous ces ingrédients qui sont susceptibles de poser des problèmes de santé publique aux populations, toute cette problématique va être réglée.

Quels sont les rapports ou conventions qui lient l’Onas à la commune de Hann-Bel Air dans le cadre de la mise en œuvre du projet de dépollution de la baie ?
Cela concerne les communes de Hann-Bel Air, de Thiaroye et de Mbao. Nous travaillons d’abord de façon très étroite. Nous avons tout partagé depuis le début. Le projet de dépollution de la baie de Hann est avant tout celui des communes concernées. Les populations se sont fortement approprié le programme avec un engagement sans faille pour accompagner sa réussite.
Nous avons conduit, tous les jours et de façon permanente, ce projet en collaboration avec les maires. Aujourd’hui, l’ambition c’est d’avoir des conventions avec l’ensemble des maires pour qu’on puisse, chacun, jouer sa partition afin que nous arrivions à dérouler ce projet dans les règles de l’art.

Quels sont les écueils sur lesquels pourrait buter ce projet de dépollution ?
Mais, on ne peut rien prévoir sur le futur. Nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour ne pas avoir de problèmes majeurs. Cependant, les déchets solides restent une problématique.
Il y a aussi une forte demande des populations. C’est d’arriver à brancher toutes les personnes, 500 mille personnes à l’égout. C’est l’ambition du projet et nous sommes en train de travailler dessus.

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