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Le coordonnateur des cadres et des enseignants de Rewmi de Vélingara attend d’autres ralliements d’Apéristes après les 20 conseillers et deux adjoints au maire. Dans cet entretien, Mamadou Ibrahima Baldé estime que Macky Sall est obsédé par l’obtention d’un second mandat.

Vous venez d’accueillir à Rewmi des conseillers municipaux de l’Apr de Bonconto dont 2 adjoints au maire. Quel sens donner à ce ralliement ?
Nous avons assisté à la confirmation du ralliement de Ibra­hima Diao, conseiller municipal à Bonconto. Au total, il s’agit de 20 conseillers et de 2 adjoints du maire Chérif Habib Aïdara. Cela montre que le parti, non seulement est actif, mais aussi il est attractif. Nous saluons et remercions le frère Habibou Sabaly qui nous a récemment rejoints et qui est à la base de ce ralliement. D’ailleurs, sans trahir un secret, nous attendons d’autres ralliements parce que le programme de Idrissa Seck est en train de porter. La solidité que nous avons l’habitude d’entendre de la part de l’Apr sur le terrain politique dans le département est en train d’être brisée. J’ai l’impression que la peur est en train de changer de camp. Beaucoup de personnes nous disent qu’elles veulent rencontrer notre leader Idrissa Seck. Le meilleur est à venir.

Rewmi est l’opposition la plus intraitable vis-à-vis de Macky Sall et de son régime. Pourquoi ?
Nous n’avons rien contre la personne de Macky Sall. Nous sommes des Républicains et respectons l’institution qu’il incarne. Nous lui souhaitons de bien terminer ce mandat, mais nous appelons les Sénégalais à mettre fin à son régime. Où veut-il mener le Sénégal ? Il a pris le Sénégal en 2012 et il y avait quand même des acquis démocratiques. Il y avait certainement des choses que l’on pourrait reprocher à l’ancien régime, mais malheureusement ces mêmes choses-là, il les a exacerbées. Donc, sur le plan des principes, nous ne sommes pas d’accord avec lui et nous sommes les premiers à avoir lancé l’alerte. Idrissa Seck était avec un allié du Président Sall parce qu’il avait promis de soutenir le candidat le mieux placé au second tour. Et c’était Macky Sall. Donc, c’est un homme de parole. Mais Macky, quant à lui, n’a respecté aucune des promesses qu’il avait faites en son temps. Tout le monde se rend compte que sa gouvernance ne rentre pas en droite ligne avec les valeurs que nous incarnons en tant que parti politique, c’est-à-dire l’idéal démocratique, les droits de l’Homme, le respect des principes les plus élémentaires de la liberté humaine et de la démocratie. Encore une fois, ce n’est pas la personne de Macky Sall qui nous dérange, mais son rapport au pouvoir. Avec lui, nous sommes en train d’emprunter une pente très glissante et il faut y mettre un terme pour sauver des générations à venir. Il a ses limites en tant qu’homme politique et intellectuel. A Rewmi, nous pensons aux actes qu’il pose en tant qu’homme d’Etat parce qu’il ne semble pas lui-même prendre de la hauteur. L’obsession d’un second mandat l’a amené à poser des actes et aller vers des dérives inacceptables. Parce qu’en tant que jeune, né après les indépendances, on se serait attendu à autre chose que cette politique qu’il est en train de mener. Toutes les opinions divergentes, toutes les voix qui ne sont pas d’accord avec lui sont en train d’être mises au frigo, et cela est inacceptable.

La sortie de votre leader sur les lieux saints de l’islam a provoqué une levée de boucliers. Etait-ce une faute de communication ?
Je pourrais avoir plusieurs lectures par rapport à cette question-là. Par déformation professionnelle, je pourrais avoir un point de vue philosophique d’abord. Je considère que la religion a une dimension humaine. De ce point de vue-là, ce sont les humains qui s’en occupent. Interdire à un être humain, de surcroît un musulman, de se prononcer sur la religion qu’il pratique, qu’il aime, c’est en soi un retour au fascisme des idées, c’est-à-dire obliger les gens à se comporter d’une certaine manière. La religion, je crois, ne dépasse pas le cadre humain parce que ce n’est pas la divinité en tant que tel qui est posée. Main­tenant, où se situe la vérité ? La vérité des uns n’est pas tout à fait celle des autres. La religion est susceptible d’interprétation parce qu’elle a une histoire. Et c’est justement sur la base de cette histoire-là que M. Seck a voulu donner un point de vue, une opinion qui n’était pas certainement bien interprétée. Les autres, en interprétant ce point de vue, ont cru être dans la vérité, ont cru être les possesseurs de la religion. Il n’appartient à personne de dire que la religion lui appartient. Personne ne peut par conséquent dire : «Je vais exclure tel ou tel autre.» Ils ont voulu faire dire à Idrissa Seck ce qu’ils avaient voulu entendre. Dire qu’il renie l’existence de la Mecque, que ce n’est pas le lieu saint de l’islam n’est pas exact. Il ne l’a jamais dit. Dire qu’il renie un peu l’existence de la Mecque, c’est dire qu’eux seuls avaient cette posture d’interpréter. Il y a une sorte d’intolérance. Au-delà de la dimension philosophique qui nous interdit d’avoir des opinions tranchées, il y a la dimension politique. Parce que c’est celle-là qui est le soubassement de toutes les critiques. La levée de boucliers qui a suivi son discours a été alimentée d’abord par des gens qui n’ont pas de référentiels du point du vue de la morale, mais aussi d’autres politiciens étaient en train d’activer des leviers pour permettre de freiner l’élan que le discours de Idrissa Seck était en train de prendre. Ils ont transposé un problème émotionnel, un problème relationnel avec la divinité sur un terrain politique. Heu­reusement que les gens sont train de comprendre que c’était juste un être humain qui a parlé, un être qui est susceptible de se tromper, que d’autres humains ont critiqué qui, eux-mêmes, sont susceptibles de se tromper. Où est la vérité ? C’est justement un rapport d’interprétation.

Vous ne trouvez pas que l’image que Idrissa Seck a laissé transparaître à travers cette déclaration pourrait négativement déteindre sur son aura politique ?
Mais que l’on sache que Idrissa Seck n’est pas candidat pour être un imam ! (Il insiste.) Il n’est pas candidat pour être un soufi, il est candidat pour être président de la République. De ce point de vue, les gens n’ont qu’à s’en tenir à son discours politique et voir ce qu’il propose aux Sénégalais comme alternative. En plus, il a fait cette déclaration à la Mecque. On ne peut pas lui reprocher de nier que la Mecque est le lieu saint de l’islam. Idy n’est pas le candidat des musulmans, il est le candidat de tous le Sénégal. Le Sénégal, dans sa diversité confessionnelle, ne pense pas à ces choses-là. Les Sénégalais ont d’autres choses à gérer. Ils savent que la religion c’est du domaine du privé. Or la politique est du domaine du public. S’il avait commis des fautes sur le plan politique, nous aurions eu des craintes. Ce n’est pas une faute. Il a donné un point de vue, les gens ne sont pas d’accord avec lui, qu’on reste sur le plan purement intellectuel. On n’a pas voulu rester sur ce plan-là. D’ailleurs, beaucoup de Sénégalais ne sont même pas au courant de cette affaire au niveau du département. Plus on continue à l’attaquer de l’autre côté, plus il y a un élan de sympathie autour de lui parce qu’on considère qu’il est attaqué injustement et que les questions politiques sur lesquelles on pourrait s’en prendre à lui, les gens n’ont aucun argument pour l’attaquer. Aujourd’hui, l’affaire s’est tassée et les gens ont compris que l’on attend des propositions et des contre-propositions, des contradictions, des idées.

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