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Aveu ou pas, Maïmouna Ndoye Seck se mouille : «Beaucoup de listes des Législatives vont soutenir Macky Sall en 2019.» Pourtant, nuance le ministre du Tourisme et des transports aériens, cela ne voudrait pas dire que le pouvoir a financé des coalitions lors du scrutin du 30 juillet. L’un des ministres battus par Bamba Fall à la Médina aux dernières Législatives, ne se reconnaît pas vaincue car, dit-elle, c’était une élection à échelle départementale. Dans le premier volet de l’entretien qu’elle a accordé au journal Le Quotidien, hier dans son ministère, la présidente du mouvement Gungé Macky Sall juge «anti-citoyenne» la plainte de Y’en marre contre l’Etat, défend Abdoulaye Daouda Diallo et recadre Idrissa Seck.

Quelle appréciation faites-vous des résultats des Législatives qui ont consacré la victoire de Bby ?
L’enjeu de ces élections était de permettre au président de la République d’avoir une majorité confortable pour gouverner dans de bonnes conditions et de dérouler sa vision politique. Le résultat nous donne 125 sur 165 députés, c’est une majorité qualifiée, donc très confortable, pour lui permettre de mener à bien son travail. C’est un message très important du Peuple sénégalais qui est en phase avec la vision du président de la République malgré tout ce qu’on a dit.

Malgré tout, la coalition Benno bokk yaakaar n’a pas la majorité de l’électorat, avec 49,48%. N’est-ce pas inquiétant à moins de 2 ans de la Présidentielle, avec le spectre d’un second tour qui menacerait le Pré­si­dent Sall ?
Vous savez, chaque élection a sa réalité. La stratégie développée au cours d’une élection, est en rapport avec un objectif. Si vous allez aux Etats-Unis, le Président Trump n’a pas la majorité des voix. Pourtant, il est bien le Président. Donc la stratégie se développe par rapport à un objectif qui est d’avoir le maximum de députés. Le jour où on ira à une élection où ce sera le pourcentage de voix qui va compter, on aura une autre stratégie. Aussi, il ne faut pas aussi oublier que nous avions 47 listes, et parmi celles-ci, contrairement à ce que beaucoup prétendent, toutes ne sont pas favorables à l’opposition. Il y a beaucoup de listes qui étaient en lice pour ces Législatives mais qui soutiendraient le Président Macky Sall lors d’une élection présidentielle. J’en veux pour preuve l’ancien ministre El Aly Haïdar, qui a publiquement déclaré qu’à la prochaine Présidentielle, il va soutenir Macky Sall. Donc, il n’y pas péril en la demeure. Il faut également rappeler que ce n’est pas le Président qui a battu campagne pour ces Législatives. Je suis convaincu qu’il aura la majorité dès le premier tour en 2019.

Le fait que vous dites qu’il y a des listes qui vont soutenir le Président Macky Sall à l’élection présidentielle n’accrédite-t-il pas l’accusation selon laquelle le pouvoir aurait financé des listes aux Législatives ?
Des leaders de l’opposition ont théorisé qu’il faut aller ensemble aux échéances électorales de 2019. Pourtant, cela n’accrédite pas le financement de certaines listes par des leaders de l’opposition. Non ! Quand on confectionne des listes, c’est toujours compliqué. Il y a des stratégies électorales avec certaines personnes. On a eu une coalition qui a vécu quelques jours et qui s’est éclatée en 5 listes. Cela ne veut pas dire que l’un des responsables a financé les autres. Dans le cadre de leur stratégie électorale, à un moment donné, ils ont jugé nécessaire d’y aller de façon séparée. C’est comme ça que je comprends la chose.
L’un des enjeux de ces élections était le département de Dakar qui est finalement tombé dans l’escarcelle de la coalition de Bby…
C’est le résultat d’un travail qui n’a pas commencé aujourd’hui. On a fait bouger les lignes. Dakar est tombé entre les mains de Bby ; ça veut dire qu’il était détenu par une autre liste, même s’il faut savoir que ceux qui étaient au niveau de la liste Manko taxawu senegaal dirigée par le maire Khalifa Ababacar Sall étaient de Bby. La mairie de Dakar en 2009, a été gagnée par une coalition soutenue par le Président Macky Sall. C’est en 2014 qu’il y a eu cette fracture. Mais si vous analysez les résultats de 2014 par rapport à ceux de cette année, on se rend compte que la coalition Benno bokk yaakaar a fait une avancée très significative. Ce qui a permis de gagner la liste départementale de Dakar.

Dakar est tombé mais votre base vous a échappé, avec votre défaite dans la commune de la Médina. Cela ne donne-t-il pas un goût amer à votre victoire ?
Pas du tout ; parce qu’il n’y avait pas de compétition au niveau communal. Je n’ai pas vu des résultats quelque part où on a dit voici les résultats de telle commune. Ce que j’ai vu et qui a été publié par le Conseil constitutionnel, ce sont des résultats départementaux. Dakar a été gagné par Benno. Dans un match, lorsqu’une équipe à la fin de la rencontre soulève la coupe, son adversaire ne peut pas se prévaloir de la victoire en se basant uniquement sur le fait qu’il ait marqué le premier but. Vous dites que j’ai perdu ma base, mais à côté de la liste de Benno bokk yaakaar, on avait un mouvement de soutien au président de la République, qui a ses cellules sur l’ensemble des localités du département de Dakar. Sur les 21 jours de la campagne électorale, notre mouvement qui s’appelle Gunge Macky Sall n’a eu que 4 jours d’activité au niveau de la Medina. On a travaillé dans d’autres départements comme Pikine et Rufisque parce que notre objectif n’était pas de gagner un match de clasico mais le championnat. Nous l’avons fait. Le jour où on aura une élection à portée locale, de la même manière que nous avons fait pour faire tomber Dakar dans notre escarcelle, nous ferons ce qu’il faut.

Au-delà de vous, Médina concentre un nombre important de ministres, à sa­voir Papa Abdoulaye Seck, Seydou Guèye, Yous­sou Ndour, Awa Marie Coll Seck. Malgré tout, vous ne pouvez pas battre Bamba Fall…
Dans votre liste, il n’y a pas un seul qui était candidat. Il ne faut pas oublier qu’on avait en face, la tête de liste du départemental de Dakar de la coalition Manko taxawu senegaal.
Pourtant beaucoup de hauts responsables de votre coalition, qui n’étaient pas candidats, ont gagné au niveau de leurs bases…
Dans un match de football, une personne ne peut pas gagner et les autres perdre. C’est vice versa. On était dans une équipe et chacun a apporté quelque chose dans le résultat. On avait perdu aux Locales de 2014 avec un écart de plus de 5 000 mille voix, aujourd’hui on gagne avec plus de mille et quelques voix. On avait développé une stratégie de portée départementale. Il y avait 7 députés à prendre au niveau du département, Bby a tout raflé. C’est vous qui parlez d’échec me concernant. Je n’ai pas vu d’échec, d’autant plus que je n’ai pas vu de résultat de la Médina. Ceux qui considèrent qu’ils ont une victoire, je les félicite. Mais ce qu’on cherchait, c’est de prendre les 7 députés du département de Dakar.

Par rapport à l’organisation des élections, beaucoup de couacs ont été notés. Cet état de fait ne constitue-t-il pas une faiblesse du ministère de l’Intérieur ?
Je dirais que des dysfonctionnements ont été notés dans un contexte particulier et difficile. Les dysfonctionnements ont porté préjudice à tout le monde, pas uniquement dans le camp de l’opposition. C’était un contexte particulier, avec l’orage de la veille, les difficultés par rapport à la période. L’Administration va prendre ses dispositions pour une amélioration dans le futur. Ce que je retiens de positif et qui est très important, c’est qu’on ait atteint un niveau d’inscrits jamais réalisé au Sénégal. Certains se posaient la question de savoir si on pouvait avoir 4 millions. Finalement, c’étaient 6 millions d’inscrits. On a eu un taux de participation record pour une élection législative. Plus de 3 millions de personnes ont voté malgré tout ce qu’on entend sur les couacs. Les Sénégalais se sont engagés mais l’Administration a fait face. Les 47 listes, les matériels électoraux qu’il fallait acheminer, le nombre de listes qu’il fallait confectionner et mettre à disposition, je crois que si on devait sortir les statistiques sur les bureaux de vote où il y a eu des couacs par rapport aux 14 mille bureaux de vote, on serait dans les marges acceptées même en matière de technologie. Je préfère voir le verre à 90% plein que les 10% restants. De façon générale on peut dire que l’Administration a fait face pour l’organisation de ces élections.

Près de 30% des Séné­galais qui n’ont pas reçu leurs cartes d’électeur ne sont-ils pas une atteinte à la crédibilité des élections ?
Ce que j’ai lu dans la presse c’est que 80% des personnes ont retiré leurs cartes d’après les chiffres du ministère de l’Intérieur. Il faut regarder les statistiques des services du ministère de l’Intérieur dans le passé par rapport au retrait des cartes, si on a dépassé les 80%. Le président de la République, comprenant cette situation, avait saisi le Conseil constitutionnel pour permettre à ceux qui n’auraient pas retiré leurs cartes de voter avec les anciennes cartes et des récépissés.

Une méthode décriée par l’opposition qui a parlé de forcing et de violation du Code électoral…
L’opposition est dans son rôle, le Président aussi. Mais si vous faites un sondage au niveau des populations qui ont pu voter avec leurs anciennes cartes, vous saurez que c’est une mesure appréciée. J’aurais parlé de manque de crédibilité si le taux de participation était de 20%. Mais près de 54% pour des élections législatives, il y a très peu de pays dans le monde qui arrivent à ce taux.
Des couacs qui vont peut-être valoir une plainte à l’Etat de la part de Y’en marre qui dénonce qu’«un million de Sénégalais soient privés de vote»
En tant que citoyen sénégalais, je ne peux pas prendre la responsabilité d’aller porter plainte contre mon pays. Si j’ai des combats à mener, je les mène en interne avec la population sénégalaise. Mais je ne vais pas aller sur l’international pour vilipender mon pays. C’est ma position personnelle. Y’en a marre à une autre vision. Mais il faut voir si les populations vont les suivre. Deux personnes se lèvent pour dire qu’elles parlent au nom du Peuple. En lisant les noms des listes, tout le monde s’est décrété quelque chose du Peuple. Mais ce Peuple a montré avec qui il est. Tous ceux qui prétendaient parler au nom du Peuple n’ont pas été suivis. Le résultat des élections passées a été clair et net : la population a adhéré à la politique du Président Macky Sall. Maintenant, chacun peut faire des actions.

Y’en a marre et l’opposition veulent le départ du ministre de l’Intérieur, Abdoulaye Daouda Diallo. Qu’est-ce que vous en pensez ?
On est une démocratie ou on ne l’est pas. Dans toutes les démocraties, c’est le ministère de l’Intérieur et l’Administration qui organisent les élections. Je ne peux pas comprendre qu’on dise qu’il y a un problème et en même temps affirmer : «J’ai gagné ici et là ou j’ai perdu, le vote ne s’est pas déroulé normalement.» Quand la coalition Bby a perdu (Ndlr, Dakar aux Locales de 2014), il y a quelques années, tout le monde a trouvé ça normal et pourtant, c’est le ministère de l’Intérieur qui avait organisé cette élection. Je ne vois pas personnellement de problèmes pour l’organisation des élections par le ministère de l’Intérieur. Ce sont des fonctionnaires aguerris qui sont au niveau de ce ministère. Et si on crée autre chose, ce sont ces mêmes personnes qui vont être dans l’organisation. Je ne vois pas de problème par rapport à ces élections. Ce sont les structures de l’Etat qui organisent tout dans ce pays. L’Administration est mise en place pour gérer les élections, les examens, le football, etc. De temps en temps, il y a des problèmes mais ce n’est pas une raison pour aller chercher des étrangers afin qu’ils nous organisent des élections. Chaque Sénégalais, autant que nous sommes, a sa position par rapport au vote. On a beau être indépendant, indépendant par rapport à quoi ? Si parce qu’on a une position par rapport au vote, on ne doit pas intervenir dans les élections. Il faut dans ce cas aller chercher des étrangers pour qu’ils nous organisent des élections. Je ne vois aucun problème pour que l’Administration, de façon générale, organise les élections comme elle le fait pour les autres activités de l’Etat.

Avec votre défaite à la Médina, ne craignez-pas vous de perdre votre poste de ministre ?
J’ai l’habitude de dire que mon compagnonnage avec le Président Macky Sall est incon­ditionnel et intemporel. Je ne suis pas née pour être ministre, j’ai un métier. Je suis là parce que le président de la Répu­blique m’a fait confiance en me confiant une mission. Le jour où il jugera nécessaire de me confier une autre mission, je la prendrai avec beaucoup de plaisir. L’es­sentiel est de servir mon pays, ce que j’ai toujours fait. Servir son pays, c’est bien faire son travail, éduquer ses enfants et faire ce qu’on a à faire sur le plan social. Etre ministre ou député, n’est pas plus méritant que le directeur de cabinet et autres. On peut servir son pays partout. Je ne fais pas de fixation. C’est juste une mission. Ça relève de la responsabilité du Président de nommer qui il veut et de l’enlever.
Pensez-vous aller à l’assaut de la mairie de la Médina en 2019 ?
Non, je n’y pense pas. Je suis au service du président de la République. Et si le Président me demande de conduire quoi que ce soit, je le ferai. Je n’ai jamais demandé quoi que ce soit. Je ne lui ai jamais refusé quelque chose. Je ne suis pas dans la politique. Je ne suis pas militante d’un parti, j’accompagne un homme dont je connais la vision pour le Sénégal pour avoir été à ses côtés comme conseillère depuis près de 15 ans. Je connais ses ambitions pour le Sénégal.
«Une vision qui s’arrête à Diamniadio», selon Idrissa Seck
Ceux qui se limitent à Thiès peuvent le dire, mais ceux qui vont dans les tréfonds du Sénégal, qui voient les forages sortir, l’électrification se développer, les pistes avec le Pudc, Puma, Pracas, etc. ne vont pas dire que la vision du Président Macky Sall s’arrête à Diamniadio. Si vous regardez les résultats des Législatives, vous saurez que la vision du Président ne s’arrête pas à Diamniadio, parce que c’est sur ces zones qu’il a eu le plus grand score.

A suivre…

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