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Les échanges entre le ministre porte-parole du gouvernement et Le Quotidien se sont déroulés au moment où l’actualité abondait de matières où l’Exécutif se trouve en première ligne. Pourtant, Seydou Guèye ne s’est dérobé sur aucune question, donnant ses réponses, qui valent aussi ce que vaut sa stature politicienne. Dans cette première partie de l’entretien, les questions ont porté sur l’affaire du juge Dème du Conseil supérieur de la magistrature, ainsi que le sort de son adversaire Bamba Fall, ou encore ce que les opposants considèrent comme l’instrumentalisation de la justice pour abattre certains d’entre eux.

La démission avec fracas du magistrat Ibrahima Hamidou Dème du Conseil supérieur de la magistrature ne pose-t-elle pas encore une fois le débat sur l’indépendance de la justice ?
A mon sens, la démission d’un magistrat, fut-il membre du Conseil supérieur de la magistrature, ne saurait remettre en cause l’indépendance de la justice de notre pays. Le Président Macky Sall a posé des actes très forts, notamment à travers les récentes réformes de la Justice, ce qui constitue une évolution notable dans la consécration du pouvoir judiciaire, pour lui permettre de jouer pleinement son rôle dans un Etat de droit. Le juge Dème a été choisi par ses pairs pour siéger au Conseil supérieur de la magistrature. Qu’il en démissionne avec fracas, cela pose un problème d’ordre éthique. La magistrature est trop sérieuse pour que les problèmes qui la structurent soient portés sur la place publique pour chercher à prendre l’opinion à témoin. Le débat soulevé par le Juge Dème n’est pas un débat d’ordre professionnel ou technique.  Le statut des magistrats leur  interdit de traiter dans les médias des sujets autres que ceux d’ordre professionnel ou technique. Mais une chose est sûre, ni le chef de l’Etat, ni le ministre de la Justice, n’ont compétence pour décider de la sanction concernant un magistrat, mais plutôt le tribunal des pairs. C’est une preuve parmi bien d’autres de l’indépendance de notre justice. Il est clair que selon notre architecture constitutionnelle, le chef de l’Etat est le président du Conseil supérieur de la magistrature. Mieux, tous les actes pris par le Conseil supérieur de la magistrature s’inscrivent dans le strict respect des dispositions législatives et règlementaires en vigueur. C’est dans cette optique, qu’il faut situer la légalisation de la consultation à domicile, suivant les dispositions de l’article 6 de la loi organique n° 2017-11 du 17 janvier 2017, portant organisation et fonctionnement du Conseil Supérieur de la magistrature.

L’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye pense qu’une partie de la justice est utilisée à des fins politiques  
Non, notre grand frère Abdoul Mbaye apprend à être opposant. C’est vrai que c’est un statut nouveau chez lui et il cherche ses marques dans l’approximation. Ce qui est vraiment regrettable pour quelqu’un qui a été l’un des plus proches collaborateurs du Président Macky Sall. Il ne faut pas que Monsieur Abdoul Mbaye transpose ses problèmes privés sur la sphère publique. Cette confusion est vraiment regrettable et ne saurait, en aucune manière, faire pencher la balance de la justice. Non, le Juge fait parler son intime conviction, prétendre le contraire serait une insulte contre sa personne. Ce n’est pas l’intime conviction du Président Macky Sall ou encore du gouvernement qui font les décisions de justice. Il lui faut tout simplement, dans cette affaire strictement privée, convaincre la justice que les faits qui lui sont reprochés ne lui sont pas imputables.
Nous pouvons pourtant y ajouter la situation de la traque des biens mal acquis, ainsi que les rapports de l’Ofnac publiés par Mme Nafi Ngom Keïta, qui ne connaissent aucune suite judiciaire, alors que le rapport de l’Ige sur la mairie de Dakar est en train de faire l’objet de suivi au niveau de la Dic. Ce qui pousse certains à dire que l’exécutif instrumentalise la justice…
La ligne d’action du Président Macky Sall ne saurait influer la marche de la justice. Le chef de l’Etat a déclaré urbi et orbi qu’il ne protégerait personne. Cette ligne de conduite est dictée par une volonté inébranlable de ne pas s’immiscer dans la marche de la justice. L’aurait-il voulu,  il ne pourrait pas le faire eu égard à la séparation des pouvoirs, à la dignité absolue du pouvoir judiciaire et au professionnalisme de nos magistrats. La séparation des pouvoirs est une réalité  qui résiste à l’usure du temps. Par ailleurs, c’est méconnaitre les règles de fonctionnement d’un Etat de droit que de penser que la Justice sénégalaise peut être instrumentalisée. Pour l’essentiel cette politique de reddition des comptes et de bonne gouvernance se poursuit. Seulement, il faut comprendre que le temps de la politique n’est pas le temps de la Justice.

Que répondez-vous à ceux qui demandent la démission du président de la Répu­blique du Conseil supérieur de la magistrature ?
Le président de la République est le garant du bon fonctionnement des institutions de la République. Cette posture constitutionnelle lui confère aussi le statut du président du Conseil supérieur de la magistrature ou de chef suprême des armées. C’est ce que dit la constitution du Sénégal. Alors, doit-on lui ôter toutes ses prérogatives constitutionnelles ? Agir de la sorte, c’est dépouiller l’essence même de notre système qui est bien normé. A mon avis ce serait, du reste  hasardeux d’agir de la sorte, car on ne peut pas libéraliser l’Etat de droit, juste pour répondre aux désidératas de l’opposition. Le fonctionnement de la magistrature est régi par des textes qui ne souffrent d’aucune insuffisance. Le président de la République est dans son rôle, au même titre que les magistrats qui siègent au sein du conseil.

L’autre actualité judiciaire est marquée par l’affaire du maire de la Médina, votre adversaire politique, Mon­sieur Bamba Fall. Quelle lecture pouvez-vous nous faire de sa situation ?
Il est important de dissiper toute confusion dans cette affaire. Il s’agit en vérité, d’une situation politique interne à un parti, qui a atterri devant le juge. L’Alliance pour la République encore moins le gouvernement, ne sont parties prenantes dans cette affaire. La séparation des pouvoirs, doublée de l’indépendance de la magistrature, impose une neutralité politique. C’est notre ligne de conduite. Certes, le maire de la Médina a choisi son camp, mais  cela ne saurait être la raison d’une animosité politique entre nous. Ce n’est pas notre rapport au politique au sein de l’Apr, encore moins la philosophie d’action du Prési­dent Macky Sall. Le maire de la Médina reste un jeune frère, même s’il y a de la tension entre lui et moi à l’occasion des campagnes électorales. Et c’est entre autres une des raisons qui justifie le déplacement que nous avons effectué à la prison centrale, pour lui apporter notre ré­confort et lui souhaiter un prompt retour parmi les siens.

Les élections législatives approchent, comment  préparez-vous ces échéances ?
C’est une  échéance capitale pour la Coalition Benno Bokk Yaa­kaar et plus singulièrement pour l’Alliance pour la Répu­blique. Car, il s’agit de redonner une majorité confortable au Président Macky Sall, pour lui permettre de parachever ses chantiers et de présenter un bilan qui cristallise l’espoir de tous les Sénégalais. Contrai­rement à l’opposition qui est dans le blâme de l’action publi­que et le verbiage, notre coalition a fait le choix d’aller à la rencontre des Sénégalais pour les inciter à s’inscrire massivement sur les listes électorales et voter pour notre liste, qui présente les meilleures garanties en termes de profils parlementaires. Au niveau de la Médina, nous travaillons tous les jours pour consolider et élargir les bases du parti. Et au soir du 30 juillet prochain, le triomphe sera au rendez-vous, et la coalition Benno Bokk Yakaar sortira victorieuse des bureaux de vote.

Certains avancent que  le Premier ministre va diriger la liste de Bby, d’autres parlent de Mimi Touré. Le départ de Moustapha Niasse de l’As­semblée nationale est aussi un débat au niveau de l’Apr. Quelle est votre position ?
Pour moi, il ne s’agit que de spéculations. Nous ne sommes pas encore dans le temps des investitures, encore moins dans celui de la décision pour arrêter les têtes de liste.  Aujourd’hui, la Coalition Benno Bokk Yaakaar est dans une dynamique de mobilisation de ses forces pour réunir les conditions d’une participation victorieuse aux prochaines Législatives. L’Alliance pour la République a récemment exprimé sa totale désapprobation des propos malencontreux et désobligeants à l’endroit de Monsieur Moustapha Niasse, Président de l’Assemblée nationale du Sénégal et de l’Afp, parti allié de l’Apr et membre fondateur de Benno Bokk Yaakaar. Le débat aujourd’hui tourne autour de la mobilisation de toutes les compétences au service exclusif du Président Macky Sall, pour lui assurer au soir du 30 juillet une majorité confortable et une représentation qualitative du pays réel et de sa diaspora.

L’opposition ira sans doute dans ces élections avec une liste unique. Ce qui risque d’être fatal à la coalition Bby…
Comme vous l’avez si bien dit, le doute est permis quant à la capacité de l’opposition à s’unir pour confectionner une liste unique. Ce que je retiens, c’est que certains responsables de l’opposition réclament Me Ab­doulaye Wade comme tête de liste. En revanche, au sein de la Coalition Benno Bokk Yaakaar, nous travaillons à renforcer notre parfaite convergence de vues sur les exigences électorales du 30 juillet prochain et à élargir notre coalition. Les petits calculs de l’opposition ne nous intéressent pas.

Selon vous, entre le ministre des Finances Amadou Ba et M. Abdoulaye Diouf Sarr, maire de Yoff, qui a le meilleur profil pour diriger la liste de Benno au niveau de Dakar ?
Il ne faut pas entretenir un débat inutile à Dakar. Tous les responsables du parti sont à l’écoute des directives du parti qui est membre d’une coalition. Le choix du Président Macky Sall et des instances de Benno Bokk Yakaar sera très juste. Et en militants disciplinés, nous allons nous engager pour le triomphe de notre liste à Dakar.
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