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C’est une autre voix autorisée qui voit une autre voie pour la gestion de la succession de Ousmane Tanor Dieng. Le Secrétaire national aux questions juridiques du Ps rame à contre-courant de Serigne Mbaye Thiam qui affirme que Aminata Mbengue Ndiaye a la légalité et la légitimité d’exercer les fonctions de Secrétaire général du parti. Me Moustapha Mbaye est formel que les textes ne hiérarchisent pas les trois secrétaires généraux adjoints. «Il y a un vide juridique», a-t-il dit au téléphone. L’avocat plaide, par conséquent, une gestion collégiale par Aminata Mbengue Ndiaye, Birahim Diagne et Abdou Khadre Cissokho jusqu’au prochain congrès.

Que vous inspire ce débat autour de la succession de Tanor
Je voudrais tout d’abord regretter son caractère prématuré. Je rappelle que nous ne sommes quand même qu’au 8ème jour du deuil, et que c’est une période traditionnellement réser­vée à des prières à l’endroit du défunt. Maintenant, le débat est posé, la polémique est lancée. Donc, les gens sont interpellés. Et en tant que Secrétaire national aux questions juridiques, j’ai l’obligation de me prononcer sur ce débat. Alors, la question de la hiérarchisation des secrétaires généraux est prévue par l’article 18 du Règlement intérieur du parti. Justement, dans cet article, on se rend compte qu’il y a trois secrétaires généraux adjoints qui ont été choisis par le Secrétaire général. Et je rappelle que le Secrétaire général est la seule personne qui a été élue. Pour le reste des postes, c’est lui qui fait des propositions au Comité central. Donc, il n’y a rien qui permette, dans cet article 18, de faire une hiérarchisation entre les trois secrétaires généraux adjoints.

Qui sont les deux autres secrétaires généraux au-delà de Aminata Mbengue Ndiaye ?
Il s’agit de Birahim Diagne de Sakkal, qui n’a jamais été battu dans son fief depuis la chute du Ps, et Abdou Khadre Cissokho qu’on ne présente plus. Ce sont deux anciens du parti qui sont tout aussi capables que Mme Aminata Mbengue Ndiaye contre laquelle je n’ai rien d’ailleurs. Et là aussi, il n’y a pas de deuxième Secrétaire général ou de troisième.

Oui, mais c’est Tanor qui avait choisi Aminata Mbengue Ndiaye comme premier secrétaire général adjoint…
Non, le texte n’a jamais dit que tel ou tel autre est premier adjoint. En réalité, nous sommes en droit et lorsqu’il s’agit d’interpréter, ce n’est pas la parole du Secrétaire général qui compte, mais les textes. Si le texte ne fait pas de hiérarchie entre les secrétaires généraux adjoints, on ne peut pas le faire. Le second point de droit, c’est que ces textes parlent de suppléance. Or la suppléance, c’est dans les cas d’absence ou d’empêchement qui sont par définition des cas provisoires. Si le Secrétaire général est absent du pays ou empêché pour une raison ou une autre, c’est un des secrétaires généraux adjoints qui dirige la réunion.

Quand Tanor était malade, c’est Aminata Mbengue Ndiaye qui dirigeait les réunions…
Exactement. Mais c’est différent des cas d’intérim. L’intérim, c’est quand la personne n’est plus là définitivement parce qu’elle a démissionné ou parce qu’elle est décédée. Malheu­reusement, c’est le cas aujourd’hui. Et sur ce point, je suis formel : l’article 18 ne prévoit rien. Par conséquent, nous sommes en présence d’un vide juridique.

Mais quand Serigne Mbaye Thiam affirme que c’est Aminata Mbengue Ndiaye qui exerce les fonctions de secrétaire général…
Serigne est un grand responsable du parti. Il peut avoir sa façon de voir les choses, moi j’en ai une autre. J’ai beaucoup de respect pour mon aîné, mais je suis juriste, avocat et secrétaire aux Questions juridiques. Et, de ce point de vue, je suis bien obligé de dire ce que j’en pense. Mais de toute façon, je crois que ce n’est pas cette polémique juridique qui va régler le problème. Pour moi, cette question est plus politique qu’autre chose. Le Parti socialiste a l’occasion de rassembler tous ses fils par un débat politique dans le cadre des instances et en marge des instances. Il faut un débat franc, ouvert sur les perspectives à l’orée du second mandat du Président Macky Sall, mais également les perspectives de 2024. C’est sur ces questions politiques que nous devons nous pencher, et le cadre idéal c’est le Comité central. C’est là-bas que nous pouvons dire quel type de profil doit être amené à conduire le parti dans les conditions que nous traversons. Si ces questions sont réglées, pour le reste on verra qui va diriger le parti et comment on va le diriger.

Voulez-vous dire que l’idéal c’est que les trois secrétaires généraux adjoints assurent l’intérim jusqu’au congrès ?
Oui, je pense que c’est le minimum intangible puisqu’ils sont trois secrétaires généraux adjoints et que rien ne permet de les hiérarchiser. Il faut que les trois assurent les responsabilités jusqu’à ce que le parti se mette d’accord pour désigner le successeur. Encore une fois, en présence d’un vide juridique, on ne peut pas décréter que c’est telle personne qui doit gérer la succession. Donc, il faut qu’on discute de l’intérêt stratégique du parti.

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