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Pour Mohamed Diaïté, le Président Macky Sall a beaucoup de chance d’être réélu dès le premier tour en février 2019. Cependant, le président du Conseil départemental de Bounkiling estime que «cela nécessite une reprise en main du parti» par le président de l’Apr et la fin du «clanisme». Dans cet entretien, il donne son point de vue sur le débat relatif à la réforme du Conseil constitutionnel qui s’est récemment déclaré incompétent sur la requête des députés de l’opposition par rapport à la loi sur le parrainage. L’Apr traverse des remous au plus haut niveau. Qu’en est-il dans votre département ?
De façon générale, la région de Sédhiou n’échappe pas aux remous politiques auxquels vous faites allusion, notamment en ce qui concerne l’organisation et le fonctionnement de l’Apr, étant entendu que depuis la formation du gouvernement qui a suivi les dernières élections législatives, certaines personnes de Bounkiling et même d’autres départements se laissent emporter par l’influence d’un membre du gouvernement qui est de la région. Ces personnes agissent dans le sens de l’installation de clans et de tendances au sein de l’Apr dans chacun des trois départements de la région. Je considère qu’il s’agit là d’une erreur de démarche de la part de cette autorité et de ceux qui la suivent. D’autant qu’il lui est loisible de chercher à installer son leadership en tant que ministre dans la région. Cela est légitime, mais c’est la démarche qui pose problème. Il y a des leaders qui ont déjà une légitimité dans les différents départements et dans les différentes communes. Je pense qu’il aurait tout intérêt à travailler avec ceux qui ont déjà leur légitimité dans les départements et communes, plutôt que de chercher à installer ses amis en lieu et place de ces personnes qui ont déjà un leadership reconnu et qui sont même élues. C’est cela qui pose réellement problème dans ces trois départements de la région de Sédhiou. Parce que cette autorité, sur le plan politique, n’entend pas du tout travailler avec les présidents de Conseil départemental. Dans chacun de ces départements, il a fini d’installer deux tendances : celle animée par ses amis et celle du président de Conseil départemental. Et c’est la même situation que ça soit à Goudomp, à Sédhiou comme à Bounkiling.
De qui parlez-vous exactement ?
Je préfère ne pas citer les noms. Les gens se reconnaîtront à travers ce que je dis parce que de toute façon, la région de Sédhiou ne compte pas beaucoup de ministres.
Ces problèmes ne risquent-ils pas de rendre difficile une réélection de Macky Sall en 2019 ?
Je ne suis pas un devin, mais je pense qu’il serait aisé de dire que le Président Macky Sall a beaucoup de chance d’être réélu dès le premier tour en février 2019. Cependant, cela nécessite une reprise en main du parti par son leader avec une mise au point à tous ceux qui perturbent le fonctionnement du parti par la division et le clanisme. Je crois que ce n’est pas le moment. Comme je l’ai dit au cours d’un meeting, ce sont des gens qui se trompent d’échéance parce que nous allons vers une élection présidentielle et non vers des élections locales. Une Présidentielle se prépare avec des gens qui ont une légitimité déjà acquise.
Une réélection est-elle possible dès le premier tour avec ces querelles internes, notamment les récentes sorties de ABC, Cissé Lô, Youssou Touré ?
J’estime que ces autorités ont tout intérêt à taire ces querelles et à se consacrer à l’essentiel qui est la réélection du Président Macky Sall au 1er tour en 2019.
L’opposition n’a pas apprécié l’immixtion de la Première dame dans la résolution de la crise scolaire. Quel commentaire en faites-vous ?
L’opposition dénonce tout. La crise n’aurait pas trouvé de solution, l’opposition aurait dénoncé. La crise trouve une solution, l’opposition dénonce encore. La crise se passerait sur les étoiles également, l’opposition dénoncerait. Si cela s’avère, la Première dame est une citoyenne sénégalaise qui a aidé à trouver une solution à un problème qui secouait la société sénégalaise. En tout état de cause, elle n’a signé aucun protocole pour le règlement de la crise. C’est cela qui n’est pas de sa compétence. Sinon, tout citoyen a le loisir de discuter de la situation politique et sociale de son pays avec ses concitoyens.
Ils sont nombreux aujourd’hui à demander la réforme du Conseil constitutionnel après que celui s’est déclaré incompétent pour statuer sur le recours de l’opposition, relativement à la loi sur le parrainage. Etes-vous pour ou contre ?
Je conçois effectivement qu’il y a un problème lorsque le Conseil constitutionnel ne peut pas se prononcer sur la conformité ou non des lois à la Constitution. Je considère que le Conseil constitutionnel, compte tenu de son statut, des textes qui l’organisent et fixent ses limites de compétence, a sûrement dit à bon droit son incompétence à se prononcer sur cette question. Alors, il faut revoir certainement les limites de compétence du Conseil constitutionnel parce que ce sont des questions assez sensibles qui peuvent facilement créer des remous au sein des populations. Le Président Macky Sall avait pleinement raison de chercher à réguler le système électoral à travers une loi. Je pense que cette loi de parrainage est bonne. Mais si le Conseil constitutionnel va jusqu’à dire qu’il n’est pas compétent pour se prononcer sur la constitutionnalité de cette loi, cela peut rajouter au flou dans l’esprit des populations. Donc, il serait bon d’étudier davantage l’organisation, le statut et le fonctionnement de ce Conseil constitutionnel pour étendre ses domaines de compétence à la question de constitutionnalité de toutes les lois, notamment celles électorales.
Quel bilan tirez-vous de votre gestion à la tête du Conseil départemental de Bounkiling ?
En juillet 2014, lorsque j’avais été élu président du Conseil départemental de Bounkiling, j’avais dit dans mes premières déclarations que dans ce département, tout était priorité. A cet effet, dans le cadre de la territorialisation des politiques publiques, nous avons posé des actes pour accompagner, suppléer, prolonger ou compléter l’action de l’Etat. C’est ainsi que nous avons adopté un Plan de développement départemental (Pdd) qui s’accorde un peu sur les grandes orientations du Plan Sénégal émergent, à savoir la transformation structurelle de l’économie, le capital humain, la gouvernance, la paix et la sécurité. Dans le cadre de la transformation structurelle de l’économie locale, nous avons eu à poser des actes, notamment à procéder à une étude de projet qui a abouti à un programme qu’on appelle Programme de développement intégré du bassin du Soungourou-Gourou (Pdibas), un fleuve qui traverse le département de part en part et qui concerne d’ailleurs également les deux autres départements, Sédhiou et Goudomp. Son bassin versant concerne neuf communes du département de Bounkiling. Nous avons conçu un programme de mise en valeur du bassin versant de ce bras de fleuve qui va être un programme intégré qui va concerner presque tous les volets de la vie économique et sociale des populations : la pêche, la pisciculture, l’agriculture, le tourisme, etc., pour un montant global de 17 milliards de francs Cfa. L’étude a été bouclée et présentée au gouvernement. Dans le cadre de la transformation structurelle de l’économie locale, nous avons mis sur pied l’Office départemental d’appui à la production (Odap) qui aide les producteurs à s’organiser en Gie, coopératives ou Sarl, à réaliser des études de projet pour leur permettre d’accéder plus facilement aux semences, matériels et engrais, ainsi qu’aux financements bancaires. Les agriculteurs, notamment, ont été organisés en structures formelles, appelées Convergence des agriculteurs pour l’émergence (Cape). Grâce à l’appui du Conseil départemental, ces Cape bénéficient de subventions sur le matériel, comme des motoculteurs, des décortiqueuses de riz et les intrants. Par ailleurs, sur le plan de la coopération décentralisée, le Conseil départemental a, d’une part, acquis trois bus pour appuyer la mobilité territoriale, d’autre part, signé une convention avec une entreprise française de production d’énergie verte qui va installer une mini-centrale électrique à Touba Fall dans la commune de Ndiamalathiel, en vue de l’électrification et l’alimentation d’un forage d’eau potable. A ce même titre, du point de vue de la santé, nous avons appuyé les structures de santé en matériels et équipements comme les lits d’hospitalisation et autres.

 

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