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Les 4, 5 et 6 octobre passés, la commission de l’Union Africaine a organisé au Centre international de conférences Abdou Diouf (Cicad), un Salon de l’innovation dans le secteur de l’éducation en Afrique. L’objectif est de mettre en place une plateforme multisectorielle de partage d’expériences sur les innovations qui répondent aux défis auxquels l’éducation est confrontée en Afrique. Gmp-Changement, par la culture, a eu l’honneur et le privilège d’être la seule organisation sénégalaise à figurer dans le Top 10 des innovateurs africains retenus pour ce salon. Son chargé des programmes, Mamadou Coulibaly, dans cette interview, explique comment tout est arrivé et exprime, entre autres, son souhait de voir leur approche en matière d’éducation être vulgarisée dans toutes les écoles du Sénégal, voire de l’Afrique.

Vous venez de participer, les 4, 5 e 6 octobre passés, au Salon africain de l’innovation dans le secteur de l’éducation ; expliquez comment tout est arrivé.
Notre présence à ce salon fait suite à l’appel à candidatures lancé par la commission de l’Union Africaine à l’endroit des organisations africaines qui évoluent dans le secteur de l’éducation et qui se remarquent par des innovations. Nous avons présenté nos dossiers, donc notre approche sociale de développement de l’éducation, par l’intégration des valeurs culturelles positives locales à l’école. Il y avait 400 postulants à travers l’Afrique, 50 ont été présélectionnés, puis 10 au finish.
Grandmother project (Gmp-changement par la culture) a eu l’honneur et le privilège d’être dans le top 10. Nous étions la seule organisation sénégalaise à être retenue à ce niveau, mieux, nous étions la seule organisation francophone. Tous les 9 autres participants étaient des anglophones. L’objectif du salon est de voir dans quelle mesure tous ces acteurs de l’éduction en Afrique pouvaient être mis en réseau et partager des expériences en matière d’éducation et de formation pour relever les défis auxquels le secteur est confronté. Je crois que l’Afrique en avait besoin : montrer qu’il y avait du dynamisme dans ce secteur et que ça bouge. Cela, de la petite enfance au supérieur en passant par l’élémentaire, le moyen, le secondaire et dans le secteur de la formation professionnelle.
Certainement que dans notre projet social existent des éléments convaincants, indiquant que ce que nous faisons relève de l’innovation et méritait d’être partagé. Il faut remarquer que dans le Top 10, seule Grand­mother project avait un projet social ; les autres innovateurs avaient misé sur les innovations techniques et technologiques.

Pouvez-vous revenir sur le contenu de votre dossier, votre projet social en matière d’éducation ?
Depuis 2010, nous mettons en œuvre, avec la collaboration de l’inspection départementale de l’éducation et de la formation de Vélingara, une stratégie-école dénommée la stratégie de l’intégration des valeurs culturelles positives à l’école. Dans un contexte mondial et national où les préoccupations sont liées à la question des valeurs, la question c’est : comment pourrait-on avoir des individus qui ont de l’instruction, qui ont de la connaissance mais qui sont également imbus des valeurs positives locales ? Cette réflexion que nous menons depuis 10 ans nous a conduits à une collaboration avec l’inspection de l’éducation pour voir comment ces valeurs peuvent être enseignées à l’école. Et la stratégie repose sur 2 axes : un axe Ecole et un autre axe Communauté.
Notre contact avec les communautés nous a conduits à voir que l’école sénégalaise ne répond pas aux préoccupations, pas sur certains aspects en tous cas, des populations ; que les communautés ne se retrouvaient pas dans ce qui était en train d’être fait au niveau des classes. Dans ce sens nous aimons citer le sociologue, Djiby Diakhaté, qui a affirmé que  «nous avons une école au Sénégal mais non une école sénégalaise qui nous permet de nous réconcilier avec nous-mêmes».
Les communautés se plaignent de la perte des valeurs, l’absence de communication entre les générations. Malheureusement, l’école n’a rien pu faire pour redresser la pente. Nous avons travaillé à ce que les communautés puissent se reconnaître dans leur école, être en phase avec ce qui s’y fait. Nous avons développé des stratégies au niveau de l’école et des stratégies au niveau de la communauté. L’axe Ecole a mis en place un paquet d’activités qui consiste à former des enseignants sur la stratégie d’intégration des valeurs culturelles dans leurs enseignements, sur des stratégies pédagogiques par utilisation dans les classes des personnes qui ont le savoir local, les personnes âgées, les grands-mères en particulier. Mais également la production de livrets : livrets des valeurs, livrets de contes, livrets de proverbes, livrets des droits et devoirs de l’enfant ; des livrets qui permettent aux enfants de s’ancrer dans leurs valeurs.
Nous avons développé plusieurs outils pédagogiques et des jeux éducatifs pour que les enseignants innovent dans leurs pratiques de classe. Il y a l’axe communauté : il faut renforcer l’implication des communautés dans l’école, dans l’éducation des enfants. Nous avons développé plusieurs activités : des forums intergénérationnels, des ateliers enseignants-grands-mères. Des stratégies qui ont renforcé la collaboration entre les enseignants et les communautés.
Toutes ces activités ont trois objectifs : intégrer les valeurs culturelles à l’école, renforcer la collaboration entre l’école et les communautés et renforcer l’implication des personnes âgées, des parents dans l’éducation et la scolarisation de leurs enfants.

Avez-vous fait une évaluation de l’approche pour en savoir les impacts quantitatifs et qualitatifs sur le système ?
Nous intervenons exclusivement dans les communes de Kandia et Némataba dans le département de Vélingara. Dans ces écoles, le taux de scolarisation et de fréquentation de l’école a augmenté. Les enfants, friands de contes et de proverbes, en sont venus à être amoureux de l’école et sont respectueux des aînés. Selon des chiffres fournis par l’Ief, sur les 19 écoles qui ont eu un taux de réussite de 100% au Cfee en 2017, 9 sont de la commune de Kandia. Nous ne pouvons pas nous attribuer l’exclusivité de cette performance, mais il est évident que notre approche y a contribué. Pour notre première année d’intervention dans la commune de Némataba, l’Ief a constaté que les indicateurs sont en train d’être relevés. C’est un honneur pour tous les acteurs et les partenaires.
Ce modèle n’existe nulle part dans le monde. La question des valeurs est une préoccupation mondiale. Nous n’avons pas toute la solution, mais nous croyons détenir une partie de la solution par la revalorisation des valeurs culturelles positives.

Quelle suite, croyez-vous, doit être réservée à la participation de Gmp à ce salon ?
La suite logique de la participation de Gmp à ce salon, c’est de voir comment cette stratégie devrait être vulgarisée dans toutes les écoles du Sénégal, voire de l’Afrique. L’Etat du Sénégal, qui a pour préoccupation d’avoir un Sénégalais instruit mais aussi éduqué, doit désormais avoir un œil attentif sur ce qui se fait en la matière, à Vélingara, par une petite organisation qu’est Gmp pour le dupliquer. En tous cas, nous avons mis au point de petites semences qui peuvent et doivent être utilisées par d’autres organisations et par le ministère de l’Education pour avoir un Sénégalais imbu de ses valeurs. Nous espérons qu’aussi bien au niveau de la volonté politique qu’au niveau des ressources quelque chose sera fait dans le sens de la vulgarisation de la stratégie.

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